Bilan

Les gares, nouveaux temples du shopping

Avec l’explosion de la mobilité, les gares et les aéroports sont devenus des centres commerciaux particulièrement rentables, alors qu’ailleurs le prix des surfaces s’effondre.
  • Gare Cornavin à Genève: les commerces prospèrent.

    Crédits: Christian Bonzon/EOL
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    Crédits: Flughafen Zürich AG

Dimanche, 18h, à la gare de Cornavin. Des hordes de voyageurs descendent des trains et se pressent vers la sortie. A la Migros du hall central, les clients forment une mêlée compacte avançant millimètre par millimètre vers les caisses. Au Body Shop, les crèmes hydratantes se vendent comme des petits pains, tandis que les fans de thé font le plein d’arômes au Tekoe Tea Shop. Même à la Librairie Payot, on fait la queue. Alors que les ventes du commerce de détail s’érodent, victimes de la concurrence du e-commerce et du tourisme d’achat, les magasins genevois de la gare fraîchement rénovée ne se sont jamais aussi bien portés.

Selon les données des CFF, le chiffre d’affaires réalisé par les commerces dans les 12 principales gares de Suisse a grimpé de 5% à 1,5 milliard de francs entre 2013 à 2014. Avec 430  000 visiteurs quotidiens à Zurich et 110  000 à Genève, les gares connaissent une fréquentation plus élevée que n’importe quel centre commercial. A Zurich, où des installations supplémentaires ont été inaugurées en 2014, les ventes ont fait un bond de 10% sur douze mois. Le ShopVille comprend environ 180 magasins ouverts sept jours sur sept, jusqu’à 22 h.

«La Migros de la gare centrale de Zurich doit être la plus rentable de Suisse au mètre carré», indique Tristan Cerf, porte-parole de Migros. Dans certaines régions, le prix d’une surface dans une gare peut être cinq fois plus élevé que pour une situation ordinaire. Le porte-parole reprend: «L’investissement en vaut la peine, comme en atteste le succès des Migros de la gare de Bulle et de Cornavin.»

Les prix de ces loyers commerciaux restent un secret bien gardé autant par les CFF que par leurs locataires. Tout au plus sait-on qu’à une charge fixe par mètre carré s’ajoute une commission indexée sur le chiffre d’affaires réalisé par le magasin.

Deux fois plus de pendulaires dans les gares

Ce développement des affaires dans les gares découle de l’explosion du nombre de pendulaires ces dernières années. Selon l’Office fédéral de la statistique, les personnes qui prennent le train pour aller travailler étaient deux fois plus nombreuses en 2013 qu’en 1990, soit environ 620  000. «Les magasins cherchant à se placer sur les flux de passage, il est assez logique que les gares se muent en centres commerciaux», souligne Jérôme Chenal, directeur de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire à l’EPFL. 

Cette tendance à consommer toujours davantage dans les interfaces de mobilité s’observe également dans les aéroports. A celui de Zurich, les revenus non liés à l’aviation (commerces, parkings, etc.) ont fait un bond de 4% sur une seule année pour atteindre 40% du chiffre d’affaires en 2014. Les visiteurs dépensent en moyenne 42,50 francs durant leur passage. «Bénéficiant d’horaires élargis, le shopping center en zone public se profile en outre comme un but de sortie pour les habitants lors des dimanches pluvieux», indique Raffaela Stelzer, porte-parole de Kloten.

Parallèlement au boom des achats dans les gares, les centres commerciaux de la périphérie souffrent d’une désaffection que n’explique pas seulement l’essor du commerce en ligne. «C’est aussi une question de mode de vie. Lorsque vous pendulez toute la semaine, vous avez moins envie de prendre votre voiture pour vous enfermer dans un shopping center», analyse Jérôme Chenal.

Dans le baromètre Ernst & Young 2015, l’expert Daniel Zaugg sanctionne: «La forte augmentation des surfaces commerciales est disproportionnée par rapport aux ventes du commerce de détail.» En clair, les loyers ne doivent se maintenir à leur niveau actuel que pour les biens immobiliers situés dans des zones de premier ordre, tandis qu’ils vont baisser pour les emplacements de moindre qualité.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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