Bilan

Les futurs managers boudent les livres

Pris par leurs impératifs de résultats, beaucoup d’étudiants ne lisent pas les ouvrages conseillés par leurs professeurs. Peut-on être diplômé sans avoir jamais lu que des polycopiés?
Crédits: Martin Ruetschi/Keystone

Yann, étudiant de deuxième année à HEC Lausanne, est catégorique: «Je n’ai pas le temps de lire les bouquins de référence! Tu te rends compte si je devais faire ça pour toutes mes matières?» Ainsi, en Suisse comme ailleurs, la lecture prend de moins en moins de place dans la vie des gens, et les Hautes Ecoles n’échappent pas à cette tendance.

De manière très humaine, l’étudiant suit une stratégie de maximisation des résultats savamment orchestrée par une rationalisation de l’effort fourni. «C’est vite vu, j’ai sept examens et deux mois pour réviser, je vais à l’essentiel.» La source d’apprentissage reste traditionnellement la même: le polycopié du professeur. En étant bien connecté, il est même possible d’obtenir une version officieuse, un résumé produit par un étudiant zélé, un concentré à connaître par cœur le jour fatidique. 

Lire quelques chapitres d’un manuel de référence, un livre qui offre une approche différente ou encore un article de presse spécialisée, cela semble donc peu compatible avec l’agenda de l’étudiant lambda qui, fort heureusement, s’enrichit aussi au travers d’autres activités. Pour Gérald Gavillet, responsable des bibliothèques cantonales et de l’Université de Lausanne, «les sources utilisées par les étudiants ont évolué. Il y a une tendance aux périodiques et aux livres électroniques.» L’avènement de la toile amène des solutions pratiques, elle diversifie et multiplie les sources de connaissance. Wikipédia et autres recherches Google s’invitent aussi dans les bibliographies des travaux estudiantins.

«Les étudiants lisant peu rencontrent souvent des problèmes dans la compréhension des textes. L’interprétation qu’ils en font peut être erronée, regrette Jean-Claude Usunier, professeur ordinaire à HEC Lausanne. La lecture en état de sous-compréhension – comprendre globalement plutôt que précisément – est un problème que certains étudiants ne rencontrent pas que dans les langues étrangères.» Pour ce professeur, le désintérêt pour les livres s’explique par le fait des stimuli rivaux que sont la télévision ou internet.

De multiples formes de lecture

Un autre coupable paraît tout désigné: une institution vieille de plusieurs siècles. Les méthodes d’enseignement n’ont que très peu évolué et la formation pédagogique des professeurs n’y est pas systématique. Pourtant, on peut aussi pointer du doigt l’étudiant qui, avide de liberté, minimise ses efforts pour obtenir son diplôme. L’institution postule l’engagement total de ce dernier alors que celui-là attend une pédagogie adaptée.

Lire, cela signifie approfondir, élargir le champ de connaissances et développer des capacités critiques. Avec internet, l’acte de lecture prend des formes multiples, et cette ouverture constitue une vraie opportunité pour nourrir la pensée. Cependant, ce n’est pas par manque de curiosité mais bien par manque de temps que la bibliographie de 20 à 30 ouvrages de référence restera le plus souvent la page la moins «stabilobossée» du polycopié. Les étudiants d’aujourd’hui étant les managers de demain, peut-on pour autant compter sur eux pour repenser des modèles économiques à bout de souffle?  

 

Yves Smadja

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