Bilan

Les frères Koch ont-ils suscité le shutdown?

Deux milliardaires américains sont dans le viseur des Démocrates: David et Charles Koch auraient usé de toute leur influence pour bloquer le budget au Congrès. Les conservateurs crient à la théorie du complot.
  • David Koch, vice-président exécutif de Koch Industries, est depuis plusieurs décennies l'un des principaux financeurs des cercles de réflexion ultra-conservateurs aux États-Unis. Crédits: Reuters
  • Son frère Charles Koch partage ses idées libertariennes et a tout mis en œuvre pour faire échec au projet de réforme de santé Obamacare. Crédits: Freitext
  • Barack Obama lui-même, sans les nommer publiquement, a dénoncé l'action de citoyens américains parmi les plus riches qui visent à décourager les Américains de souscrire une assurance-santé. Crédits: Reuters
  • Le rôle des frères Koch est toutefois trouble dans l'épisode du shutdown: leur position officielle est de ne pas soutenir le blocage parlementaire sur le budget. Crédits: Reuters
  • Les positions libertariennes des deux frères leur a vlau de longue date l'inimitié des activistes démocrates aux USA: nombre d'affaires publiques ont émaillé leur parcours, notamment lors de conflits avec les autorités (ici dans le Wisconsin en 2011). Crédits: AFP
Ils sont frères et égaux jusque dans la fortune: 36 milliards de dollars chacun selon Forbes, ce qui en fait les 4e et 5e fortunes des États-Unis. Mais David et Charles Koch ne sont pas seulement très riches. Ces deux milliardaires sont aussi très influents à la droite de l'échiquier politique américain.

«Ils ont dépensé des centaines de millions de dollars pour nous entraîner là où nous sommes aujourd’hui»: l'accusation est directe et elle ne vient pas de n'importe qui. C'est Harry Reid, leader du parti Démocrate au Sénat qui a osé cette attaque dès la deuxième semaine du shutdown.

Les think tank conservateurs

Immédiatement, un porte-parole des deux frères, qui ont hérité et développé l'empire Koch Industries créé par leur père, a démenti leur implication. Pourtant, le rôle de ces deux patrons et mécènes est trouble: affichant clairement leurs opinions conservatrices, ils financent une vingtaine de centres de réflexion. Et ces think tank prospèrent, diffusant des idéaux anti-avortement, pro-peine de mort et surtout, dernièrement, contre l'Obamacare.

C'est d'ailleurs un des protégés des frères Koch, Ted Cruz, sénateur fraîchement élu au Texas, qui a, fin septembre, fait la une des médias américains avec un discours de 21 heures d'affilée à la tribune de la chambre basse du Congrès pour dénoncer les méfaits de la réforme de l’assurance-santé voulue par Barack Obama: incitation à l’assistanat, hausse inconsidérée des impôts, déficits publics abyssaux, etc.

Et c’est ce même Ted Cruz qui a œuvré, avec d'autres élus membres ou proches du Tea Party, à souder le parti Républicain autour du refus de voter le budget et le relèvement du plafond de la dette. Il était certain de faire céder Barack Obama et d'obtenir le report, voire l'abrogation de la réforme.

Des campagnes pour dénoncer les traîtres Républicains

L'argent des riches mécènes ne sert pas seulement à financer des locaux sublimes au centre des plus grandes villes des USA pour leurs think tank. Leur générosité alimente aussi la campagne visant à convaincre des milliers de jeunes de ne pas souscrire d'assurance-santé.

Une manœuvre dénoncée par Barack Obama lui-même: «Des hommes, parmi les plus riches du pays, financent une campagne abjecte pour convaincre les jeunes de ne pas prendre d’assurance-santé. Vous pensez bien que, avec leurs milliards de dollars, ils ont une bonne couverture sociale. Et vous pensez que, lorsque vous aurez un problème de santé, ils vous aideront?»

Mais comment les dollars des richissimes frères Koch et d'autres puissants soutiens ont-t-ils pu convaincre tous les élus Républicains, y compris les plus modérés, de faire bloc contre Barack Obama, au risque de provoquer une crise économique mondiale?

C'est là qu'intervient la puissance des lobbies aux États-Unis: les centristes du parti Républicain étaient prévenus qu'en cas de vote avec les Démocrates, des équipes viendraient dans les rues et sur les places avertir leurs électeurs de leur «traîtrise». Sans compter des campagnes similaires sur internet et dans les médias.

Prise de position contre le shutdown

Une lettre envoyée discrètement par un porte-parole des frères Koch aux sénateurs vient toutefois semer le doute: «Les frères Koch n'ont pas pris position sur la stratégie législative qui a conduit à faire de l'obstruction contre l'Obamacare pas plus qu'ils n'ont fait pression afin d'enterrer l'Obamacare». Une démarche qui sème le doute tant les positions ultra-conservatrices sont généralement assumées par ces deux septuagénaires.

Et David Weigel, journaliste pour le site d'information américain slate, de souligner dans son blog, que le think tank «Américains pour la prospérité», présidé par David Koch, n'a pas pris part aux luttes politiques durant le shutdown.

De son côté, Joan Vennochi, du Boston Globe, estime que les risques économiques majeurs d'un défaut de paiement et même d'un shutdown prolongé auraient eu un impact extrêmement négatif pour Koch Industries. Ce qui aurait pu freiner l'ardeur anti-Obamacare de David et Charles Koch.

Pas suffisant pour faire taire les accusations des Démocrates et de leurs partisans en direction des frères Koch. Et la gauche américaine de dénoncer le «Kochtopus» (jeu de mots sur le nom de la pieuvre en anglais, octopus), qui, via ses multiples organisations financées par le duo libertarien, vise à appliquer un programme dévoilé par eux dès le début des années 1980: suppression des agences comme le FBI ou la CIA, de l'impôt sur le revenu et des pensions de retraite publiques; légalisation de la prostitution et de la drogue; recul des pouvoirs de l’État fédéral et hausse des libertés individuelles.

Et les adversaires des deux milliardaires de rappeler que ce sont David et Charles Koch qui avaient financé une vaste campagne anti-Obamacare voici quelques semaines à peine.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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