Bilan

Les fiduciaires suisses condamnées à grandir

Sous la pression d’une réglementation toujours plus stricte, les petits acteurs devraient progressivement disparaître au profit des entités de taille moyenne. Zoom sur un marché désormais saturé.
  • Alexandre Sadik et Jacques Blanc associés de BDO Suisse romande. 

    Crédits: Lionel Flusin
  • Franck Paucod, associé (chargé de l’audit) chez Mazars.

    Crédits: Dr

Dans le monde de la révision il y a, d’un côté, ceux qui ont obtenu les accréditations nécessaires pour effectuer l’audit de grandes sociétés. De l’autre, des centaines de petites fiduciaires qui ont une clientèle de proximité. La première catégorie comprenait huit intervenants dans les années 1980 avant que l’on parle des «Big Four» depuis 2002 à la suite de nombreuses fusions et au scandale Enron qui entraîna l’écroulement de la société Arthur Andersen. 

«Nous travaillons beaucoup avec les Big Four. Ils préfèrent nous confier l’audit interne, plutôt que celui-ci revienne à l’un de leurs concurrents», observe Jacques Blanc, associé et responsable stratégie et développement de BDO Suisse romande. Créée en 1932 à Soleure, BDO s’appelait auparavant Visura.

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«Nous avons grandi par rachats successifs, avant de rejoindre le réseau BDO, puis de prendre son nom. La firme suisse est détenue à 80,5% par ses 92 associés et à 19,5% par sa fondation de prévoyance», ajoute Alexandre Sadik, associé, expert fiscal diplômé et responsable de la succursale de Genève.

Forte de 33 succursales dans le pays, la firme vient de remporter le mandat d’organe de révision externe de la SSR, succédant à Ernst & Young. Il faut savoir qu’une entreprise ne peut être révisée par la même personne plus de sept ans. 

Tandis que le segment de l’audit représente plus de la moitié du chiffre d’affaires des Big Four, chez BDO cela ne correspond qu’à un tiers des ventes. «Nous sommes bien placés pour l’outsourcing des salaires et de la comptabilité. Notre clientèle apprécie d’avoir affaire à la même personne pendant plusieurs années», indique Jacques Blanc. D’après nos informations, le turnover serait effectivement deux fois plus important parmi les Big Four que chez les acteurs de taille intermédiaire.  

«Développer une expertise forte»

Le discours est assez similaire chez Mazars. Après s’être implantée en Suisse en 1975, la société française (présente dans 77 pays) a favorisé la croissance interne en recrutant des équipes de spécialistes. Ce cabinet a quasiment quadruplé de taille en six ans. «Nous avons ouvert un bureau à Lausanne, à Sion et à Zurich avec la volonté de développer une clientèle plus locale. Avant cela, nous étions principalement alimentés par des mandats venus du groupe», explique José Caneda, associé responsable pour le marché suisse. 

Mazars n’échappe pas à la forte pression sur les prix et les marges lors des appels d’offres. «La Suisse est désormais un marché saturé. Pour gagner des parts de marché, il faut développer une expertise forte et pointue», ajoute Franck Paucod, associé chargé de l’audit. «Notre positionnement est hybride, allant du conseil à un dirigeant d’une PME voulant transmettre son entreprise aux grandes sociétés suisses cotées», résume José Caneda.

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Mazars a également développé une prestation de services dans le domaine de la responsabilité sociétale pour les sociétés actives dans le luxe. «Mazars Suisse a été accréditée comme auditeur par le Responsible Jewellery Council (RJC)», annonce Franck Paucod. Outre cette niche, Mazars est aussi active en Suisse dans la révision bancaire.

C’est une des rares sociétés, avec BDO, à détenir les licences nécessaires auprès de la Finma. Certains concurrents auraient tendance à faire venir d’autres pays des collègues afin de diminuer leurs coûts ou encore en faisant de la saisie de comptabilité à distance, laquelle est ensuite envoyée pour traitement en Inde, par exemple.  

Croissance interne

Alors que les Big Four n’entendent pas multiplier les implantations, la stratégie est tout autre chez les acteurs les plus dynamiques du secteur: Berney Conseils a étendu ses activités à Fribourg en janvier 2015, Mazars a ouvert un bureau à Sion en juin 2015, BDO a élargi ses services à Fribourg et Sion en début d’année.

FIDAG, après Genève et Verbier, entend s’implanter sur Lausanne. «Nous visons plutôt la croissance par développement interne ou l’acquisition de structures plus petites. Notre volonté consiste à maîtriser notre croissance et préserver notre culture d’entreprise», résume Yves Darbellay, 42 ans, directeur général et associé.

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Chez FIDAG, l’audit représente près du tiers des activités. «Parmi nos quatre pôles d’activité, l’audit est le plus réglementé. Nous avons voulu saisir l’opportunité, avec le nouveau droit à la révision, de nous démarquer et nous développer dans cette activité. Nous disposons de l’agrément d’entreprise soumise à la surveillance de l’Etat.

Cela nous permet d’effectuer l’audit externe de sociétés cotées en bourse. Pour l’heure, nous sommes la septième fiduciaire en Suisse en termes de mandats et auditions de sociétés cotées en bourse.» FIDAG montre ainsi ses ambitions.

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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