Bilan

Les évêques gardent leurs comptes à l'abri des regards

L'affaire de Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, brocardé comme l'«évêque de luxe», pousse ses collègues allemands à dévoiler leur patrimoine. Rien de tel en Suisse pour le moment.
  • La Maison Haller, résidence de Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, ... Crédits: WENN
  • ... alors que le siège du diocèse est situé à la cathédrale Sankt-Ursen (Saint-Ours) à Soleure. Crédits: Keystone
  • La Maison Episcopale de Sion, siège et résidence de Mgr Norbert Brunner Crédits: Keystone
  • L'Abbatiale de Saint-Gall, siège et résidence de Mgr Markus Büchel Crédits: Keystone
  • Le château de Coire avec sa cathédrale, siège et résidence de Mgr Vitus Huonder. Crédits: Keystone
  • La Cathédrale de San Lorenzo à Lugano. La résidence de Mgr Pier Giacomo Grampa est située juste à côté Crédits: Keystone
Franz-Peter Tebartz-van Elst, évêque de Limburg en Allemagne, n'aura pas profité bien longtemps de sa résidence diocésaine à 31 millions d'euros. Il vient d'être suspendu par la Vatican jusqu'à nouvel ordre. Mais la pression demeure sur ses confrères, désormais contraints de publier leur patrimoine.

Cette affaire qui a secoué l'Allemagne ne devrait toutefois pas traverser le Rhin alors que les résidences des évêques suisses sont parfois prestigieuses: celui de Coire vit dans un gigantesque château épiscopal sur les hauteurs de la capital grisonne. A Lugano, la résidence est située à coté de la cathédrale, avec une vue magnifique sur le lac et à Saint-Gall, l'évêque habite dans l'aile ouest de son immense bâtiment.

Skoda, Audi, Chrylser

Quant à l'entretien, il est traditionnellement assuré par les sœurs. Les évêques ont également droit à quelques services. A Coire, Vitus Huonder est tout à fait capable de conduire sa Skoda mais son secrétaire lui sert parfois de chauffeur.

A Bâle, l'évêque Felix Gmür a dû se séparer du chauffeur de son prédécesseur. Il conduit lui-même son Audi d'occasion tout comme l'évêque de Sion s'occupe de sa propre Chrysler. Ce dernier fait d'ailleurs figure de «pauvre» puisque ses revenus, indépendamment de sa résidence et du jardin, proviennent essentiellement de ses coteaux qui produisent un vin renommé.

Pas au-dessus de leurs moyens Dans l'ensemble, le train de vie des évêques suisses n'a rien à voir avec celui de leurs collègues allemands. Et ils ne se sentent pas du tout obligés de publier leur patrimoine, géré pour la plupart par des fondations épiscopales.

Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ), se dit convaincu que les évêques suisses ne vivent pas au-dessus de leurs moyens mais il saluerait une publication en ce sens, en gage de crédibilité.

Pas d'obligation de publication

Les évêchés n'y sont pas contraints, rappelle Adrienne Suvada, porte-parole à Bâle. Elle pense toutefois que cela arrivera tôt ou tard, ne serait-ce que par une volonté de transparence de la part du Vatican. A Bâle, le président de la commission des finances de l'évêché, Alois Theiler, ajoute que l'évêque préside six ou sept fondations.

L'évêché ne publie que les chiffres des impôts qu'il reçoit d'une dizaine d'églises du diocèse. Pour l'année 2014, ce sont ainsi 3,5 millions de francs qui ont été inscrits au budget. En Suisse, la majeure partie de l'impôt ecclésiastique reste au sein des congrégations qui doivent publier leurs finances. Ce qui rend donc impossible tout dérapage comme celui de l'évêque de Limburg.

Un évêché quasi autofinancé

A Coire, le porte-parole de l'évêché Giuseppe Gracia précise que les comptes ont enregistré des revenus de 2,639 millions de francs pour des dépenses de 2,526 millions. La caisse de l'évêché finance la chaire épiscopale où le salaire le plus élevé ne dépasse pas le double du salaire le plus faible. Monseigneur Vitus Huonder reçoit ainsi 90'000 francs.

Il existe d'autres sources de revenus, comme ceux provenant de l'immobilier. En outre, l'évêque de Coire préside la fondation Mensa episcopalis Curiensis qui gère l'essentiel de la fortune de l'évêché, composée principalement d'immeubles et de rentes du droit de superficie. Grâce à la fondation, la direction de l'évêché peut s'autofinancer en grande partie, souligne Giuseppe Gracia.

Cette indépendance lui donne une certaine marge en cas d'abandon de l'impôt ecclésiastique. Et par mesure de transparence, la commission des finances et les institutions cantonales de l'évêché peuvent examiner chaque année les comptes de la fondation.

Un assainissement critiqué

Il apparaît que les biens de la fondation Mensa episcopalis Curiensis sont conséquents: l'hôtel Marsöl à Coire, l'exploitation agricole Molinära, des coteaux, forêts et autres biens immobiliers sans oublier le château épiscopal de Coire. Ce dernier doit toutefois être assaini pour un coût de 29 millions de francs. La fondation y pourvoira à hauteur de 7,2 millions de francs, canton et Confédération pour deux millions chacun et le solde, soit 17,8 millions, proviendra de sponsoring.

Le château revêt une importance cantonale et nationale pour sa dimension culturelle mais son assainissement n'échappe pas à certaines critiques. Celles-ci soulignent le paradoxe d'un évêque qui n'a pas de scrupule à recourir à l'argent public pour faire rénover sa résidence.

Ces images des biens de l'«évêque de luxe» qui ont choqué l'Allemagne

1/13 Le complexe épiscopal à 31 millions d'euros de l'évêque de Limburg fait scandale en Allemagne.
Image: Reuters

   

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