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Les Européens qui vont au soleil n'en sont pas plus heureux

L'héliotropisme est-il illusoire? Une étude de l'université de Leicester sur les Européens du Nord (Suisses compris) installés dans les pays méditerranéens affirme que ces migrants qui vont chercher le soleil n'en sont pas plus heureux.

S'installer au soleil ne constitue pas une garantie de bonheur pour les Européens du Nord, selon une étude britannique.

Crédits: Image: Petros Karadjias/Keystone

«Héliotropisme: nom masculin, mouvement naturel d'une plante qui se tourne vers le soleil; au sens figuré, mouvement migratoire qui pousse les habitants des régions froides vers des zones plus chaudes et ensoleillées». Ce phénomène migratoire, très répandu dans les pays du Nord (Américains et Canadiens qui vont s'installer en Floride ou en Californie, Russes qui posent leurs valises sur les bords de la Mer Noire, de la Mer Egée voire de la Mer Rouge), touche aussi les Européens. Plusieurs centaines de milliers de Britanniques, de Scandinaves, d'Allemands, de Néerlandais, de Belges, de Français et de Suisses qui refont leur vie autour de la Méditarranée.

Favorisé par la crise économique et immobilière qui a touché certains pays de la zone euro (Grèce, Chypre, Espagne, Portugal, voire Italie), ce mouvement ne touche plus seulement des seniors désireux de vivre le «bel âge» au soleil, mais aussi des jeunes désireux de lancer un business ou des investisseurs conscients des potentialités de ces pays ou en recherche d'une autre qualité de vie.

Une note du bonheur moins élevée

Pourtant, une étude britannique menée par des chercheurs de l'Université de Leicester vient briser le rêve: selon David Bartram, auteur de cette enquête menée auprès de 265 personnes originaires de Suisse, d'Allemagne, du Royaume-Uni, de France, des Pays-Bas et de Belgique, les habitants du Nord du continent ayant émigré vers le Sud (Espagne, Portugal, Grèce et Chypre) sont moins heureux que ceux qui sont restés dans leur pays d'origine.

Dans l'étude publiée le 23 avril, David Bartram, chercheur à l’Université de Leicester, en Angleterre, a demandé à ces migrants de noter leur «degré de bonheur» sur une échelle de 1 à 10. Au final, la note moyenne du bien-être s'est élevée à 7,3 points. Il a ensuite comparé ce résultat à celui d'une étude menée auprès de 56'000 personnes dans les pays d'origine des membres de son panel voici quelques mois et qui chiffrait à 7,5 points leur «taux de bonheur». Les expatriés au soleil seraient donc un peu moins heureux que leurs compatriotes restés au pays.

Les raisons de ce bonheur moindre ne semblent pas relever de critères économiques, selon l'auteur de l'étude, qui décrit ces immigrés issus du Nord comme «souvent mieux éduqués et moins susceptibles d’être à la retraite». Ainsi, dans leur pays d'adoption, ces Nordiques occupent souvent des postes à responsabilités qu'ils auraient eu plus de difficultés à obtenir dans leur pays d'origine. Et donc des revenus supérieurs à ceux de leurs nouveaux compatriotes, donc un niveau de vie bien plus élevé, eu égard aussi à un coût de la vie généralement plus bas que celui observé dans les pays d'origine.

Des raisons culturelles

D'où vient alors ce léger mal-être? Il se situerait davantage au niveau culturel, selon David Bartram: «Peut-être que les conséquences positives de la migration sont dissimulées par la perturbation que génère un tel changement dans la vie des migrants, comme les liens sociaux, le sentiment d’appartenance».

En définitive, cette étude, bien que menée sur un échantillon assez restreint de migrants, vient remettre en cause l'idée communément admise selon laquelle l'installation au soleil constituerait un moyen efficace de trouver le bonheur. «Les possibilités migratoires sont abondantes dans l’Union européenne, et les flux ont atteint des dimensions importantes. L’analyse présentée dans ce document soulève cependant des doutes quant à savoir si la migration se traduira par un plus grand bonheur pour les migrants», analyse le chercheur britannique.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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