Bilan

Les Etats plaident à Davos pour une politique d'accueil soutenable

La crise migratoire sur fond de "quatrième révolution industrielle" focalise nettement les débats du 46e Forum économique mondial (WEF) qui a démarré mercredi à Davos (GR).

Les immigrants, les femmes, les pays en développement ne doivent pas être les laissés-pour-compte de la numérisation et de la révolution technologique qui fondent "l'économie 4.0". L'objectif sera de réduire le nombre de perdants, ont convenu les orateurs de la journée dans leurs divers discours.

Crédits: AFP

La crise migratoire sur fond de "quatrième révolution industrielle" focalise nettement les débats du 46e Forum économique mondial (WEF) qui a démarré mercredi à Davos (GR). Le président allemand Joachim Gauck a défendu la politique d'accueil des réfugiés de son pays, mais en a aussi souligné les limites.

Joachim Gauck a rappelé que les flux de réfugiés figurent comme l'un des risques majeurs actuels. Depuis la nuit des temps, les déplacements de population restent motivés par l'espoir d'une vie meilleure.

L'Europe vit actuellement une vague de migrations massives provoquée par la violence. "C'est une responsabilité humanitaire que d'accueillir ces réfugiés", a déclaré le président de l'Allemagne, fustigeant la résurgence des nationalismes dans les pays d'Europe de l'Est, et leur manque de solidarité.

L'Allemagne est sous les feux de la critique après la vague d'agressions sexuelles qui a impliqué parmi les suspects des réfugiés et immigrants illégaux. La politique généreuse de la chancelière Angela Merkel s'en trouve pointée du doigt.

En 2015, l'Allemagne a ouvert ses portes à quelque 1,1 million de réfugiés. "Il n'existe pas de formule mathématique magique pour la capacité d'accueil", a dit Joachim Gauck. La politique doit concilier les intérêts des citoyens avec l'approche humaine pour aider les plus vulnérables.

Pour le plus haut citoyen de l'Allemagne, mettre des limites à l'accueil n'est en soi pas contraire à l'éthique. Une limitation peut aussi permettre de garantir une politique d'accueil à visage humain.

"Si les démocrates refusent de parler de limites, ils laissent le champ libre aux populistes et aux xénophobes", a conclu Joachim Gauck. La montée des partis de l'extrême droite dans presque tous les pays européens illustre ce danger, a-t-il signalé.

Nouveau paradigme humanitaire

Le monde compte quelque 60 millions de réfugiés à l'heure actuelle, un record depuis la Seconde Guerre mondiale. La grande majorité d'entre eux sont accueillis dans des pays en développement, a rappelé pour sa part la reine Rania de Jordanie.

"Il ne s'agit plus seulement d'assurer une réponse humanitaire d'urgence", a déclaré la souveraine du Royaume hachémite. "C'est un changement de paradigme", a-t-elle insisté, qui nécessite des investissements pour créer des emplois dans les pays d'arrivée.

Avec la Jordanie, la Turquie et le Liban assument la plus lourde charge, a soutenu le vice-premier ministre turc Mehmet Simsek. Son pays abrite 2,5 millions de Syriens. "Nous sommes reconnaissants que l'Union européenne ait reconnu le problème, maintenant que les réfugiés frappent à sa porte", a-t-il ajouté.

Pour le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, il faut maintenant développer de nouveaux instruments et de nouvelles relations avec le secteur privé. La Belgique a annoncé à cet effet le lancement d'une initiative financière inédite sous forme d'obligations en faveur de l'humanitaire.

Même Facebook a un rôle à jouer à l'heure de la crise migratoire, a souligné par ailleurs Sheryl Sandberg, directrice des opérations du réseau social. La connectivité s'avère plus vitale que jamais pour les réfugiés et les gens déplacés, a-t-elle déclaré dans le cadre d'un panel sur l'impact de l'industrie 4.0 dans les pays émergents.

Réduire le nombre de perdants

Les immigrants, les femmes, les pays en développement ne doivent pas être les laissés-pour-compte de la numérisation et de la révolution technologique qui fondent "l'économie 4.0". L'objectif sera de réduire le nombre de perdants, ont convenu les orateurs de la journée dans leurs divers discours.

Le fondateur du WEF, Klaus Schwab, exhorte les décideurs à "remettre l'humain au centre. Il craint que la 4e révolution industrielle, caractérisée par l'automation et l'interconnexion à l'excès, ne mène l'humanité vers un risque de "robotisation".

Dans son allocution en clôture de la journée, le vice-président des Etats-Unis Joe Biden a lui évité le sujet brûlant des réfugiés. Il a en revanche délivré un long plaidoyer en faveur de la classe moyenne, fibre de la démocratie, qu'il estime particulièrement menacée par la destruction d'emploi.

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