Bilan

Les différents fuseaux horlogers du Swiss made

Ouvert sur le monde, le salon de l'horlogerie BaselWorld n'en reste pas moins une formidable vitrine du savoir-faire suisse. Et l'occasion pour chacun de défendre et de revendiquer une part de l'ADN helvétique.
La bataille des chiffres fait rage depuis que le Parlement a été saisi du projet Swissness en 2009. Cinquante pour cent, 60%, 70% voire 80%: la part de la valeur ajoutée produite en Suisse voit son curseur bouger selon l'interlocuteur.

Car si tous les acteurs de l'horlogerie sont d'accord pour améliorer la protection du label Swiss made, chacun cherche aussi à prêcher pour sa paroisse.

Globalement, les marques positionnées sur l'entrée de gamme sont souvent moins exigeantes que leurs homologues qui surfent sur le succès du haut, voire du très haut de gamme.

Sous la bannière de la fédération

L'unité de façade est respectée: la Fédération horlogère suisse soutient le processus parlementaire visant à renforcer la part de la valeur ajoutée suisse pour l'obtention du label. La FHS milite officiellement en faveur de l'harmonisation du taux de 60% pour l'ensemble des produits.

Mais il suffit de pousser les portes de certains bureaux sur les stands de BaselWorld pour entendre des dissonances. Rarement revendiquées, dans cet univers feutré en surface. Ainsi, ce discret patron d'une manufacture genevoise affirme tout de go qu'«il serait légitime que le taux soit fixé à 80%, afin que le consommateur ne soit pas induit en erreur par un label faussé à cause des différences de coût de main d’œuvre entre Suisse et pays émergents».

Navette au parlement

Sur un autre plan, la définition de la valeur ajoutée et de son périmètre reste également à affiner dans le projet parlementaire. Une large part de la valeur ajoutée provient de l'important travail des équipes de recherche et développement. De ce fait, le projet actuel qui les inclut dans le calcul a du sens, approuve Asta Ponzo, porte-parole de Raymond Weil.

Si les débats prennent autant de temps, avec un texte retoqué à plusieurs reprises par le Conseil national et le Conseil des Etats, c'est que les enjeux sont cruciaux. Le Swiss made dope les ventes à l'international pour le fabricant qui peut estampiller ces deux mots sur ses cadrans.

Des marques étrangères sous label suisse

L'attrait est tel que des marques étrangères revendiquent ouvertement leur suissitude: ainsi, Ice-watch, marque belge, inclut un minuscule drapeau suisse visible à la loupe, sur certains modèles. Et le Swiss made est rendu possible grâce au partenariat avec Ronda.

«Il ne faudrait pas que l’augmentation du pourcentage du Swissness soit effectuée pour accentuer le monopole de certains opérateurs horlogers suisses», affirmait ainsi Jean-Pierre Lutgen, patron de Ice-watch, à l'Agefi cette semaine. Et de se dire prêt à soutenir un projet qui irait jusqu'à prévoir un taux de 80%, sous réserve «que la technologie et les usines puissent être ouvertes à tous les acteurs économiques du secteur».

Alors que le Swiss made permet aux montres suisses d'envahir le monde, un relèvement des critères pourrait pousser les marques à reprendre pied sur le sol helvétique.





Matthieu Hoffstetter,

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