Bilan

Les dépenses de santé baisseront-elles avec la digitalisation?

De profonds bouleversements sont à venir, prévient le spécialiste de l’innovation Xavier Comtesse dans un livre qui vient de paraître. Des acteurs du secteur répondent à ses thèses.

Xavier Comtesse anticipe des soins de meilleure qualité, à des coûts moindres.

Crédits: Dr

Les primes des caisses maladie augmenteront à nouveau en 2018! En vingt ans, elles ont plus que doublé. Pour les ménages de la classe moyenne, ces dépenses deviennent de plus en plus insoutenables, au point que la Confédération et les cantons ont dû augmenter au fil des années leurs subsides afin qu’ils puissent s’acquitter de leurs dus. Cette spirale infernale prendra-t-elle fin un jour? 

Ancien directeur romand du think tank d’obédience libérale Avenir Suisse, docteur en informatique, mathématicien et agitateur d’idées, Xavier Comtesse en est convaincu. En deux phrases, il résume son ouvrage Santé 4.0, publié récemment aux Editions Georg: «La révolution numérique qui commence à toucher toute la branche de la santé est porteuse de grands espoirs. Pour la première fois, l’amélioration de la qualité des soins s’accompagnera d’une baisse des charges.» 

Dans son livre, Xavier Comtesse ne donne cependant aucun chiffre concernant les retombées de la révolution technologique en cours sur les coûts de la santé. Poussé par Bilan à fournir une estimation, il affirme cependant que ces derniers pourraient chuter d’au moins 20%, soit de 16 milliards de francs, au cours de la prochaine décennie. 

Une telle baisse se répercuterait positivement sur les primes des caisses maladie. Le calcul de Xavier Comtesse se fonde sur un article écrit par deux collaborateurs du Secrétariat d’Etat à l’économie dans La vie économique. Selon celui-ci, le nombre d’emplois a augmenté de 50% depuis 2001 dans la branche de la santé, contribuant ainsi à l’augmentation des charges. Or, d’après Xavier Comtesse, l’intelligence artificielle, le big data et les algorithmes autoapprenants réduiront fortement les besoins en personnel. Ce qui entraînera une diminution des coûts.

Si les médecins et les infirmières sont épargnés, ce ne sera pas le cas des autres acteurs de la branche. Parmi les principales victimes: les collaborateurs qui s’occupent actuellement des tâches administratives et les radiologues dont les compétences seront supplantées par les avancées de l’analyse numérique. «Lorsque la digitalisation se développe dans une branche, elle entraîne de profonds bouleversements comme le montrent les exemples dans la presse, l’hébergement ou les livres avec une énorme pression sur les prix. Il en ira de même dans la santé», insiste Xavier Comtesse. 

Directeur général d’Assura, la 4e caisse-maladie helvétique, Ruedi Bodenmann est plus réservé: «La digitalisation ne permettra pas de stabiliser ni de réduire les coûts de la santé si les nouveaux acteurs qui arrivent sur le marché n’amènent que des offres additionnelles qui ne remplacent pas celles existantes».

Une chose est sûre: la Suisse affiche un retard important dans ce que l’on nomme la cybersanté, autrement dit tous les aspects numériques touchant de près ou de loin à la santé. Selon Yvonne Gilli, membre du
comité central de la Fédération des médecins suisses (FMH), «seuls la moitié des médecins en cabinet disposent d’un système électronique complet pour les dossiers médicaux». Le dernier baromètre
e-health publié en février 2017 montre que 42% des médecins interrogés ne sont pas intéressés à participer à un projet régional et cantonal d’implémentation de la cybersanté. 

Certains s’inquiètent du retard pris par la Suisse. Parmi eux, Rebecca Ruiz, vice-présidente de la Fédération suisse des patients (lire page 30) et conseillère nationale socialiste ainsi que Laurent Sciboz, chef de l’Institut d’informatique de gestion de la HES-SO Valais (page 32). Selon ce dernier, «le dossier électronique du patient, qui est un des aspects fondamentaux de la digitalisation de la branche, n’est pas uniformisé ni surtout interopérable entre les acteurs. Il y en a des dizaines, tous de types différents». Pour Laurent Sciboz, «c’est un énorme gâchis à la fois en matière de coûts et en termes d’efficience et de précision des soins».

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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