Bilan

Les croisières ont le vent en poupe

En dix ans, le nombre de croisiéristes a fait un bond de plus de 60% pour grimper à 25 millions. De nouveaux navires gigantesques se livrent à une surenchère de luxe et d’extravagance.
  • Le marché des croisières est au plus haut depuis plus haut depuis plusieurs années.

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  • «Harmony of the Seas» est le plus gros paquebot au monde: il accueille 6360 passagers et 2100 membres d’équipage.

     

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Vous n’êtes encore jamais parti en croisière? Ça ne devrait pas tarder. Car ce type de vacances est toujours plus tendance. «La croisière est une sorte de club de vacances flottant qui change de décor chaque jour. Si la majorité des passagers proviennent des Etats-Unis, les Suisses comptent proportionnellement parmi les plus grands consommateurs européens», observe Marie-France Rüedi, directrice marketing de CruiseCenter à Neuchâtel.

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L’argument sécurité a en outre gagné en importance, puisque le navire peut changer d’itinéraire en cas d’attentat ou de catastrophe naturelle dans une région. Les chiffres attestent du succès. Entre 2005 et 2015, le nombre de croisiéristes a fait un bond de 62%. En 2017, les voyagistes attendent 25,3 millions de passagers. Cette activité représente près d’un million de postes de travail et génère, selon l’Association internationale des compagnies de croisières (CLIA), une somme de 117 milliards de dollars au total injectée dans l’économie globale (voir l’infographie ci-contre).

Vecteur de rentabilité, les navires se sont considérablement agrandis, de manière à répartir sur davantage de passagers les coûts fixes très lourds d’un paquebot. Les économies d’échelle ont débouché sur une concentration du marché qui s’organise autour de quatre grands groupes: les américains Carnival et Royal Caribbean International, Norwegian Cruise Line et la compagnie basée à Genève MSC. L’offre s’est segmentée, ce qui a contribué à démocratiser les croisières. Marie-France Rüedi reprend: «Les armateurs ciblent des publics totalement différents en proposant des cabines très économiques parallèlement à des suites premium.»

Des passagers plus jeunes

Au registre des tendances 2017 compilées par la CLIA, la clientèle rajeunit et réunit nombre de représentants de la génération Y, cette population de trentenaires qui a grandi avec internet. La demande pour les circuits fluviaux est en progression. Les escales dans des îles privées appartenant aux compagnies se banalisent, tandis que la cuisine de chefs célèbres embarqués est très prisée. Quant aux itinéraires, les croisières d’expédition comme les périples en Antarctique sont déjà tous complets pour l’année en cours.

Porte-parole d’Hotelplan Suisse, Prisca Huguenin décrypte: «Les croisières passent maintenant pour une alternative aux vacances balnéaires pour les familles. La Méditerranée et les circuits au départ de Dubaï constituent l’offre classique, parallèlement à une demande en hausse pour la Scandinavie.» Marie-France Rüedi commente: «Ces circuits bénéficient de prix avantageux en raison d’une concurrence très vive sur ces destinations.»

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L’Amérique du Sud, l’Asie et l’Océanie, les tours du monde et les transatlantiques sont des destinations privilégiées par des couples. La gamme de prix est très large: de 300 fr. la semaine en Méditerranée en charter en hiver à 10 000 fr. pour sept jours sur un voilier. Une semaine sur le bateau 5+ étoiles Silversea tout compris monte à plus de 10 000 fr. pour un départ en saison et en cabine de luxe. Dans le haut de la fourchette, le Seabourn Odyssey propose une suite luxueuse de 107 m2 pour 46  000 fr. les deux semaines le long des côtes européennes. 

Un parc d’attractions flottant

Les capacités disponibles ne cessent de se développer. En 2017, 26 nouveaux navires doivent être mis en service pour un investissement total de 6,8 milliards de dollars. Le plus gros paquebot du monde est actuellement Harmony of the Seas, construit par la compagnie américaine Royal Caribbean International. Sur 362 m de long, il transporte 2100 membres d’équipage pour 6360 passagers. Avec un bar où servent des robots, une rue commerciale, 21 restaurants, ainsi qu’un théâtre où se produisent des troupes de Broadway, l’embarcation ressemble à un parc d’attractions géant.

Bâti dans les chantiers STX France à Saint-Nazaire, il a pris la mer au printemps 2016. Ce contrat à 1 milliard d’euros, obtenu en 2012, a sauvé les chantiers après deux ans sans commande. Mais le boom des croisières a changé la donne: onze autres bateaux de plaisance doivent être livrés d’ici à 2026. 

Prisca Huguenin reprend: «En réaction au gigantisme des nouveaux paquebots, l’intérêt se développe pour de plus petites embarcations qui peuvent jeter l’ancre dans des ports moins fréquentés. L’atmosphère y est plus familiale et s’apparente à celle des hôtels de charme. C’est le créneau de la compagnie française Ponant, par exemple.»

La croisière à thème rencontre un succès croissant grâce à une formule où les activités constituent le but du voyage. Hotelplan organise depuis quatre ans un charter «Country Music Cruise». Déjà mythique, la croisière «70  000 tons of Metal» lancée par le Suisse Andy Piller réunit chaque année depuis 2011 quelque 3000 festivaliers et 60 groupes de heavy metal dans les Caraïbes. Une dizaine de prestataires au moins proposent des croisières gays, particulièrement populaires en Europe, aux Etats-Unis et aux Caraïbes.

Le touriste peut encore faire son choix entre des circuits fitness, gastronomie et vins ou culturels. Voire plus original encore. L’un des best sellers en Suisse, selon Marie-France Rüedi, est la croisière «Sur les traces des émigrés valaisans d’Argentine»: «Nous traversons l’Atlantique jusqu’à Buenos Aires pour visiter les villes issues de l’immigration valaisanne du XIXe siècle en Argentine.»

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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