Bilan

Les cracks de la médiation commerciale viennent à Genève

Elle règle des litiges à moindre coût et hors des tribunaux. La multinationale américaine JAMS ouvre une antenne en Suisse.

Jeremy Lack est une espèce d’ovni. Polyvalent, plurilingue, curieux, sympathique. Avocat international et coprésident de la section romande de la Chambre suisse de médiation commerciale, il a été CEO de NovImmune et est un spécialiste mondial en propriété intellectuelle… «En 1990, je travaillais à New York sur un énorme litige entre Kodak et Polaroid. Le jugement a donné raison à notre client Polaroid pour un milliard en dommages et intérêts. L’étude a facturé 30 millions d’honoraires. Quelque temps plus tard, le client faisait banqueroute. C’est là que j’ai compris que, parfois, et même souvent, gagner au tribunal peut mener droit dans le mur et qu’il vaut mieux s’orienter vers d’autres solutions plus créatives pour minimiser temps et investissement de moyens.» Fruit du hasard, Jeremy Lack rencontre en Autriche le médiateur Bruce Edwards, chairman cofondateur de JAMS. «Cet expert en négociation trouve des issues pacifiques à des conflits portant sur des centaines de millions de dollars, en moins de deux jours. C’est Edwards qui m’a suggéré de représenter JAMS en Suisse.» Et c’est à Genève que la multinationale a choisi d’ouvrir une antenne dès ce mois de septembre.

JAMS est la plus grosse entreprise de médiation du monde depuis trente ans. Elle a su commercialiser la notion d’ADR (Alternative Dispute Resolution), une manière autre de résoudre les différends. Cette multinationale de la médiation et de l’arbitrage occupe le 34e étage du bâtiment du New York Times à Manhattan. Matthew York, fringant jeune directeur de l’antenne new-yorkaise, nous reçoit: «Nous avons ici 30 salles de conférences. L’équipe est composée de plus de 300 juges et avocats spécialisés.» Mais pour autant, JAMS, ce n’est pas Emmaüs. Ici, la journée d’un médiateur est facturée entre 4000 et 12 000 dollars la journée. L’an dernier, JAMS a réalisé un chiffre d’affaires de plusieurs centaines de millions de dollars. Pour Jeremy Lack, qui figure dans le top 10 de WhosWhoLegal, il n’y a pas photo:  «Si on compare, un litige de 1 million de francs peut facilement coûter 70 000 francs sur deux à trois ans, avec tous les frais afférents. Avec la médiation, la même démarche coûtera moins de 10 000 francs et prendra deux à trois jours. Et le taux de réussite est de 80%.»

  Déferlante en Europe

Aux Etats-Unis, 4000 sociétés (Pepsico, AIG, Bank of America-Merrill Lynch, Kraftfood et même Nestlé) se sont déjà engagées à recourir à la médiation en cas de litige. Une nouvelle directive européenne vient de mandater l’accès à la médiation dans tous les tribunaux civils et commerciaux de l’UE. Le nouveau Code de procédure civile suisse reconnaît la médiation comme une démarche judiciaire dont les transactions peuvent être homologuées. Cees J.A. van Lede, ancien président du conseil d’administration d’Akzo Nobel NV, un ponte de la chimie, pointe un changement de paradigme: «La médiation permet de transformer une menace en opportunité commerciale.» Sensible à cette nouvelle tendance, les Chambres de commerce de Bâle, Berne, Genève, Lausanne. Lugano, Neuchâtel et Zurich ainsi que la CCI à Paris et l’OMPI à Genève offrent dorénavant des prestations de médiation commerciale.

Le 4e Congrès de la Chambre suisse de médiation commerciale se tiendra les 19 et 20 septembre à Soleure.

Crédits photos: Pl, Habegger, AFP

Philippe Lugassy

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