Bilan

Les clubs de football varient leurs business models

On ne passe désormais plus un été sans être secoué par les annonces de transferts spectaculaires. Derrière ces flux et reflux de joueurs et d’argent se cache en fait une logique bien dessinée. Retour sur un modèle qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Les achats du Paris Saint Germain cet été remettent une fois de plus sous les projecteurs la problématique de la rentabilité des achats de joueurs de football.

Crédits: AFP

Quelque 400 millions d’euros déboursés par le Paris Saint-Germain pour acquérir les talentueux Neymar et Kylian Mbappé! Le feuilleton a agité la planète foot (et au-delà) durant tout l’été. Des prêts de joueurs avec achat optionnel, des droits de retransmission TV qui filent sur une pente exponentielle, une explosion des revenus commerciaux: bienvenue dans l’industrie du ballon rond !

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Devant cette surenchère et cette inflation de moyens mobilisés pour s’accaparer les fines gâchettes, il est souvent difficile de s’y retrouver. «Il y a plusieurs années, on pensait aller dans un mur, or la réalité nous a prouvé le contraire avec l’arrivée de nouveaux investisseurs, telle une course à l’armement, traduisant l’expansion économique du football», constate Loïc Ravenel collaborateur scientifique au sein du CIES (International Center for sports studies) institut académique indépendant basé à Neuchâtel. Dans ses rapports, l’observatoire montre que derrière toute cette agitation médiatique, une hiérarchie entre clubs continue de subsister et risque même de s’accentuer.

Vers une spécialisation toujours plus marquée?

Dans sa position académique ouverte au grand public, l’Observatoire du football CIES tente «d’amener une rigueur et une logique», appuie Loïc Ravenel, dans un monde qui peut apparaitre comme souvent irrationnel. «Dans un sens historique, nous nous dirigeons vers une spécialisation et une concentration toujours plus marquées», prédit le collaborateur scientifique du CIES, faisant référence aux différents modèles de business alimentant le monde du football sur le Vieux continent.

- Les clubs formateurs

A l’origine de la chaîne, les «usines à talents» se sont solidement implantées. On pense ici à l’Ajax Amsterdam, à l’Olympique lyonnais, au Stade rennais, à l’Athletic Bilbao ou encore à la Real Sociedad qui produisent depuis des décennies des talents en devenir. Les statistiques avancées par l’institut neuchâtelois, dans sa 24ème édition du Rapport Mensuel de l’Observatoire du football CIES, publié en avril 2017, montrent, en effet, que le Real Sociedad occupe le podium avec l’Olympique lyonnais et l’Athletic Bilbao au registre des équipes qui octroient le plus de temps de jeu aux joueurs formés au club. Pour les deux clubs basques le chiffre atteint les 71,5% alors que le club lyonnais culmine à 69,6%.  Cette confiance accordée aux joueurs issus du cru témoigne du haut degré de qualification des centres de formation.

- Les rampes de lancement

Il s’en suit des formations qui disposent d’une certaine audace et d’un flair pour dénicher rapidement les jeunes espoirs au sein des centres formatifs de renom. Pour ces clubs, le principe est simple: il faut repérer les talents dès leur plus jeune âge, poursuivre leur processus de formation et les exposer à la plus large audience possible. Un tel procédé exige une participation forcément nécessaire aux compétitions européennes de prestige. Ces formations occupent un rôle d’intermédiaire où l’objectif est de propulser son joueur sur le devant de la scène afin de susciter les convoitises les plus folles. La montée des enchères permettra de vendre sa pépite au prix fort. Dans ce pôle, nous retrouvons des clubs comme l’AS Monaco, le Borussia Dortmund, le Benfica Lisbonne ou encore le FC Bâle.

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- Des clubs taillés au format «multinational» et les autres

Les grosses écuries figurent au bout de la chaîne et adoptent des pratiques dignes des plus grandes multinationales. On y place sans surprises le Paris Saint-Germain, le Real Madrid, Manchester City ou encore le Chelsea de Roman Abramovich. Ces derniers, boostés par la croissance des droits TV et la vente incessante de produits dérivés, n’hésitent plus à investir massivement dans des noms qui promettent un profond rayonnement tant au niveau sportif qu’au plan économique. Le cas du jeune français Ousamne Dembélé, formé au Stade Rennais, transféré en mai 2016 au Borussia Dortmund, puis vendu au prix fort (105 millions et divers bonus) au FC Barcelone l’été dernier, est révélateur de cette logique interne.

Sans oublier les clubs à la marge qui consacre soit une mixité des «business models». On pense ici au FC Barcelone, au Bayern Munich, soit les formations de seconde zone «qui tentent tout simplement de survivre dans ce système», conclue Loïc Ravenel.

Vers un système plus solidaire ?

Si l’apparition de nouveaux investisseurs profite sur le court-terme à l’ensemble des acteurs du monde du football, que penser dans une approche, avant tout sportive, de moyen-long-terme? «Avec une concentration des revenus et du sponsoring toujours plus marquée, quid de l’intérêt sportif sur le moyen-terme?», interroge Loïc Ravenel. «Il faut une prise de conscience de la part des instances sportives et surtout des organismes de richesse, sans quoi le modèle européen va toujours plus se rapprocher de ce qu’on rencontre en Amérique du Nord avec son modèle de ligue fermée», avertit le spécialiste.

Face à l’apparition des clubs chinois qui rend l’avenir toujours plus incertain, comment endiguer cette tendance? Comme l’a entonné à maintes reprises l’Observatoire du football CIES à Neuchâtel, il est nécessaire de rendre la règlementation du marché des transferts plus transparente et beaucoup plus solidaire. Le Fair-Play financier, mesure phare adoptée par l’UEFA en 2009, en est-elle une? «Le Fair-Play financier a contribué à l’éclosion du débat et a produit des résultats convaincants, mais il n’interdit pas les fonds infinis et n’est pas suffisamment équitable», déplore Loïc Ravenel. Une solution avancée reviendrait à consacrer une redistribution plus poussée des indemnités de transferts à tous les maillons de la chaîne qui ont participé à l’éclosion d’un joueur.

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Mehdi Piccand

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