Bilan

Les Britanniques s'intéressent aux douanes suisses

Après le Brexit, la Grande-Bretagne procédera à nouveau à ses propres contrôles douaniers. Des sujets de sa gracieuse majesté sont venus se renseigner à la frontière germano-suisse.

Après le Brexit, les Britanniques devront eux aussi procéder à des contrôles douaniers et de personnes, notamment entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.

Crédits: keystone

Après le Brexit, la Grande-Bretagne procédera à nouveau à ses propres contrôles douaniers. Des sujets de sa gracieuse majesté sont venus se renseigner à la frontière germano-suisse sur la manière dont la Confédération gère ces formalités et si elle pourrait servir de modèle.

Le trafic marchandises est dense à Bâle/Weil am Rhein-Autoroute, le plus grand bureau de douane autoroutier de Suisse. Près de 990'000 poids lourds ont été dédouanés ici l'an dernier, soit environ 4000 par jour.

Après le Brexit, les Britanniques devront eux aussi procéder à des contrôles douaniers et de personnes, notamment entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, où une frontière extérieure de l'Union européenne (UE) verra le jour.

Un véritable défi, car selon les autorités de Dublin, 40'000 véhicules passent quotidiennement la frontière depuis l'enclave britannique. Le challenge n'est pas seulement économique, mais aussi politique: des contrôles de marchandises et de personnes strictement appliqués pourraient mettre en péril la frêle paix sur l'île.

Consciente du problème, la Première ministre britannique Theresa May a promis de ne pas instaurer de frontière "dure" coupant l'île en deux. Elle a même évoqué une solution "unique", laissant toutefois totalement ouvert son aspect. Bruxelles et Londres n'ont pas encore réussi à se mettre d'accord sur un modèle.

Des Britanniques à Bâle

Pas étonnant donc que le Royaume-Uni s'intéresse aux douanes suisses. Plusieurs journalistes britanniques se sont informés auprès de l'Administration fédérale des douanes (AFD). Des envoyés du Financial Times et de Sky News sont même venus sur place pour se faire expliquer la procédure en détail.

Le directeur de l'AFD Christian Bock a également eu l'occasion à deux reprises de s'exprimer à Londres devant des comités du Parlement britannique. Une délégation de parlementaires nord-irlandais à la chambre des Lords a aussi fait le déplacement de Bâle/Weil am Rhein.

Alors que les Britanniques réfléchissent à la future organisation de leurs contrôles douaniers, l'AFD sait de quoi il s'agit: "Notre but est de maintenir la fluidité du trafic", explique à Keystone-ATS Thomas Fischer, chef de section à l'inspection de douane bâloise.

Personne ne souhaite des kilomètres de bouchons à la frontière, ni la politique ni l'économie. "En même temps, nous voulons et devons remplir notre mission de poste de contrôle des douanes".

Afin d'assumer cette double tâche, les contrôles comportent une part de risque, explique l'expert: "Nous misons sur la confiance, mais procédons à des contrôles là où il existe un soupçon". Les collaborateurs sont formés dans cette optique. Et parfois, il faut tout simplement suivre son instinct. En moyenne, entre 1 et 2% des camions sont contrôlés.

Deux minutes et demie

En 2013, l'AFD et l'Allemagne ont introduit conjointement un nouveau système, plus efficace, à la douane de Bâle/Weil am Rhein pour le trafic de transit à travers la Suisse. "Le temps de dédouanement que nécessite un chauffeur de poids lourd a ainsi pu être réduit de vingt minutes à deux minutes et demie", explique Thomas Fischer.

Condition préalable: des contrats entre l'AFD et différentes entreprises, de manière à ce qu'elles puissent procéder elles-même au dédouanement au moment du chargement déjà. Ces contrats ne valent pas que pour le trafic de transit: des entreprises d'importation et d'exportation peuvent elles aussi les conclure avec l'AFD.

Si un chauffeur arrive alors à la douane, il n'a plus qu'à faire enregistrer ses papiers tout prêts. Pour ce faire, il ne doit même pas quitter son camion: il passe d'abord devant la cabine de douane allemande, puis devant l'helvétique où ses papiers sont marqués puis scannés et l'affaire est réglée.

Celui qui ne possède pas ces documents préparés doit en revanche sortir de son engin et les faire timbrer. Cette opération est toutefois assez rapide aussi: les douaniers suisses et allemands travaillent dans le même bâtiment. Ceci n'est possible, explique Thomas Fischer, que parce que les deux pays gèrent de concert le poste de douane: "Nous sommes une équipe bien rôdée".

Au point, semble-t-il, qu'il arrive régulièrement que des chauffeurs s'étant acquitté des formalités s'arrêtent pour désespérément chercher la "douane", illustre l'expert en souriant. Grâce à la numérisation, la procédure sera encore plus efficace d'ici 2026.

Louanges pour le modèle suisse

Malgré ces facilités, une chose apparaît clairement: la frontière germano-suisse reste visible loin à la ronde et bien perceptible. Dans ce sens, le modèle suisse ne garantit pas de "frontière quasi-invisible" comme l'a promis Theresa May en Irlande.

Tout le monde ne voit pas les choses de cet oeil. Pour les partisans du Brexit, à l'instar du député conservateur Jacob Rees-Mogg, le modèle helvétique est "un exemple de tout ce qui peut être atteint lorsque la volonté politique est là".

La frontière suisse est "extrêmement efficace", disait ainsi M. Rees-Mogg il y a quelque temps au journal populaire Daily Express. "Le système fonctionne depuis des années. Et nous pourrions mettre au point quelque chose d'encore plus performant entre le Royaume-Uni et l'UE".

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