Bilan

Les Bourses se jouent des risques conjoncturels

Situation désastreuse en Italie après les dernières élections législatives, coupes budgétaires massives menaçant la croissance économique aux Etats-Unis: les marchés boursiers ne se laissent pas impressionner pour autant.
Wall Street a enregistré jeudi pour la troisième séance consécutive un sommet historique. A Francfort, l'indice vedette Dax joue avec la barre des 8000 points.

Vendredi, la Bourse de Tokyo a clôturé sur un nouveau plus haut depuis septembre 2008, juste avant que la crise financière mondiale ne fasse plonger les marchés. En Suisse également, l'indice phare Swiss Market Index (SMI) évolue à ses plus hauts niveaux depuis cinq ans, et il a déjà grimpé de 13% depuis le début de l'année.

Les incertitudes économiques persistantes ne mettent pas à mal cette ambiance euphorique. Une situation qui peut paraître paradoxale au premier coup d'oeil pour plusieurs raisons, comme explique Panagiotis Spiliopoulos, directeur de la division recherche auprès de la banque Vontobel.

Du reste, les perspectives conjoncturelles se sont sensiblement améliorées. La crise de la dette européenne n'est certes pas close, mais les pires craintes des investisseurs ne se sont pas confirmées, relève-t-il.

Aux soins intensifs

«L'an passé, les investisseurs sous-entendaient que le patient allait mourir. Lequel reste aux soins intensifs, mais survivra.» Et ce, grâce en grande partie à l'intervention de la Banque centrale européenne (BCE), qui a endigué les risques sur les marchés, selon Panagiotis Spiliopoulos.

Les derniers indicateurs conjoncturels - positifs - nourrissent également l'optimisme des acteurs du marché. Les entreprises ont, de plus, accru leur rentabilité, constate l'économiste.

Les politiques accommodantes des banques centrales ont aussi contribué aux records des Bourses. La Fed, aux Etats-Unis, a inondé le marché de liquidités via des achats massifs d'obligations d'Etat. L'institut japonais, la BoJ, a aussi ouvert en grand les vannes monétaires.

Les politiques expansionnistes entraînent les investisseurs vers les marchés des actions, souligne pour sa part Ralph Weidenmann, partenaire du gérant de fortune Swisspartners. D'autres formes d'investissement, tels les emprunts d'Etat, restent moins attrayants vu le faible niveau des taux d'intérêt, poursuit-il. «Les banques centrales poussent presque les investisseurs à se tourner vers des placements en actions.»

Euphorie exagérée

Andreas Höfert, chef économiste d'UBS, met toutefois en garde contre cette euphorie exagérée. L'envolée actuelle n'est «assurément pas une voie à sens unique», note-t-il dans un podcast de la grande banque. Les acteurs du marché font abstraction des risques actuels, comme les incertitudes en Italie. «Ce qui pourrait changer si cette situation persistait», prévient-il.

Dans son portefeuille, le numéro un bancaire helvétique continue de miser sur les actions - faute d'autres options prometteuses. Les prix sur le marché des emprunts et particulièrement sur celui des obligations d'Etat sont «très, très élevés», fait remarquer Andreas Höfert. Ceux qui investissent dans les emprunts «estiment trop souvent détenir des placements sans risque, ce qui n'est absolument plus le cas avec de tels prix».

Les actions demeurent des investissements prometteurs également aux yeux de Panagiotis Spiliopoulos. «Une baisse peut toujours survenir, mais je m'attends plutôt à une progression des marchés ces prochains mois.»

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