Bilan

Les agences de comm’ règnent dans l’ombre

La Suisse a aussi ses «spin doctors». Un métier où l’on évolue dans l’antichambre du pouvoir et qui rapporte gros. Les lobbies de l’industrie et de la santé sont d’excellents clients.

Les agences de communication alimentent la presse dominicale d’informations qu’ils ont intérêt à faire «fuiter».

Crédits: Peter Klauzer/Keystone

Ils rédigent les textes des députés pour leurs interventions sous la Coupole fédérale. Ils orchestrent des campagnes de votation. Ils veillent à la bonne réputation des entreprises.

Les «spin doctors» des agences de relations publiques savent comment rendre sympathiques les causes les plus patibulaires. Ainsi, Furrer.Hugi& Partner, l’agence qui monte, a été mandatée par le géant du trading de matières premières Glencore, indiquait Le Temps. Sa mission: améliorer l’image d’un des principaux acteurs d’un secteur décrié auprès des politiques.

Furrer.Hugi a ainsi invité à la mi-juin des parlementaires des commissions de l’économie et de la politique extérieure à son club privé, la Clé de Berne, pour faire connaissance avec la direction de Glencore, poursuit Le Temps.

Une rencontre qui précède d’une quinzaine de jours l’annonce des options du Conseil fédéral sur les exigences en matière de transparence pour la société de trading. Un dossier évidemment crucial pour ces compagnies dont les pratiques sont vivement critiquées par les ONG.

Fondée en 2006, Furrer.Hugi compte des clients aussi disparates qu’Aldi, Google, La Poste, le lobby des médecins FMH, McDonald’s ou encore Swisscom. Son expansion s’est accélérée ce printemps par la fusion avec l’agence Stoll, Hess & Partner du conseiller national Lorenz Hess (PBD/BE).

«Nous nous profilons comme des interlocuteurs compétents dans le registre des interactions entre l’économie et la politique. Avec une présence forte dans les capitales de ces deux mondes, à Zurich et à Berne», commente Andreas Hugi.

Amis du conseiller national Ruedi Noser (PLR/ZH), Lorenz Furrer et Andreas Hugi sont les bénéficiaires des accréditations au Palais fédéral que le député peut, en tant qu’élu, accorder à deux personnes de son choix. Furrer. Hugi réalise 80% de ses rentrées dans les «public affairs», soit l’activité d’influencer les décisions politiques.

«La pharma, la santé et les télécoms sont des domaines très dépendants des décisions politiques et des réglementations. Vu les enjeux financiers, les acteurs consentent de gros investissements dans le lobbyisme», observe le conseiller en communication Marc Comina.

Les communautés d’intérêts se différencient évidemment par les moyens à disposition. Du côté des nantis, les caisses maladie ont déjà lancé une offensive massive en vue de l’initiative sur la caisse publique qui doit passer en votation en novembre. A l’autre extrémité du spectre, on trouve les organisations syndicales et autres causes traditionnellement liées à la gauche.

Parmi les poids lourds des relations publiques, Burson Marsteller, filiale helvétique du groupe américain du même nom, assume le secrétariat du lobby «Forum nucléaire» qui réunit universités, producteurs d’électricité et l’Office fédéral de l’énergie. 

La firme la plus zurichoise: Hirzel, Neef & Schmid, héritière de la culture «casque à pointe» de la Bahnhofstrasse, selon les mauvaises langues. Leader de la branche, Farner a effectué la campagne en Suisse d’Emirates, la compagnie aérienne des Emirats arabes unis. Quant à YJOO (ex-Trimedia), le bureau travaille notamment sur l’image des lignes de produits Coop. 

Des Romands dédaignés

«Nos collègues alémaniques sont très sollicités par les lobbyistes qui leur proposent des interviews et alimentent la presse dominicale d’informations qu’ils ont intérêt à faire «fuiter». Or, il est rarissime qu’ils s’adressent à nous, Romands, sanctionne un journaliste parlementaire. Un fait significatif du rôle secondaire de la Suisse romande joue dans les décisions politiques.» 

Pour la cheffe romande d’un service de la communication à la Confédération, «avec un Parlement à trois quarts alémanique, le désintérêt pour nos médias n’est guère surprenant».

Cette asymétrie se retrouve dans les effectifs des agences. Les journalistes alémaniques les plus en vue sont débauchés en nombre, pour des salaires au minimum deux fois plus élevés. Ce que les agences rémunèrent, c’est le réseau et les contacts avec les parlementaires. 

C’est un tout petit monde, les agences recrutent beaucoup d’anciens fonctionnaires de l’Administration fédérale, souvent eux-mêmes d’ex-journalistes. Lorenz Furrer, cofondateur de Furrer. Hugi, a, par exemple, travaillé au Département des finances. Ou l’ancien secrétaire général du PDC Tim Frey, qui travaille aujourd’hui chez Burson Marsteller. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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