Bilan

Les 800 millions de francs du Gripen n'iront pas à l'armée

En prévision de l'achat de 22 avions de combat, quelque 300 millions de francs par an étaient réservés dans le budget de 2014 à 2016. La somme, environ 800 millions de francs, sera attribuée aux autres départements, a décidé le gouvernement.

Les Suisses ont dit non au Gripen le 18 mai dernier.

Crédits: DR

Après le refus du Gripen par le peuple, le Département de la défense devra se serrer la ceinture. Le Conseil fédéral a décidé de mettre quelque 800 millions de francs à disposition des autres départements fédéraux. Le budget dont disposera l'armée à moyen terme n'est pas encore connu.

En prévision de l'achat de 22 avions de combat, quelque 300 millions de francs par an étaient réservés dans le budget de 2014 à 2016. La somme, environ 800 millions de francs, sera attribuée aux autres départements, a décidé le gouvernement. Le Parlement aura son mot à dire sur la répartition.

Actuellement, le montant pouvant revenir à l'armée après cette répartition n'est pas encore déterminé. Le porte-parole du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), Renato Kalbermatten, rappelle que l'enveloppe annuelle du fonds destiné aux Gripen n'est pas exactement de 300 millions de francs.

Dès lors, la somme pouvant être attribuée à l'armée n'est pas de 100 millions de francs, signale-t-il. Il ne s'est toutefois pas avancé sur le montant pouvant retourner au DDPS.

Le ministre de la Défense Ueli Maurer estime toutefois qu'il n'y a apparemment aucun moyen d'utiliser cet argent pour d'autres achats. Dans un communiqué, le DDPS souligne d'ailleurs qu'il n'est "pas possible, à court terme, d'engager pleinement d'une autre manière les moyens initialement prévus".

BUDGET DU DDPS

Le Conseil fédéral avait cédé à la pression du Parlement et accepté à l'automne dernier de relever le budget annuel de l'armée de 4,7 à 5 milliards de francs à partir de 2016. Le Conseil fédéral décidera ultérieurement du montant du plafond des dépenses de l'armée pour les années 2016 à 2018.

Le gouvernement a chargé Ueli Maurer de présenter à l'automne le "profil de ses besoins", en même temps que sa réforme de l'armée et ses autres projets.

La décision du Conseil fédéral de ne pas laisser les 800 millions à l'armée est logique pour le PLR. Le PDC parle d'une "erreur", tandis que l'UDC redoute que l'armée en sorte affaiblie. Le PS est ravi.

Pour Isabelle Moret, vice-présidente du PLR, il semble "normal que le Conseil fédéral, puis le Parlement décident de l'affectation de ce fonds." La Vaudoise n'exclut pas qu'une partie pourrait revenir à l'armée, à l'issue des débats.

Le PDC est d'avis que "c'est une erreur de priver l'armée de moyens", a réagi le président démocrate-chrétien Christophe Darbellay. Il a qualifié cette décision de "concession faite à la gauche (...) Le budget alloué à l'armée n'a jamais été aussi bas".

MARCHANDAGE POLITIQUE

A l'UDC, le conseiller national vaudois Guy Parmelin s'attend à "un grand marchandage politique où chacune va vouloir obtenir ce montant". L'armée, qui a "des carences", risque d'être "le dindon de la farce", selon lui.

"C'est une très bonne nouvelle", a réagi le PS par la bouche de son porte-parole Gaël Bourgeois. "Tant que les missions de l'armée ne sont pas redéfinies, on ne sait pas de quel matériel elle aura besoin", a-t-il relevé.

La décision du Conseil fédéral est "cohérente", considérant la votation du 18 mai dernier, reconnaît Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers (SSO). Il a rappelé que la SSO exige le respect de la décision du Parlement fixant à 5 milliards le budget de la défense dès 2016.

Dans un communiqué publié jeudi, la SSO exige qu'une solution soit trouvée pour que les crédits non utilisés soient rendus au budget de l'armée. Ceci passe, selon elle, par un fonds d'investissement de la défense.

LACUNES À COMBLER

Le Groupe Suisse sans Armée (GSsA) estime que la décision du gouvernement est un "succès de politique financière" pour les votants. Il aimerait une redistribution totale de l'argent prévue pour les Gripen.

Il est vraisemblable "que dans les deux à trois prochaines années, le plafond soit diminué", a déclaré le conseiller aux Etats Alex Kuprecht (UDC/SZ), qui préside la commission de la politique de sécurité. Toutefois, en raison de la nécessité de combler des lacunes d'armement, les besoins financiers à long terme devront sans doute nécessiter un budget de 5 milliards, estime-t-il.

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