Bilan

Les tensions inflationnistes suscitent l’inquiétude

L’inflation aux Etats-Unis et dans la zone euro reste à un niveau élevé. Si elle persiste, elle pourrait obliger les autorités monétaires à resserrer leurs politiques plus rapidement que prévu.

Les marchés financiers surveillent attentivement la publication des chiffres de l'inflation.

Crédits: AFP

Au fil des années, l’inflation avait disparu des radars économiques en raison de son niveau très faible, voire négatif. Aujourd’hui, elle est de retour sur la scène internationale. L’inquiétude est particulièrement vive sur les marchés financiers: si le renchérissement continue de dépasser les objectifs fixés par les autorités monétaires, il pourrait les contraindre à resserrer leur politique plus rapidement que prévu.

Ce qui provoquerait une certaine agitation chez les investisseurs. Après une série de records depuis le début de cette année, les bourses pourraient se retourner. D’autant que la croissance semble faiblir et que les bénéfices des entreprises peineront dans les prochains trimestres à dépasser les sommets qu’ils viennent de franchir.

Les prix atteignent des records

Les marchés surveillent surtout les Etats-Unis où l’inflation s’est envolée au cours des derniers mois. Ils ont frémi vendredi dernier à l’annonce d’une flambée des prix à la production (+8,3% en août sur un an), soit à un niveau qui n’a jamais été aussi élevé depuis 2010. Publié mardi, l’indice des prix à la consommation pour le même mois a un peu rassuré les investisseurs. Il a progressé à un rythme moins rapide qu’attendu: +0,3% par rapport au mois précédent et +5,3% par rapport à la même période de l’an dernier. De son côté, l’indice PCE qui est la mesure la plus suivie par la Fed (Banque centrale américaine) a augmenté en juillet de +3,6% sur un an. Un record en trente ans!

Sur le vieux continent, la situation commence à susciter quelques craintes avec une inflation annuelle de +3% en août, autrement dit largement supérieure à l’objectif de 2% de la Banque centrale européenne (BCE). «Selon toute probabilité, l'inflation va nettement diminuer dès l'année prochaine», a affirmé le 13 septembre 2021 Isabel Schnabel, membre du directoire de l'institution, dans un discours prononcé devant les patrons allemands. «Mais, a-t-elle averti, si l'inflation devait durablement atteindre notre objectif de 2% plus tôt qu'attendu, nous agirions de manière à la fois rapide et résolue.» En revanche, la situation est meilleure en Suisse où le renchérissement reste faible (lire ci-dessous).

Une inflation conjoncturelle?

Jusqu'à cet été, les dirigeants de la Fed affirmaient aussi que l’accélération de l’inflation resterait un phénomène temporaire qui s’explique principalement par les conséquences de la pandémie de coronavirus: demande élevée, goulets d’étranglement de l'approvisionnement, pénurie de produits de base, changements des habitudes de consommation, etc. L’inflation serait donc de nature conjoncturelle.

Mais, à fin juillet, son président Jerome Powell estimait que l'inflation pourrait être «plus élevée et plus persistante» que prévu. Selon Ritu Vohora, spécialiste des investissements chez T. Rowe Price, «nous sommes probablement passés d'un environnement de désinflation à un environnement où l'inflation est plus élevée de manière transitoire, mais où elle se modérera ensuite pour atteindre un plafond à un niveau plus élevé que celui que nous avons connu.»

En d’autres termes, l'inflation actuelle présenterait aussi un caractère structurel. La nouvelle politique économique de la Chine qui postule une hausse de la demande intérieure, le changement climatique avec l’introduction d’une taxe carbone, les tensions salariales liées à l’innovation technologique et au manque de main d'œuvre qualifiée, l’approvisionnement en matières premières, etc. peuvent aboutir à une hausse généralisée des prix dans le temps. Face à la progression de leurs coûts de production, les entreprises seront tentées d’augmenter leurs prix de vente si elles en ont les capacités.

Un cocktail explosif

Ce qui peut particulièrement inquiéter les investisseurs, c’est le cocktail associant inflation et faible croissance. Pire encore: le retour aux années 1990 marquées par la stagflation, soit un chômage croissant et un renchérissement important. Aujourd’hui, on n’est toutefois pas dans ce cas de figure. Le défi réside dans l’offre.


Suisse: le renchérissement reste faible

Après une longue phase de stagnation, les prix augmentent à nouveau en Suisse. Mais le renchérissement est modéré. Il a atteint +0,2% en août par rapport à juillet et +0,9% par rapport à la même période de l’année précédente. Sur une année, la hausse s’explique par la progression de +2,1% des produits importés.

En comparaison internationale, l’inflation est moins élevée dans notre pays qu’à l’étranger. Selon le dernier de l’indice des prix à la consommation harmonisé au niveau international et publié pour juillet, elle s’élevait à +0,5% en Suisse contre +6,3% aux Etats-Unis, +3,1% en Allemagne et +2,2% dans la zone euro.


Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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