Bilan

Les stations de ski font face au risque de «saison blanche»

Mis à l’arrêt prématurément en mars dernier, les acteurs des domaines skiables craignent une récidive cet hiver. Si certains tirent malgré tout leur épingle du jeu, d’autres grincent des dents.

A Zermatt comme ailleurs, les stations tentent de garder le cap.

Crédits: Pascal Gertschen

Les saisons se suivent mais ne se ressemblent pas. Cet adage aux allures de refrain pour les stations de ski, n’aura jamais été aussi concret que cette année. La branche, déjà touchée par des conditions climatiques aléatoires, une concurrence accrue et des jeunes qui n’apprennent plus systématiquement à skier dans le cadre scolaire, se voit aujourd’hui confrontée à un nouveau défi de taille: le Covid-19.

Tel un coup de massue, l’interruption soudaine d’activité à la mi-mars aura coûté 4,7 millions de journées de skieurs (-19%) pour la saison 2019-2020. Une baisse drastique qui n’aura épargné personne, pas même les poids lourds du secteur, pour la plupart concentrés en Valais.

Une saison plutôt en demi-teinte

Pourtant, tout laissait augurer une excellente saison... mais le Covid-19 en a décidé autrement, amputant les destinations de montagne d’un mois et demi très important, puisqu’il incluait les vacances de Pâques. Sur l’exercice de l’année écoulée, les nuitées hôtelières ont ainsi accusé une diminution de 23,9% par rapport à 2018-2019 et le chiffre d’affaires des remontées mécaniques a, lui, reculé de 12,3%.

Une situation qui a finalement permis de «remettre toutes les stations sur un pied d’égalité» selon l’Association des Remontées Mécaniques Suisses

Les petites à basse altitude qui ont fortement souffert de la douceur de l’hiver (le plus doux jamais enregistré par MétéoSuisse), sachant que 34 d’entre elles n’ont pas pu ouvrir en raison du manque de neige, ont cependant connu un fort regain d’intérêt de la part de la population suisse. A contrario, les grands domaines aux conditions de ski adéquates ont perdu une part importante de leurs visiteurs du fait de l’absence d’étrangers.

«Nous avons observé des chiffres records, hiver comme été, grâce à notre base Magic Pass, nos locaux et nos fidèles clients helvétiques. En cette nouvelle saison hivernale, nous devrions moins souffrir que les mastodontes de la branche», assure Luc Pignat, directeur de Vallée du Trient tourisme. En effet, Zermatt qui était également sur la voie d’un record, s’est finalement vu terminer son exercice en pourcentage négatif de nuitées. Un recul expliqué d’après SuisseTourisme par «une augmentation des nuitées des hôtes suisses (+20,6%) insuffisante pour compenser l’absence massive de celles des touristes étrangers (-68,5%)».

Des prévisions dans le brouillard

Bien que les chiffres aient tendance à piquer du nez, les professionnels de montagne restent pour le moment optimistes. Leur avenir étant en partie dépendant des réglementations fluctuantes, l’incertitude plane au-dessus de leurs têtes inévitablement. «La situation financière varie beaucoup d’une entreprise à l’autre. De nombreuses stations ne pourraient pas survivre à une saison à vide avec des installations fermées», témoigne Floriane Moerch, porte-parole romande de la faîtière Remontées Mécaniques Suisses.

Ainsi, les mesures en vigueur actuellement ont, de ce fait, plutôt intérêt à porter leurs fruits comme l’affirme Véronique Kanel, responsable communication de SuisseTourisme: «Le mois de novembre ne joue pas un rôle crucial dans la réussite de la saison contrairement aux vacances de Noël, de février et de mars qui sont déterminantes.» Interrogé, l’Office du tourisme de Zermatt indique s’attendre dans tous les cas à une baisse de fréquentation cet hiver, 60% de ses visiteurs provenant habituellement de l’étranger, mais en cas d’annulation de la saison, confirme avoir les reins assez solides pour surmonter l’obstacle.

Même son de cloche du côté de Crans-Montana Tourisme & Congrès, dont le directeur, Bruno Huggler se veut rassurant: «Nous avons pris quelques mesures d’économie afin d’assurer notre financement mais de manière générale, l’été et l’automne se sont très bien passés, nous avons donc bon espoir pour cet hiver.»

A Nyon, où se trouvent le Massif de la Dôle, le col de la Givrine, ainsi que les villages de St-Cergue et de St-George, impossible de déterminer l’impact de la pandémie sur l’activité à venir. «Tout ce que nous savons, c’est que nos stations sont très prisées par le bassin lémanique. Nos activités en plein air, notre proximité, l’ensoleillement dont nous bénéficions... notre attractivité s’est d’ores et déjà vérifiée lors du premier semi-confinement, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas cet hiver», commente Didier Miéville, directeur de Nyon Région Tourisme.

En ce qui concerne l’hôtellerie-restauration, les avis sont plus tranchés sur cette saison. L’institut KOF ne prévoit pas de reprise avant le printemps prochain et estime que la diminution du nombre de nuitées sera de l’ordre de 30 à 50%. Selon la dernière enquête menée par HotellerieSuisse, cette saison d’hiver sera nettement plus difficile pour le secteur que la période d’été écoulée. «Dans les régions alpines, 56% des hôtels estiment que ce sera pire que l’année dernière. Il sera donc nécessaire de réintroduire des aides aux entreprises», pointe du doigt Vinzenz van den Berg, communicant d’HotellerieSuisse. A son tour, GastroSuisse s’aligne et espère que l’industrie de la restauration sera épargnée par une fermeture complète car «de nombreux restaurants sont financièrement sinistrés».

L’immobilier ne connaît pas la crise

Quoiqu’il en soit, que les prestataires de services ferment ou subissent la crise, il n’est pas pour autant question de déserter les stations, bien au contraire. Les plateformes de location de domicile, Interhome et e-domizil, ont d’ailleurs constaté tous deux que les réservations de clientèles suisses avaient doublé ces derniers mois par rapport à l’an passé.

Des longs séjours à la montagne, également prisés par les propriétaires de biens immobiliers. Tiré de son Ski Property édition 2021, Naef Prestige Knight Frank détaille quelques observations.

Premièrement, suite au semi-confinement de mars, des stations comme Verbier et Villars-sur-Ollon ont vu les résidents lémaniques s’installer dans leur résidence secondaire et y élire domicile afin de télétravailler. «Les répercussions pourraient être importantes sur l’immobilier suisse. Si ces habitations devenaient permanentes, cela permettrait la création de nouvelles promotions immobilières pour la première fois depuis dix ans», déclare Laura Farrand, courtière spécialisée montagne de Naef Prestige Knight Frank.

Le modèle type d’habitations de montagne serait également modifié avec des espaces totalement repensés, misant davantage sur le technologique et des caractéristiques similaires à une résidence principale. D’autre part, le rapport constate un renforcement de la demande de locations de longue durée, ceci afin de tester la station avant d’acheter. Enfin, il ressort de l’étude, que les petites stations, moins fréquentées habituellement, risquent de devenir de plus en plus prisées du fait de la pandémie.

Ces tendances, Grégoire Schmidt, membres du comité exécutif du SVIT (Association suisse de l’économie immobilière) et administrateur de Schmidt Immobilier, leader en Valais, les atteste: «Cette année, la demande a été très soutenue pour l’acquisition et la location de biens immobiliers alpins (+36,4%). Tant la clientèle étrangère que locale s’est tournée vers ce type de résidences.» En guise de conclusion, l’expert soutient que la présence marquée de ces propriétaires de résidences permettra de compenser une partie des pertes annoncées mais ajoute que les conséquences de ces évolutions devraient se faire ressentir courant 2021-2022.



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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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