Bilan

«Les procès se déplacent vers la presse»

Avocat aux Barreaux de Genève et de Paris, Nicolas Capt évoque les stratégies possibles face à un appel public à démissionner.

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A partir de quel point de dégradation est-il judicieux de démissionner? 

C’est à chaque homme politique de prendre la mesure des circonstances et de décider, seul, en son âme et conscience, s’il est ou non opportun de se démettre de ses fonctions. Il faut toutefois se méfier des analyses hâtives puisque certaines tempêtes médiatiques finissent par s’essouffler.  

Est-ce dangereux de s’accrocher lorsque la population réclame une démission? 

C’est une question de sensibilité. Elle diffère d’une situation à une autre. Il est en outre difficile de savoir si la population réclame véritablement une démission: les voix les plus audibles ne sont pas toujours les plus représentatives. L’emballement médiatique ne traduit pas forcément l’avis du plus grand nombre. Il y a une tendance à déplacer les procès des tribunaux vers la presse. Ce débat est complexe puisque, d’un côté, la presse doit jouer son rôle essentiel de «chien de garde de la démocratie». De l’autre, le débat gagne en sérénité lorsqu’il n’est pas pollué par des avis d’internautes dont la valeur ajoutée est souvent discutable. Les réseaux sociaux ont changé la donne. 

Faire le dos rond le temps que l’orage passe peut-il, dans certains cas, s’avérer une stratégie opportune? 

Si l’on est capable de montrer que, même dans l’adversité la plus extrême, les dossiers sont bien menés et que les intérêts supérieurs de la population sont sauvegardés, la stratégie a du sens. Elle ne se distingue de l’entêtement que par la capacité de s’adonner avec efficacité aux tâches de sa charge. 

Dans le cadre d’un scandale frappant un politique, est-il judicieux de prendre des mesures face à la presse? 

Suivant la gravité de l’atteinte, un droit de réponse, une demande de rectificatif ou une réclamation LRTV (l’organe de médiation de la Radio Télévision Suisse romande) peuvent suffire. Lorsque les droits de la personnalité sont violemment mis à mal, une action en justice peut s’imposer. Il y a dans tous les cas un risque de se faire reprocher d’user de procédés relevant de la censure au sens large. Un reproche erroné puisque la censure est proscrite par le droit suisse. Toujours est-il que les mesures superprovisionnelles d’extrême urgence (celles qui visent à interdire à un média de diffuser une information en amont de la publication) sont à manier avec une grande précaution.

Dans tous les cas, face à une atteinte à sa réputation, maintenir une communication active permet d’occuper légitimement une partie de l’espace public. Cela permet d’éviter que le personnage politique ne soit réduit qu’à l’affaire qui le concerne, sans égard pour le reste de ses activités. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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