Bilan

Les Next Gen préparent leur version 3.0

Nathalie Sauvanet analyse pour bilan comment la nouvelle génération de philantropes se distingue de la précédente, ses attentes et ses actions.

  • L’auteur, Nathalie Sauvanet est global head of individual philanthropy Advisory chez BNP Paribas Wealth Management.

    Crédits: Dr

Depuis dix ans que le département de conseil en philanthropie individuelle de BNP Paribas Wealth Management accompagne gracieusement nos clients dans leurs projets philanthropiques, nous sommes témoins de l’évolution de leur profil et de leurs demandes. Notre rapport 2017 sur la philanthropie individuelle «Passing the torch: next-generation philanthropists», conduit par The Economist Intelligence Unit, a décrypté les nouvelles tendances.

Héritiers de la génération des baby-boomers 

Les philanthropes veulent de plus en plus avoir une vision concrète de l’impact social et environnemental de leurs actions et s’impliquer par un engagement personnel en temps et en compétences. 

Leurs demandes ont évolué du don financier à une organisation vers l’identification de programmes au sein d’organisations, voire à la création de leurs propres projets. Ils attendent de notre part une aide à la structuration (stratégie, modes d’intervention, évaluation de l’impact, etc.). La mise en place de véhicules philanthropiques dévolus (fondations ou autres structures juridiques) est souvent à l’ordre du jour, notamment dans le cadre d’un projet familial et de transmission de valeurs.

La génération née après-guerre ne confie plus à la seule rédaction testamentaire la mise en œuvre d’actions philanthropiques. Elles sont désormais décidées du vivant du philanthrope. S’ils sont en plus entrepreneurs, nombreux sont ceux qui optent pour une démarche philanthropique inspirée des méthodes et outils de la finance, en particulier du capital-risque. 

Cette tendance s’accélère avec la nouvelle génération hyperconnectée, née entre 1980 et 2000 (d’où leur dénomination de millennials, aussi appelée génération Y). Leur désir d’agir «maintenant» est façonné par une économie qui leur offre quasiment tout à la demande, du transport aux émissions télévisées. Ils souhaitent «vivre leur don» et agir dans un souci d’efficacité et d’impact global. 

Leyth Zniber soutient les entrepreneurs à fort impact social et environnemental au Maroc. (Crédits: Dr)

Une approche digitale, collaborative et globalisée

La technologie, les médias sociaux, les voyages et l’éducation internationale brisent les perceptions de frontières. Un millennial de Genève peut avoir plus de points communs avec un millennial de Singapour qu’avec des membres de sa famille plus âgés. Leur approche de la philanthropie est plus globale et internationalisée que les précédentes générations. 

Les outils digitaux permettent à cette nouvelle génération de communiquer de leurs contributions à l’échelle mondiale, ce qui aurait été inacceptable pour nombre d’anciennes générations de philanthropes, qui considèrent encore leurs actions  comme relevant de l’intime et de la sphère privée. Beaucoup de fondations familiales traditionnelles n’ont ainsi pas de site web (aux Etats-Unis, moins de 10% en possèdent un). 

Les philanthropes de la nouvelle génération ont des comptes Facebook, Twitter et Snapchat et n’hésitent pas à les utiliser pour annoncer les initiatives et les réalisations de leurs activités philanthropiques. Ils ne le font pas pour promouvoir une institution – la leur ou celle(s) qu’ils soutiennent – mais pour attirer l’attention sur les problèmes à régler, première étape à leurs yeux vers des changements réels et durables. Ils utilisent au maximum les outils numériques et innovants avec lesquels ils ont grandi: à la fois comme un élément des solutions qu’ils financent, pour promouvoir leurs causes, mais également pour trouver des bénéficiaires ou recruter des talents et s’informer des tendances. 

Pour mener à bien leurs projets, les Next Gen n’hésitent généralement pas à unir leurs forces, par l’intermédiaire de réseaux internationaux ou locaux. Ils peuvent aussi créer leur propre réseau, telle Rachel Gerrol, qui à l’aube de la trentaine, en 2011, a cofondé le réseau international Nexus.

Noémie Amisse-de Goÿs: Sa fondation aide au développement social, économique et humain des femmes et des filles. (Crédits: Dr)

Acteurs de changements sociaux

La nouvelle génération aspire à jouer un véritable rôle dans les causes qu’ils défendent et les organisations qu’ils soutiennent. Ils veulent être à l’origine, et générer, des changements positifs dans la vie des populations du monde entier. 

La nouvelle philanthropie utilise des outils pour faciliter le suivi d’actions avec un objectif identifié, et pour mesurer les «retours sociaux sur investissements». Noémie Amisse-de Goÿs (fondatrice à 29 ans des laboratoires Nohèm de cosmétiques équitables et naturels, et de la Fondation Amisse qui aide au développement social, économique et humain des femmes et des filles) témoigne, dans le rapport: «J’accorde une très grande importance à l’impact des projets que je soutiens. Si vous voulez être efficace, vous devez observer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.» Par exemple, les principales mesures prises en compte par Leyth Zniber (fondateur d’Impact Lab qui soutient les entrepreneurs à fort impact social et environnemental au Maroc), pour un projet qu’il a sélectionné d’élevage d’escargots, incluent le nombre de femmes impliquées, l’augmentation de leur salaire et autres avantages indirects, comme le fait que la «ferme a désormais gagné suffisamment d’argent pour acheter deux machines à laver. Ces machines à laver ne créent pas d’emploi, mais permettent d’avoir du temps libre pour faire autre chose.»

Lavinia Jacobs, présidente du conseil d’administration de la Fondation Jacobs en Suisse, explique: «Nous avons modifié notre structure organisationnelle de manière à assurer une gestion plus professionnelle de la fondation» et précise avoir «fixé sept objectifs stratégiques – avec 3 à 5 indicateurs clés de performance pour chaque objectif – à atteindre d’ici à 2020.»

L’enjeu de l’impact investing

La génération Y développe une approche spécifique pour ses investissements en les imbriquant davantage à ses activités philanthropiques. L’une des principales conclusions du rapport est que l’impact investing (les investissements à impact sont ceux qui sont réalisés dans des entreprises, des organisations et des fonds dans le but de générer un impact social et environnemental en plus d’un rendement financier) est devenu un véritable enjeu pour cette génération. 

«Quand j’ai rejoint la fondation créée par mes parents, 40% du portefeuille était placé dans des impact investments. Je me suis posé la question pourquoi l’ensemble de nos investissements n’était pas dans l’impact investing», explique Stéphanie Cordes, 27 ans, vice-présidente de Cordes Foundation aux Etats-Unis. 

Dans l’absolu, les Next Gen Millennials sont particulièrement enclins à investir dans des fintechs (ces entreprises qui réinventent la finance à l’aide des technologies), des edtechs (celles qui utilisent la technologie en vue de favoriser l’accès à l’éducation), les domaines agricoles et alimentaires, ainsi que dans le secteur de l’énergie pour permettre l’accès au plus grand nombre. Ainsi, la Fondation Jacobs a l’intention d’investir un total de 6 millions de francs d’ici à 2020. Parmi les investissements réalisés et ceux prévus figurent la création et la gestion d’un fonds à impact sur l’éducation, le capital de démarrage d’un portefeuille d’entreprises edtech et un financement pour les institutions de microfinance afin que celles-ci élargissent leur portefeuille de produits éducatifs, le tout au profit de la Côte d’Ivoire. 

En résumé, si certains baby-boomers ont montré la voie, les millennials officialisent l’entrée de la philanthropie dans l’ère des «philantrepreneurs», pour qui la différence entre agir avec un fonds de capital-risque et une fondation, ou une startup en plein essor et une entreprise sociale, n’a pas d’importance tant qu’ils atteignent des objectifs d’impact social. 

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