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Les mythes du taux de chômage suisse

La Suisse présente un taux de chômage relativement bas. Le Secrétariat d’Etat à l’économie calcule deux taux: l’un qui permet les comparaisons entre cantons et l’autre entre pays.

Le calcul du taux de chômage est souvent critiqué, mais il se justifie par la structure de la Suisse.

Crédits: DR

Le taux de chômage est sujet à controverse. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) publie chaque mois ses chiffres. Le taux qui est comparé à l’échelle nationale, entre les cantons, comprend  une partie des demandeurs d’emploi. Le Seco indique que ce sont «les personnes inscrites comme chômeuses auprès d’un ORP à la fin de chaque mois. Les personnes bénéficiant de l’assurance-invalidité (AI) ou de l’aide sociale qui recherchent un emploi peuvent s’annoncer auprès d’un ORP, mais elles n’y sont pas contraintes.»

Au sein de la société, ce calcul est souvent critiqué. «C’est une méthode propre à la Suisse, qui ne ressemble pas à celle de l’OCDE, de l’Union européenne ou des Etats-Unis», déplore Anne-Sylvie Dupont, professeur au sein des universités de Neuchâtel et de Genève.

Du côté des économistes, tous se sont mis d’accord sur une méthode de calcul. Cela permet d’avoir des chiffres comparables pour tous ceux qui se fient à la norme instaurées par le Bureau International du Travail (BIT). De ce taux de chômage découle par exemple la courbe de Phillips.

Courbe-Phillips-SNB
Source: Swiss National Bank

«Le principe de cette représentation est que l’inflation est élevée lorsque le chômage est bas.» explique Marie Owens Thomsen. Pour l’économiste d’Indosuez Wealth Management, la courbe réalisée avec le taux suisse usuel serait-elle trop plate ? «Soit on utilise le taux de chômage au sens du BIT, soit on considère que la courbe helvétique a subi un changement structurel», résume l’économiste.

Comparaisons entre les cantons

Le taux de chômage généralement présenté en Suisse est celui permettant les comparaisons intercantonales. S’il est considéré comme trop bas en valeur absolue, son évolution est semblable au taux calculé selon les méthodes du BIT. «Cela veut dire que ce taux a du sens tant qu’il est comparé à lui-même, au fil du temps ou à l’intérieur de la Suisse», explique Marie Owens Thomsen.

Les Suisses sortent-ils simplement des radars?

Le Seco regrette que «l’idée d’une couche de population de personnes en fin de droit est très répandue». Une représentation que le Secrétariat d’Etat à l’économie estime erronée de la réalité puisque les chômeurs et personnes bénéficiant d’aide sociales ne sont pas forcément les mêmes d’une année à l’autre. Le Seco s’appuie pour cela sur une statistique de l’OFS. Selon ces derniers, 49% des personnes arrivées en fin de droits dans les années 2010 à 2013 figuraient à nouveau parmi les actifs occupés en moyenne dans les douze premiers mois. Après quatre ans, ce chiffre s’élevait à 69%.

Des chiffres encourageants qui cachent pourtant le revers de la médaille selon les constats de la Fondation IPT, spécialiste de la (ré-)insertion professionnelle sur le plan national. Pour elle, non seulement les personnes en fin de droits, mais aussi celles sans plus aucun soutien d’une assurance sociale ou d’un service social sont en hausse.

«En 10 ans, le nombre de personnes sans aucun droit - s’adressant à nous - a augmenté de quasiment 70% (de 387 personnes en 2008 à 646 personnes en 2018)», indique Jens Rogge, co-directeur général de la Fondation. Il complète: «ce trend est renforcé surtout depuis la 4ème révision LACI et la 5ème révision AI qui ont eu comme impact d’augmenter le nombre de personnes pour qui le soutien proposé n’est plus suffisant et qui se retrouvent dans une situation dans laquelle ils ont épuisé tous leurs droits au soutien ou n’arrivent plus à activer ce dernier.»

Le nombre de bénéficiaires de l'aide sociale a d'ailleurs augmenté au cours des dix dernières années.

Revenir sur le marché: un combat de tous les instants

Outre le problème de la quantité, celui de la qualité de l’accompagnement existe également. Le combat est le même pour toutes les personnes à placer, qu’elles soient à l’Assurance Invalidité (AI) ou en fin de droit. «On juge du potentiel de reclassement de la personne assurée en fonction de ce qu'elle peut faire en théorie, indépendamment de ses intérêts et des possibilités concrètes de trouver un emploi» dénonce Anne-Sylvie Dupont.

De plus, du temps peut s’écouler avant de parvenir à une solution. Les experts de la Fondation IPT se basent sur les intérêts et ressources de la personne et constatent qu’en général, pour des personnes qui se trouvent en difficulté face au marché du travail, plusieurs mois sont à prévoir avant de décrocher un emploi.  «La réinsertion d’une personne qui vient de perdre son poste dure environ 5,5 mois en moyenne, celle d’une personne sans emploi depuis plus de 2 ans et dans une situation complexe environ 9 mois.»

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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