Bilan

Les membres de l’élite sont-ils fortunés?

Le professeur André Mach analyse les tendances qui se dégagent de ses données sur les élites avec celles tirées du classement des 300 plus riches de Suisse publié vendredi 30 novembre par Bilan.

  • André Mach a participé à recenser 27 000 élites politiques, économiques, administratives et académiques.

    Crédits: Nicole Chuard
  • Christoph Blocher

    Crédits: Yvain Genevay
  • André Hoffmann

    Crédits: Dr
  • Ernst Tanner

    Crédits: Dr

Qui fait partie de l’élite? Quel est son profil sociologique? A l’Université de Lausanne, André Mach tente de comprendre les rapports de pouvoir et la structure de la société helvétique. Avec d’autres chercheurs en sciences sociales et politiques, il a créé une base de données contenant plus de 27 000 entrées sur les élites politiques, économiques, administratives et académiques au XXe et au XXIe siècle. Celle-ci prend en considération la fonction de pouvoir occupé, mais pas le critère de leur fortune. A notre demande, André Mach, coauteur de plusieurs études et cofondateur de l’Observatoire des élites suisses de l’Université de Lausanne (www.unil.ch/obelis), analyse les tendances qui se dégagent du croisement de leurs données avec celles tirées du classement annuel des 300 plus riches de Suisse publié par Bilan et Bilanz depuis 1989.

Au niveau des élites politiques, le professeur lausannois note une surreprésentation des membres de l’UDC avec Christoph Blocher, sa fille Magdalena Martullo-Blocher, Walter Frey et Peter Spuhler. «Ce sont les membres du parti qui se profile comme celui de l’anti-establishment qui sont les plus fortunés. Quel paradoxe!», observe André Mach. A l’exception de la famille du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann (Parti libéral-radical), aucun autre acteur politique ne figure dans les 300 plus riches de Suisse.

Dans le domaine économique, plusieurs noms apparaissent à la fois dans le ranking des élites (top management et conseil d’administration) et dans celui de Bilan: Ernst Tanner (Lindt & Sprüngli et Swatch Group) ou Josef Ackermann (Credit Suisse, puis Deutsche Bank). D’anciens managers y figurent aussi, à l’instar de Marcel Ospel (UBS), Oswald Grübel (Credit Suisse et UBS), Daniel Vasella (Novartis), Peter Brabeck-Letmathe (Nestlé). «Ces personnalités ont réussi à se constituer un patrimoine important en bénéficiant du triomphe du capitalisme anglo-saxon qui devait d’abord profiter aux actionnaires», relève André Mach.

De nouveaux acteurs émergent

Le croisement des deux classements montre que de nombreux héritiers de dynasties industrielles sont actifs dans le conseil d’administration ou dans la direction générale (ou dans les deux organes) de leaders mondiaux dans leur branche d’activités: par exemple André Hoffmann et Andreas Oeri chez Roche, les enfants et petits-enfants d’Hans Liebherr au sein de la multinationale du même nom, Nick Hayek et Nayla Hayek chez Swatch Group, André Kudelski (Kudelski), Jean-Pascal Bobst (Bobst), Patrick Firmenich (Firmenich). Leur patrimoine est comptabilisé soit individuellement, soit au niveau familial. De même, la présence des banquiers privés montre leur capacité à se développer au fil des décennies en intégrant régulièrement la relève issue de leurs rangs. Autres membres de l’élite économique: les grands éditeurs helvétiques avec les familles Coninx (Tamedia), Ringier (Ringier) et Lamunière (Edipresse). 

Selon André Mach, le classement des 300 plus riches permet de montrer l’émergence de nouveaux acteurs comme celle d’investisseurs de nationalité étrangère: Frederik Paulsen (Ferring), Ivan Glasenberg (Glencore), Viktor Vekselberg (Sulzer, OC Oerlikon, Züblin, Schmolz + Bickenbach), etc.

«La contribution de Bilan a permis de combler une partie du retard qu’a toujours la Suisse en termes de transparence patrimoniale. Elle ne constitue pas du voyeurisme», estime André Mach. A l’avenir, il envisage de retenir la fortune comme critère supplémentaire pour identifier les élites. 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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