Bilan

La loi CO2 et les initiatives sur les pesticides rejetées, la loi Covid validée

Le verdict des urnes de ce dimanche 13 juin valide deux textes (loi Covid et loi sur le terrorisme), tandis que les deux initiatives sur l'eau potable et les pesticides de synthèse ont été rejetées. La loi CO2 est quant à elle rejetée de justesse...

Les régions rurales et de montagne ont largement contribué à faire échouer les initiatives sur les pesticides et sur l'eau.

Crédits: AFP

Pas moins de cinq objets étaient soumis au vote en cette fin de printemps. Et des objets qui ont pour certains passablement perturbé le débat démocratique pacifié des campagnes électorales habituelles en Suisse. Menaces physiques, protection policière, dégradations de biens,... plusieurs épisodes ont défrayé la chronique...

Et ce sont justement les deux objets liés au monde agricole, ceux ayant électrisé les oppositions entre les deux camps, qui ont échoué ce dimanche, accompagnées dans leur échec par la loi CO2. L'initiative pour une eau potable propre a été rejetée à près de 63,8%, tandis que l'initiative pour une Suisse libre de pesticides de synthèse a échoué avec moins de 36,6% de soutien de la population.

Sur ces deux objets, plus qu'une fracture linguistique, c'est un fossé entre villes et campagnes qui se dessine: les cantons très urbanisés et les villes ont approuvé les deux textes, tandis que les cantons ruraux et de montagne les ont très largement rejetés: seul Bâle-ville, pourtant berceau du géant de l'agrochimie Syngenta, a approuvé les deux textes avec 58,8% et 57,2%. Genève a porté le oui à 46,9 et 49,3%, et plusieurs villes comme Lausanne ont approuvé les textes, contrebalancées par les zones rurales des cantons (34% et 37% de vote oui dans le canton de Vaud); tandis que les Grisons, Fribourg (28% de oui pour les deux initiatives), Neuchâtel (38,6 et 42,6% de oui), le Valais (78 et 77% de non pour les deux objets), Glaris (59,9 et 59,3% de non), Lucerne (34,2 et 33,9% de oui), Uri, Schwytz ont fait barrage. 

Dans le camp des opposants aux deux initiatives, c'est le soulagement et la satisfaction qui dominent. Les premiers sondages au début du printemps donnaient en effet le «oui» victorieux, avant de voir les tendances s'inverser au courant du mois de mai. Le camp bourgeois et les principales organisations agricoles du pays avaient fait campagne pour combattre l'adoption de ces textes qu'elles jugeaient «extrêmes».

Dans le camp des initiants, la déception est teintée de réconfort: plus d'un·e Suisse·sse sur deux souhaite le passage à une agriculture sans produits phytosanitaires. Un score dont l'ampleur devrait être utilisé dans les mois et années à venir par la gauche et les écologistes lorsqu'il s'agira de redéfinir les lignes de la politique agricole et des soutiens aux exploitants.

Loi sur le CO2: suspens intense

Autre initiative à enjeux environnementaux: la loi sur le CO2. Très largement soutenue par les autorités fédérales, une large majorité allant du PLR aux Vert·e·s et de nombreuses associations écologistes, organisations syndicales et ONG, la loi n'était combattue que par certaines faîtières patronales et l'UDC. Et c'est là que se dessine la surprise du jour avec un non qui a largement surpris une large partie des acteurs de la vie politique...

Plusieurs cantons romands ont approuvé ce texte qui vise à donner au pays une stratégie claire en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, afin de respecter les engagements pris par Berne dans le cadre des Accords de Paris. Au total, quatre cantons ont approuvé le texte: Genève, Vaud, Neuchâtel, Bâle-Ville.

A contrario, de nombreux cantons ruraux et alpins, notamment en Suisse centrale, ont largement rejeté le texte. Le Valais (33,1% de oui), Fribourg (37% de oui) et Glaris (39,9% de oui) ont fait émerger un «non» assez ferme. 

La loi Covid passe la rampe des urnes

Autre objet qui a largement occupé le paysage suisse au cours des dernières semaines, avec une campagne intense de la part des opposants: la question de l'approbation de la loi Covid. Combattue par plusieurs groupes de la droite dure notamment, entre autres les Amis de la constitution, ce texte ne portait pas spécifiquement sur les mesures sanitaires prises pendant la crise Covid (relevant de la loi sur les épidémies), mais davantage sur les compensations, aides et autres mesures destinées à relancer l'économie au sortir de cet épisode. Cependant, les adversaires avaient choisi symboliquement de mener le combat contre cette loi Covid afin de faire émerger leur lutte contre ce qu'ils et elles dénoncent comme une dérive dictatoriale.

Au final, les électrices et électeurs suisses ont approuvé le texte soumis au vote, avec plus de 58%. L'intégralité des cantons a suivi les recommandations des partis politiques et autres organisations qui recommandaient le «oui». Parmi les plus enthousiastes figurent Neuchâtel (66,6%), l'Argovie (58%), Zoug (57,7%) ou encore les Grisons (57,6%), suivis par Fribourg (55%) et le Valais (56,6%).

Certains cantons ont tout de même rejeté le texte. Ainsi les cantons d'Obwald (56,7% de non) et Nidwald (51,4% de non), de même que Uri (54,9% de non), Glaris (50,9%), Appenzell Rhodes extérieures (53% de non). La palme revient à Appenzell Rhodes intérieures qui a rejeté le texte à 60%.

La loi sur le terrorisme facilement validée

Enfin, un dernier objet passait ce dimanche 13 juin sous les fourches caudines du suffrage: la loi sur le terrorisme. Adoptée par le Parlement, elle restait largement critiquée à gauche, en raison de certains articles que les Socialistes et les Vert·e·s notamment estimaient porteurs de dérives potentielles pour les libertés individuelles et collectives.

Des réserves qui n'auront pas convaincu les électeurs et électrices, qui ont largement approuvé le texte. Le soutien le plus fort vient des cantons alpins et de Suisse centrale (Valais 62% de oui, Nidwald 55,6% de oui, Zoug 58,9%, Obwald 56,3%), tandis que les cantons romands ont émis un soutien plus mesuré selon les premières estimations, même si Neuchâtel a soutenu à hauteur de 62%). Bâle-Ville s'est prononcée contre ce texte (54,9% de non).

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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