Bilan

Les enjeux du dégel du permafrost

La déstabilisation des sols de haute montagne pourrait entraîner la fermeture temporaire d’installations et remettre en question la stratégie estivale de stations. par Jean-Philippe Buchs

15% des remontées mécaniques suisses seraient touchées par le recul du permafrost, comme au Schilthorn, dans l’Oberland bernois.

Crédits: Schilthorn.ch

Le réchauffement climatique devient un enjeu majeur, à la fois pour les destinations de montagne et pour les sociétés de remontées mécaniques possédant des installations en haute altitude. L’augmentation des températures en été favorise en effet la fonte du permafrost, ce sol gelé en permanence au-dessus d’environ 2400 mètres et qui sert de ciment aux roches. Ce dégel risque d’entraîner une déstabilisation des terrains sur lesquels peuvent s’élever des pylônes de téléphériques, télécabines et télésièges, ainsi que les infrastructures de départ et d’arrivée. Le phénomène affecte désormais des zones situées autour de 3000 mètres.

Pendant deux mois (entre octobre et décembre), les dirigeants d’Aletsch Arena en Valais ont dû arrêter l’exploitation du téléphérique Fiescheralp-Eggishorn en raison, affirment-ils, d’un affaissement de terrain à la station d’arrivée (2926 mètres) dû à la fonte du permafrost (l’enquête n’est toutefois pas encore terminée). Dans l’Oberland bernois, la station supérieure du célèbre sommet du Schilthorn, à 2970 mètres, est aussi touchée. «Nos dernières études montrent que toutes les fondations se trouvent déjà en zone de dégel, parce que le permafrost a beaucoup reculé. La fragilisation des pentes est donc un problème qui nous occupera à l’avenir beaucoup plus qu’aujourd’hui», affirme Christoph Egger, directeur du téléphérique du Schilthorn, dans regioS, le magazine du développement régional publié par la Confédération. Selon Christophe Clivaz, professeur à l’Institut de géographie et de durabilité de l’Université de Lausanne, environ 15% des remontées mécaniques sont concernées. Elles se situent principalement en Engadine, en Valais, dans les Alpes bernoises et dans la région de Tödi (Glaris).

«La hausse des températures contraindra des stations à adapter leur stratégie pour la saison estivale. En raison des risques d’éboulement, de coulées de boue et de chutes de pierres, un certain nombre de chemins de randonnée et de voies d’escalade ne seront probablement plus praticables», observe Christophe Clivaz.

Mieux suivre les risques

«Le phénomène de fonte du permafrost n’est pas nouveau, mais il se manifeste plus souvent. Dans les prochaines années, on ne peut pas exclure que des installations doivent fermer temporairement pour procéder à des travaux de consolidation», relève le géologue cantonal valaisan Raphaël Mayoraz. Un surcoût pour les entreprises de remontées mécaniques dont certaines peinent à équilibrer leurs comptes. «Pour leur permettre de planifier leurs nouveaux investissements et les aider à construire leurs installations, nous venons de publier une nouvelle carte de la distribution du permafrost et de la glace dans le sol des Alpes helvétiques», indique Marcia Phillips, responsable d’un groupe de recherche de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF à Davos.

Expert en géomorphologie de l’Université de Lausanne, Christophe Lambiel estime qu’il faut aller plus loin. «Même si la Suisse dispose de normes de sécurité et de contrôle élevées, elle devrait mettre en œuvre un système d’identification des remontées mécaniques potentiellement à risques sur le modèle français afin de suivre l’évolution de la dégradation du permafrost.» Selon Raphaël Mayoraz, il ne faut pas en exagérer les dangers. «En Valais, je crains davantage les orages à caractère tropical qui s’abattent désormais sur notre région. Ils sont d’une intensité rarement atteinte et provoquent des laves torrentielles comme celle de Chamoson. C’est la principale menace à laquelle nous devons faire face.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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