Bilan

Les écoles hôtelières, entre e-learning et campus presque déserts

Joyaux de la formation supérieure suisse, les écoles hôtelières accueillent de nombreux étudiants du monde entier. Face à la situation causée par la propagation du coronavirus, ces établissements font face avec différentes mesures inédites. Etat des lieux.

Les campus des écoles hôtelières en Suisse sont pratiquement déserts depuis quelques jours.

Crédits: Swiss Education Group

Du pourtour du Léman aux contreforts de Crans-Montana en passant par Lucerne ou Bulle, les écoles hôtelières suisses figurent parmi les plus réputées au monde. Et leur recrutement est à la hauteur de cette notoriété, avec de nombreux étudiants venus de Chine, du Brésil, d’Australie ou de Russie, qui logent sur les campus de ces écoles pendant leurs périodes de cours. Mais comme tous les établissements d’enseignement, elles sont soumises aux règlements adoptés par la Confédération et les cantons depuis la mi-mars afin de faire face à la propagation du coronavirus.

«Le campus EHL de Lausanne est fermé depuis le lundi 16 mars 2020 conformément aux mesures annoncées par le Canton de Vaud dans l’après-midi du vendredi 13 mars. Depuis cette date et moyennant quelques jours de transition, les cours académiques de l’Ecole hôtelière de Lausanne sont dispensés aux étudiants en ligne», explique Sherif Mamdouh, porte-parole de l’Ecole hôtelière de Lausanne. Même tempo du côté de Swiss Education Group (qui gère une petite dizaine de campus entre la Riviera vaudoise, les préalpes et Lucerne), qui explique «avoir décidé de suspendre toute prestation de programmes physiques dans ses écoles à compter du lundi 16 mars 2020 et jusqu'à nouvel avis». Troisième acteur majeur du secteur en Suisse, Sommet Education présente la particularité de gérer neuf campus dans cinq pays (Suisse, Chine, Espagne, Royaume-Uni, France): «Pour ce qui relève de la Suisse, les cours ont été suspendus en adéquation avec les directives des autorités imposant la fermeture des établissements d’enseignement pour le lundi 16 mars».

Enseignement à distance

Pas question pour autant de suspendre les enseignements. Comme des centaines d’autres écoles, universités et instituts de formation, les écoles de management en hospitality ont dû opter pour des formules d’enseignement à distance. «Les professeurs disposaient déjà d’une plateforme d’enseignement en ligne; celle-ci a été complété par la possibilité des salles de classe virtuelles où l’enseignant peut partager son écran et interagir avec ses étudiants, de même que partager les supports de cours. A ce jour, par exemple autour de 200 vidéos de contenu de cours ont été produites en une semaine par les professeurs et mis à disposition pour les étudiants de Glion et des Roches, complétés par des sessions en ligne de Q&A donnés aux étudiants de tous les programmes avec des retours positifs des étudiants et des enseignants», explique un membre de la direction de Sommet Education. Idem du côté de SEG, où «un environnement d'apprentissage virtuel (EAV) a été mis en place pour tous les programmes d’enseignement et permet ainsi aux étudiants de poursuivre leurs programmes d'études en ligne ».

L'e-learning a pris le relais des cours. (Les Roches)
L'e-learning a pris le relais des cours. (Les Roches)

Comment envisager dès lors que les étudiants puissent terminer leur cursus? «Notre feuille de route en situation de crise est claire, tout est mis en place pour tenir cet objectif. C’est plus simple pour les matières théoriques. Dans les Arts pratiques c’est évidemment plus complexe. Des reports et des rattrapages sont envisagés», explique-t-on du côté de Sommet Education. L’EHL envisage d’ores et déjà deux options, l’une avec une levée rapide des mesures et une autre avec un prolongement des interdictions: «La fermeture des campus est prévue jusqu’à fin avril. Etant donné les incertitudes mondiales, les solutions d’apprentissage à distance continueront tant que cela est nécessaire. Nous continuons de travailler avec les autorités locales et ne prendrons pas de risque pour la santé et la sécurité de nos étudiants. Les cours académiques pourront suivre le cursus dans les délais habituels, voire avec quelques semaines de retard. En revanche, si la fermeture du campus se prolonge, il nous faudra revoir cette question en fonction», précise Sherif Mamdouh.

Car, à l’horizon du début de l’été, c’est une autre question qui va se poser: celle des examens devant valider les cursus de formation des étudiants. Généralement, ceux-ci se tiennent entre début mai et fin juin. Or, selon la durée des mesures décidées par les autorités, le fait de réunir es centaines d’étudiants sur des campus suisses risque de s’avérer délicat. «Notre corps enseignant échange abondamment ces jours sur les modalités des examens présentiels de chaque branche, sachant que par ailleurs dans nos écoles, les processus d’évaluation sont continus dans de nombreux cours», nuance-t-on du côté de Sommet Education. A Lausanne, des alternatives sont explorées: «Les membres de la faculté de l’EHL travaillent activement afin de proposer aux étudiants des examens en ligne et des projets de fin d’étude à distance». Enfin, Swiss Education Group joue la carte de la prudence: «Pour ce qui est des examens, il est pour l’heure prématuré d’évoquer un report, il s’agit de suivre de près l’évolution de la situation».

Stages interrompus et campus presque déserts

En attendant de pouvoir statuer sur ces opérations, les équipes des différentes entités sont largement sollicitées par les étudiants en stage à l’étranger. En effet, la multiplicité des mesures prises à travers le monde et les options disponibles tant d’un point de vue logistique que pédagogique entraînent une variété de cas très importante. «Nous avons invité l’ensemble de nos étudiants ayant des difficultés avec leurs stages en Suisse ou à l’étranger, à contacter leur responsable de stage afin de discuter de leur situation personnelle. Chaque situation étant unique, des solutions au cas par cas seront mises en place. La sécurité des étudiants est la priorité absolue», assure Sherif Mamdouh. Le cas par cas est également de mise dans les deux autres entités. Chez Sommet Education, la direction assure que «le conseil et le suivi individualisé des étudiants est une spécificité de nos écoles, qui existe depuis toujours. Les services de « Bureau des étudiants » a été renforcé pour garantir la liaison étudiants-familles-référents enseignants et surtout individualiser les réponses car toutes les situations sont différentes». A Lausanne, «une hotline pour nos étudiants a été mise en place dès le vendredi 13 mars, et est gérée par le «Extended Services Desk» », précise le porte-parole de l’EHL.

>> À lire aussi:Rapatriement: mode d'emploi

Reste une question cruciale: celle de l’accueil des étudiants. L’annonce des fermetures des établissements scolaires aurait dû entraîner la fermeture des campus. Or, comment rapatrier vers des pays lointains des étudiants alors même que les liaisons aériennes sont souvent coupées? Les hébergements des étudiants n’ont pas le statut hôtelier qui auraient pu leur permettre, dans certains cantons, de poursuivre leur activité. Pour les campus de Glion (Montreux et Bulle) et des Roches (Crans-Montana), Sommet Education précise d’emblée que la majorité des étudiants ont pu rentrer chez eux, en Suisse ou à l’étranger. Et une semaine après les annonces de fermetures? «Nos campus sont fermés à l’exception du service pour les étudiants qui n’ont pas pu rentrer chez eux avec un respect renforcé des consignes sanitaires. Nos campus ont accueilli les étudiants qui n’ont pas le choix d’un retour en raison précisément de la fermeture des frontières, vols, etc. et nos équipes ont été entièrement dédiées à trouver des solutions à chacun». Une solution similaire a été adoptée sur les hauts de Lausanne: «A la suite de l’annonce des autorités cantonales, le Groupe EHL a immédiatement mis en place une hotline et un Service Centre pour faciliter le retour des étudiants et continue de les soutenir dans ces démarches. Pour tous les étudiants ne pouvant pas rejoindre leur domicile, l’EHL assure la possibilité aux étudiants de rester dans leurs résidences universitaires avec accès aux services de l’infirmerie, F&B, IT, sécurité, etc sur site», insiste Sherif Mamdouh. SEG précise sans détailler davantage que «les étudiants actuels ont la possibilité de rester sur le campus».

Le futur campus de l'EHL à Singapour. (HYLA Architects)
Le futur campus de l'EHL à Singapour. (HYLA Architects)

Face à cette situation sans précédent, ces établissements fleurons de la formation helvétique tentent de faire au mieux, en privilégiant la santé de leurs étudiants et le respect des consignes des autorités. Plus que jamais pour les dirigeants des différents groupes, l’adéquation de la réponse suisse à la pandémie et le sérieux qui sera apporté aux problèmes renforcera le prestige et l’image de sérieux de la Confédération et donc des écoles à l’international… ou favorisera des challengers dans des pays moins touchés. L’EHL travaille actuellement sur son futur campus de Singapour. Or, les mesures drastiques prises dans la cité-état du Sud-Est asiatique ont permis de limiter la propagation du Covid-19. Cette antenne, comme d’autres établissements dans des pays épargnés par la pandémie pourraient permettre d’atténuer la crise que vivent ces établissements d’enseignement.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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