Bilan

Les échanges transfrontaliers du Grand Genève pèsent sur la mobilité

Le Grand Genève est source de richesse mais aussi de contraintes. Celle de la mobilité a été mise en exergue lors de l'enquête inédite menée par les autorités franco-genevoises sur la consommation de ce grand bassin de population.

Sur 450'000 ménages, 3'410 ont été interrogés l’année passée sur leurs habitudes de consommation.

Crédits: Keystone

Avec son chiffre d’affaires de 7’160 millions de francs suisses et son million d’habitants, le Grand Genève est désormais considéré comme une métropole à part entière. Les autorités genevoises et françaises l’ont bien compris et ont décidé de se pencher sur le comportement d’achat de ce bassin de population.

Sur 450'000 ménages, 3'410 ont ainsi été interrogés l’année passée sur leurs habitudes de consommation. Quand, comment et pourquoi, cette enquête inédite dont les résultats ont été présenté lundi, a permis de mettre en avant un sérieux problème de mobilité.

Des dépenses inégales sur le territoire

Comme en témoignent les 42% d’actifs de France voisine qui travaillent en Suisse, la perméabilité transfrontalière est indéniable. Si bien qu’au fil des années, un écosystème franco-genevois s’est constitué et compte aujourd’hui plus de 500'000 emplois. Une situation qui profite aux ménages des deux côtés de la frontière, leur permettant de jouir de revenus plus élevés que leur moyenne nationale respective. Le pouvoir d’achat lui aussi, gonflé par cette relation de réciprocité, a fait gravir la consommation annuelle des ménages du Grand Genève à 7'633 francs.

Malgré tout, entre les deux lieux de résidence, une différence est notable. L’enquête démontre que le budget annuel moyen du côté suisse est deux fois plus élevé que celui de son voisin français. Mais aussi, que pour la répartition des dépenses les suisses privilégient les services et communications, tandis que les ménages genevois français favorisent en premier lieu les achats de consommation courante (un tier du budget).

Le commerce de distance s’impose

Mais alors, où les ménages dépensent-ils tout cet argent ? Chez eux, pour commencer. L’expansion du commerce en ligne y est pour beaucoup. Le e-commerce représente pour le moment 216 millions de francs de dépenses sur le Grand Genève. Bien que davantage présents du côté français (9% de la consommation), les achats du web s’élèvent à seulement 5% pour le canton de Genève.

«Cela s’explique par le développement plus précoce en France de ce type de commerce, précise Myriam Magand, responsable de l’enquête menée par le cabinet AID. Le fait que l’étude ait été réalisée avant l’arrivée d’Amazon en Suisse a aussi joué un rôle prépondérant dans ces résultats.» La spécialiste assure qu’une hausse de la consommation sur internet au niveau genevois est d’ores et déjà attendue.

Si les achats depuis son domicile rentrent dans les mœurs, le shopping en périphérie se développe lui aussi. «A l’image du magasin Interdiscount qui a fermé récemment dans les Rues-Basses, le centre-ville n’est pas un environnement adéquat pour occuper de grandes surfaces, appuie le Ministre du Territoire, Antonio Hodgers. Le modèle français applique cette règle, ce qui implique d’effectuer plus de kilomètres pour faire ses courses, mais moins fréquemment.» Or, ces voyages ont un prix, celui de la mobilité.

Le casse-tête de la mobilité

Les conclusions de l’enquête sont indéniables: les échanges transfrontaliers impactent la mobilité du Grand Genève. En effet, 60% de ces déplacements se font en voiture ou moto, alors que seulement 10% sont effectués en transports en commun. Des chiffres qui feraient bondir les défenseurs de l’écologie. A l’échelle du Genevois français, le pourcentage de transports motorisés individuels grimpe pour atteindre les 85% tandis que les transports en commun statuent à 2%. 

Des chiffres à contrebalancer avec ceux de la ville de Genève qui consacre un quart de ses voyages en transports motorisés mais 58% en transports doux, type vélo ou marche. L’offre de véhicules collectifs étant plus diversifiée à Genève, lorsque qu’il s’agit de passer de l’autre côté de la frontière, les résidents suisses se déplacent à leur tour quasi-systématiquement en voiture.

«Cela fait beaucoup de déplacements pour remplir son coffre une fois par semaine, commente Antonio Hodgers. Il faut arriver à diminuer la part de trajets en voiture.» Néanmoins, avec un résident sur quatre du Grand Genève qui réalise des achats transfrontaliers régulièrement (au moins une fois par mois), la tâche ne sera pas aisée.

Après la réflexion, l’action

A l’aide de ces différents éléments, le département du Territoire de Genève et le Pôle métropolitain du Genevois français vont pouvoir élaborer main dans la main des stratégies territoriales. Pierre-Jean Crastes, vice-président de ce Pôle métropolitain en est convaincu, il faut agir sur ces déplacements à outrance. «Il y a un réel déséquilibre de la mobilité, confirme-t-il. Il faut que nous élaborions une politique pour se coordonner et réduire ces flux.»

Le Léman Express est par ailleurs revenu plusieurs fois dans les commentaires des deux parties. Notamment, avec l’idée de multiplier les commerces dans ces nouveaux centres de pendulaires. En attendant que des actions concrètes soient mises en route, une seconde enquête a été commandée pour 2022. Ceci afin de constater les évolutions des modes de consommation sur le territoire, mais aussi afin d’intégrer les arrivées du e-commerce et du Léman Express dans les résultats.

D’ici là, le peuple pourrait bien être mis à contribution lors d’une votation au sujet de cette proximité des frontières. Robin Eymann, responsable politique économique à la Fédération romande des consommateurs (FRC), se réjouit de l’avancée de ce projet. «On voit que ce tourisme d’achat a de lourdes conséquences, c’est pourquoi cette initiative Stop à l’îlot de cherté – pour des prix équitables veut rendre moins attractif ce commerce au-delà des frontières et baisser les prix en Suisse.» Déposée en décembre 2017, cette proposition passera entre les mains du Parlement début juin, puis dans nos urnes d'ici quelques mois.

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourt pas le monde, elle se débrouille pour dégoter des mandats dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont déjà ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

Du même auteur:

Malgré les turbulences, les agences de voyage gardent le cap
Bouche à oreille, le laissé pour compte du marketing

Bilan vous recommande sur le même sujet

Les derniers Articles Economie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."