Bilan

Les candidatures de dernière minute se bousculent à l'OMC

Les candidatures de dernière minute se multiplient à quelques heures de la clôture mercredi pour reprendre la tête de l'OMC, une institution attaquée par Washington et confrontée à d'énormes défis en pleine crise économique mondiale, avec désormais sept prétendants.

La procédure de désignation du chef de l'OMC n'est pas une élection mais un mécanisme consensuel qui fonctionne par élimination.

Crédits: Keystone

A quelques heures de la limite requise (16H00GMT), l'ancien ministre britannique du Commerce extérieur Liam Fox s'est lancé à son tour dans la course, soutenu par le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Quelques heures auparavant, le Kenya a également déposé la candidature de sa ministre des Sports Amina Mohamed, qui a présidé les trois organes les plus importants de l'OMC par le passé.

Cinq autres candidats - un Mexicain, un Egyptien, une Nigériane, un Moldave, une Sud-Coréenne - prétendent également à la succession du Brésilien Roberto Azevedo.

En plein marasme économique mondial causé par la pandémie de Covid-19, plusieurs chantiers de taille attendent le futur patron de l'OMC: préparer la conférence ministérielle de 2021, donner un coup de fouet aux négociations qui piétinent, et surtout tenter de relancer le dialogue au plus bas avec les Etats-Unis.

Washington a menacé de quitter l'OMC, qu'il qualifie de "gâchis", et paralyse depuis décembre le tribunal d'appel de l'organe de règlement des différends (ORD) de l'OMC.

Les Etats-Unis, qui s'estiment traités "inéquitablement" par le gendarme du commerce mondial, réclament sa refonte, ainsi que le retrait de la Chine de la liste des pays en développement.

C'est dans ce contexte que M. Azevedo a annoncé à la surprise générale mi-mai qu'il quitterait ses fonctions fin août, un an avant la fin de son mandat, pour "raisons familiales", obligeant les 164 membres de l'OMC à lui trouver un successeur en trois mois au lieu de neuf.

La procédure de désignation du chef de l'OMC n'est pas une élection mais un mécanisme consensuel qui fonctionne par élimination.

Un vote est possible en tant que procédure de dernier recours mais il n'a jamais été utilisé.

En pleine recrudescence des tensions internationales entre les Etats-Unis et la Chine, l'entreprise s'annonce également périlleuse cette année.

"Si le processus de désignation du prochain directeur général est fortement politisé, cela pourrait avoir un effet bloquant", relève ainsi une source diplomatique.

Sans consensus, l'un des vice-directeurs de l'OMC prendra les rênes par intérim.

___ Un Africain?

L'Afrique n'ayant jamais eu de représentant à la tête de l'OMC, le continent espère avoir ses chances, même s'il n'existe pas de règle d'appartenance régionale.

Mais les Africains n'ont pas réussi à proposer un candidat unique.

L'Union africaine, prise de court par le départ précipité de Roberto Azevedo, avait officiellement sélectionné trois noms, mais parmi eux seul l'Egyptien Hamid Mamdouh, 67 ans, ancien haut fonctionnaire de l'OMC ayant également la nationalité suisse, a déposé sa candidature. Le Nigeria a par ailleurs présenté Ngozi Okonjo-Iweala (66 ans), une décision qui fait l'objet d'un différend juridique avec l'Union africaine.

Malgré ce différend, "la candidate du Nigeria gagne du terrain en Afrique", observe une source diplomatique.

Mme Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances et des Affaires étrangères et présidente de l'Alliance mondiale pour les vaccins et vaccinations (Gavi), assure aussi recevoir un "soutien énorme".

"Je suis sûre que l'Union africaine prendra une décision pour choisir et soutenir le candidat qui le mérite", avait déclaré fin juin cette ancienne directrice des opérations de la Banque mondiale, qui pilote depuis peu l'un des programmes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la lutte contre le Covid-19.

Mme Okonjo-Iweala fera face à deux autres femmes, la ministre du Commerce de Corée du Sud Yoo Myung-hee (53 ans) et Amina Mohamed (58 ans), déjà candidate face à Azevedo en 2013.

Le Mexicain Jesus Seade Kuri -- également de nationalité libanaise -- est, à 73 ans, le candidat le plus âgé. Ancien directeur général adjoint de l'OMC, il a occupé des postes à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

Tudor Ulianovschi, ancien ministre des Affaires étrangères moldave, est quant à lui le plus jeune candidat (37 ans).

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