Bilan

Les Alémaniques face aux «genevoiseries»

Affaires Maudet et Barazzone, gestion urbaine calamiteuse épinglée par Avenir Suisse: autant de dysfonctionnements qu’on appelle ironiquement des «Genfereien» outre-Sarine.

Guillaume Barazzone et Pierre Maudet sont sous le feu des critiques.

Crédits: Laurent Guiraud/Tamedia

Outre-Sarine, cela porte un nom: Genferei. En français: une «genevoiserie». Il s’agit d’un dysfonctionnement, d’une bévue ou d’un scandale qui ne pouvait arriver qu’à Genève. Il se trouve que la période est faste. Il y avait déjà l’affaire du libéral-radical Pierre Maudet et son voyage offert à Dubaï. Et désormais, les frais professionnels exorbitants de membres de l’Exécutif de la Ville, dont le PDC Guillaume Barazzone qui s’est fait rembourser 42 000 francs en 2017. A cela s’ajoutent les polémiques dans le canton de Vaud autour du conseiller d’Etat libéral-radical Pascal Broulis et à la conseillère aux Etats socialiste Géraldine Savary. Cerise sur le gâteau, le laboratoire d’idées Avenir Suisse épingle Genève dans la même semaine comme «de loin la plus inefficace de toutes les grandes villes helvétiques». 

Correspondant en Suisse romande pour le Tages-Anzeiger, Philippe Reichen commente: «Une affaire Maudet pourrait aussi arriver en Suisse alémanique. En 2001, par exemple, le conseiller d’Etat radical grison Peter Aliesch avait accordé des privilèges à un milliardaire grec qui lui avait offert des voyages. Ce qui caractérise en revanche Genève, c’est un manque de contrôle, une absence de règles claires et une déontologie assez étrange chez des politiciens qui se sentent apparemment intouchables.» Professeur à l’Université de Lausanne, le politologue René Knüsel attire l’attention sur un contrôle très présent dans les pratiques sociales et politiques alémaniques: «Il pourrait être question en Suisse romande d’une plus grande arrogance, d’une impression d’immunité vécue différemment, de même qu’une plus grande naïveté.» 

Ancien correspondant en Suisse romande pour la Neue Zürcher Zeitung, Christophe Büchi renchérit: «La forte présence politique de l’UDC dans de nombreux cantons alémaniques met la fonction publique sous pression. Car les démocrates du centre sont constamment à l’affût du moindre dérapage financier
à dénoncer.» Les Alémaniques plus attachés à la déontologie? «Un conseiller d’Etat suisse allemand se voit plutôt comme un administrateur encadré par un parlement, la justice et un contrôle strict des finances. C’est une conséquence de l’influence de l’Allemagne. Un élu romand va plus loin dans ses ambitions. Il veut être un créateur. En conséquence, il s’accorde davantage de liberté et se soucie moins du contrôle», répond Philippe Reichen. 

Des critères quantifiables plutôt que les soft skills

Christophe Büchi pointe une continuité entre les dernières «Genfereien» et la mauvaise gestion urbaine de Genève fustigée par Avenir suisse: une certaine nonchalance face aux deniers publics. Toutefois, il nuance: «Ces classements où Zurich et Zoug arrivent toujours en tête font passer les critères matérialistes – le taux fiscal – avant les soft skills comme la qualité de vie.» 

L’image de la Suisse romande souffre-t-elle de l’actualité récente? Dans les années 1970, la région francophone était surnommée «der kranke Mann», l’homme malade, en raison notamment de la crise horlogère. «On en est bien loin aujourd’hui. Le boom économique de l’arc lémanique a changé la donne.» Christophe Büchi sourit: «Mais quand il se produit un effet d’accumulation comme ces temps-ci, forcément, les circonstances ravivent de vieux souvenirs et les Suisses allemands se demandent: «Mais enfin, qu’est-ce qui se passe encore chez les Romands?» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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