Bilan

L’électricité se met au vert

Tant les consommateurs que les acteurs suisses de l’énergie cherchent l’efficience. L’heure n’est plus aux énergies fossiles, mais bien aux énergies vertes. Locale comme étrangère: la production s'adapte.

Crédits: DR

«La Hongrie a doublé sa capacité de production en matière de solaire au cours de l'année dernière» affirme Rob Alpen, directeur du trading chez MET Group. Cet exemple parmi d'autre témoigne d'une tendance qui se dessine depuis des années déjà. La société d’énergie installée à Zoug est présente dans 14 pays européens. Elle gère différentes infrastructures énergétiques et échange dans le marché de l’énergie.

La tendance est bien au renouvelable, qui a constitué la moitié des énergies générées en Europe occidentale pour le premier semestre de cette année. «Les coûts ont diminué. C’est également plus intéressant d’y investir grâce aux aides gouvernementales», explique encore l’expert. Depuis les accords de Paris, l’injonction à se débarrasser des énergies fossiles est forte. «Le charbon ne vaut plus la peine», confirme Rob Alpen, qui voit fleurir les énergies éoliennes et solaires.

S’adapter à la consommation

Simplement, l’augmentation de la production en renouvelable ne suffit pas pour autant à couvrir la consommation d’énergie de manière permanente. C’est une des raisons pour lesquelles le nucléaire séduit autant: il est produit à un rythme constant alors que la production d’énergie renouvelable est, par nature, plus intermittente: «Les Allemands se sont jurés d’abandonner le nucléaire, et ce sera leur plus grand défi d’ici 2030».

En guise d’autres sources énergétiques, il y a la création de champs d’éoliennes dans les régions rurales, la pose de panneaux solaires dans des lieux stratégiques ou encore et toujours l’hydroélectricité. De grands espoirs résident en quelques manipulations, dont deux formes d’hydrogène - bleu (provenant du gaz naturel) et vert (provenant de l’électrolyse de l’eau).

Source: IEA.org

«Le fait d’implémenter cet hydrogène vert à l’échelle industrielle est assez nouveau», précise Rob Alpen. La transition totale vers ces énergies dépend des politiques gouvernementales et de la mise à l’échelle. «Personne ne peut deviner ce qu’il va se passer», insiste l’expert. La particularité du marché - et notamment au niveau du trading - est que les rendements interviennent après 15 à 20 ans. La topographie oblige les pays à s’adapter, et c’est pourquoi la Suisse tire autant d’énergie de ses barrages.

Lorsque les employés de MET Group échangent de l’énergie, ils doivent s’adapter aux demandes des clients. «La tendance est forte au sein des entreprises. Beaucoup d’entre elles veulent savoir d’où provient leur électricité», constate Rob Alpen. Le rapport de responsabilité sociale - sustainability report pour les anglophones - en montre la tendance. De plus en plus de sociétés s’affichent comme soucieuses de leur environnement, et elles doivent le prouver.

Rob Alpen fait partie des experts en matière de trading d'énergie. Source: MET Group.

Le futur

La Suisse a déjà fait du chemin en matière d’énergie renouvelable. Selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), l’électricité consommée en 2019 dans le pays provenait à 75% d’énergies renouvelables. Dans le détail, la grande hydraulique reste le principal créateur d’électricité et en fournit les 66%. Le nucléaire représente 19%. Le photovoltaïque, l’énergie éolienne, la petite hydraulique et la biomasse représentent de leur côté 8,4% des parts. Les déchets et agents énergétiques fossiles complètent les ressources connues à hauteur de 2%. Il reste ainsi 4% dont la provenance n’est pas vérifiable (contre 6% en 2019).

En matière d'énergie toutefois, tout n'est pas encore vert. La Confédération parle d'une consommation d'énergie majoritairement sous forme de combustibles pétroliers et de carburants (50,6%), d'électricité (25%), de gaz (13,5%) et de bois (4,4%). Les sources d'énergie - et pas d'électricité - sont quant à elles majoritairement issues d'énergies fossiles.

Les consommateurs ont accès à certaines données, grâce notamment au marquage de l’électricité. Il oblige les groupes énergétiques à communiquer sur quatre points:

  • Pourcentage des agents énergétiques utilisés pour produire l’électricité fournie
  • Origine de l’électricité (production en Suisse et à l’étranger)
  • Quantité totale de courant fourni
  • Nom du fournisseur d’électricité
Même si l'échelle du graphique met en valeur les plus petits pourcentages, une progression est à noter. L'hydraulique et le nucléaire restent toutefois largement majoritaires.Source: Strom.ch.

Correction du 7 janvier 2021

Le marquage a toutefois certaines limites. Un expert des marchés énergétiques à l'Université de Genève nous a signalé que les fournisseurs ont beau être obligés de marquer l'électricité fournie à leurs consommateurs, ce marquage s’effectue au moyen de garanties d'origine. «Cette électricité est labellisée par le biais des garanties d’origines (GO), négociées sur les marchés européens, et indépendantes de l’électricité importée. Ces garanties ne reflètent donc nullement la réalité physique de l’approvisionnement d'électricité, et masquent bien souvent la vraie nature de l’électricité fournie. C’est ainsi que ce type de certificat permet de labelliser une fourniture d’énergie solaire en plein cœur d’une nuit hivernale.» exemplifie ainsi Elliot Romano. La Fédération romande des consommateurs (FRC) l'explique très bien dans son article intitulé "Combien de CO2 dans la prise?": une garantie d'origine (GO) issue de ressources renouvelables associée à un volume d'électricité consommée, aura peut-être été générée quelques mois auparavant, et par la suite négociée sur les places de marché. Le consommateur n'est pas ainsi pas informé de la source véritable de son électricité puisqu'elle n’est pas représentative de l’électricité produite pour répondre à sa consommation.

L'Université de Genève a par ailleurs mis au point sa propre méthode de comptabilisation. Elle s'appuie sur les informations de production d'électricité pour déterminer les émissions de CO2 qui sont liées à la consommation. La dépendance saisonnière de la consommation suisse à une électricité issue de ressources fossiles est ainsi mise en avant.

Les efforts continuent pour augmenter la part de renouvelable. L’OFEN a annoncé un budget de 470 millions de francs pour encourager le photovoltaïque. En tout, plus de 85’000 installations subventionnées produisent 9% de l’électricité consommée en Suisse. Sur son site, l’OFEN précise que: «Tous les exploitants d'installations ayant déposé une demande complète auprès de Pronovo AG jusqu'au 31 mars 2020 obtiendront une garantie d'octroi de PRU d'ici la fin de l'année. En 2020, environ 20'000 installations en bénéficient. Les versements s'élèvent à 130 millions de francs au total.»

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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