Bilan

L'économie romande devrait ralentir après une année 2018 faste

L'économie romande a connu en 2018 sa meilleure année depuis 2010. Sa croissance s'est élevée à 2,9% et repose sur une large base, selon les indications fournies mercredi par l'Institut d'économie appliquée de l'Université de Lausanne (Crea). Les perspectives s'assombrissent toutefois.

Radieux jusque là, le ciel de l'économie romande pourrait voir surgir quelques nuages dans les mois à venir.

Crédits: Keystone



L'année dernière, les exportations ont atteint un niveau record, tout comme le secteur des services et les activités tournées vers le marché domestique. Autant de facteurs qui ont soutenu la croissance. "2018 a été meilleur qu'attendu grâce à une économie mondiale qui au début de l'année était porteuse", a expliqué en conférence de presse Jean-Pascal Baechler, conseiller économique de la Banque cantonale vaudoise.

"Un des éléments importants, il y a une année, l'euro avait retrouvé le niveau de 1,20 franc. L'évolution du cours de l'euro résume assez bien le contexte dans lequel évolue l'économie romande", affirme M. Baechler. Les sociétés exportatrices ont bénéficié de ce coup de pouce monétaire. L'industrie manufacturière en a profité pour signer sa meilleure année depuis 2011.

Cette dynamique positive en Suisse romande va connaître toutefois un ralentissement en 2019 et 2020, causé par notamment par le tassement de la croissance dans la zone euro et les tensions commerciales sino-américaines. Le Crea table ainsi sur une croissance du PIB romand de 1,2% pour cette année et de 1,7% pour la suivante, au bénéfice "d'une détente".

A titre de comparaison, les prévisions pour l'ensemble de l'économie helvétique se situent à respectivement +1,1% et +1,7% selon le dernier pointage de mi-mars du Secrétariat à l'économie (Seco). En 2018, le PIB suisse a progressé de 2,5%.

Les secteurs qui s'adressent au marché domestique vont continuer à porter l'économie romande dans les mois qui viennent. Un coup de frein est cependant attendu du côté des activités manufacturières, avertit le communiqué. Dans un contexte d'affaiblissement de l'économie mondiale, la Suisse romande, davantage tournée vers les exportations, ressent encore plus les effets de cet environnement que le pays dans sa totalité.


Concurrence en ligne


Le PIB romand, dont il s'agit de la douzième édition, repose sur les calculs du Crea. Il est publié par les six banques cantonales romandes et le Forum des 100 du quotidien Le Temps. Cette année, un coup de projecteur est mis sur les achats en ligne. Entre 2008 et 2018, les chiffres d'affaires du commerce de détail ont reculé de 7,7% (estimations de l'institut BAK) dans les cantons romands en raison notamment de cette concurrence. Le tourisme d'achat et une baisse des prix des produits non-alimentaires sont également pointés du doigt.

"L'e-commerce est parti de zéro depuis moins d'un quart de siècle. Nous sommes aujourd'hui à environ neuf milliards d'achat en ligne en Suisse", a souligné Jean-Pascal Baechler. La croissance s'est faite initialement au détriment de la vente par correspondance, avant que les achat en ligne viennent rogner sur les ventes des magasins physiques.

Le renforcement du franc face à l'euro survenu après la crise financière de 2008 et après la levée du taux plancher par la BNS (2015) a également pénalisé le commerce de détail romand. "Quand l'euro perd 30% de sa valeur, le consommateur suisse ou romand va gagner 30% de pouvoir d'achat de l'autre côté de la frontière", rappelle M. Baechler.

Contre toute attente, Genève s'en sort mieux que les autres cantons romands, malgré la proximité avec la France. Le phénomène du tourisme d'achat s'est renforcé avec la démocratisation des courts séjours dans des villes étrangères, rendu possible par les offres des compagnies aériennes à bas coût. Les baisses de prix susmentionnées ont principalement touché le domaine non-alimentaire. Les produits agricoles suisses écoulés dans les grandes surfaces romandes font l'objet d'un encadrement strict, ce qui évite toute fluctuation.

Tous ces facteurs cumulés ont conduit à une baisse de l'emploi dans le commerce de détail. Entre 2008 et 2018, la contraction atteint 7,2% en équivalents plein temps. Les centre-ville sont particulièrement touchés, alors que les zones périphériques - où les centres commerciaux fleurissent - ont fait mieux que résister.

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