Bilan

Le vrai portrait du personnel infirmier

Une étude montre la très grande diversité du personnel infirmier qui travaille en Suisse romande. Elle doit lui permettre de dessiner son avenir dans un contexte difficile.

L'étude menée par l'UNIL et HESAV a permis de distinguer quatre profils d'infirmiers/infirmières en Suisse romande.

Crédits: Keystone

L’activité est mieux payée que la moyenne. Elle compte une très grande majorité de femmes. Le personnel étranger est plus important que dans d’autres branches. L’âge moyen est relativement élevé. La diversité au sein de la profession a tendance à s’accroître. Tel est le portrait de l’infirmier et de l’infirmière qui se dégage d’un sondage réalisé par une équipe de sociologues de la Haute Ecole de Santé Vaud et de l’Université de Lausanne auprès de 2923 personnes actives dans ce métier en Suisse romande.

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«Notre étude montre pour la première fois une photographie globale de cette activité. Elle permet de dessiner des pistes pour son avenir dans un contexte caractérisé par de profonds changements liés aux réformes du système de santé, à la pénurie de soignants et à l’académisation de la profession», indique Philippe Longchamp, professeur à la Haute École de Santé Vaud et directeur de cette recherche. Voici les principales conclusions du sondage dont les résultats sont représentatifs de cette activité:

- Les hommes sont rares: 16%. Ils sont beaucoup moins nombreux (moins de 7%) en pédiatrie, en gynécologie et en obstétrique qu’aux urgences (26%), dans les blocs opératoires (29%), en psychiatrie (34%) Ils sont en revanche majoritaires en anesthésie (59%).

L’hôpital: "passage obligé" de début de carrière

- L’âge moyen s’élève à 43 ans. 30% du personnel a même plus que 50 ans. Les plus jeunes travaillent en milieu hospitalier (soins intensifs, pédiatrie, urgences et chirurgie), alors que les plus âgés se concentrent en milieu extrahospitalier (entreprises, HES, école, établissements socio-éducatifs, pratique libérale). «Ce qui renvoie, sans doute, à des parcours professionnels dans lesquels l’hôpital apparaît comme un "passage obligé" de début de carrière, les secteurs extra hospitaliers étant davantage privilégiés pour les fins de carrière», constatent les auteurs de l’étude.

- Les personnes d’origine étrangère joue un rôle-clé avec 38% de l’effectif. 44% ont même obtenu leur diplôme hors des frontières helvétiques. La part dans l’effectif total varie fortement selon les régions: 59% à Genève et 20% dans le Jura bernois. Dans le canton du bout du lac, 65,2% du personnel résident en France, contre 30%  de résidents français dans le Jura et à Neuchâtel, 14,2% dans le canton de Vaud.

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- Le personnel infirmier gagne en moyenne davantage (6446 francs net par mois) que la population active en général (5161 francs). Il est mieux payé dans l’oncologie, les soins intensifs qu’en gynécologie ou qu’en médecine. Les salaires sont plus élevés dans le canton de Fribourg (7000 francs) que dans le Jura (6140 francs).

- Plus les interactions quotidiennes du personnel infirmier avec les médecins sont fortes, plus celui-ci en retire du prestige. Autrement dit, celui qui travaille dans les soins aigus ou aux blocs opératoires estime qu’il est actif dans un univers plus réputé que celui qui est présent dans un EMS.

- Les infirmiers et infirmières actifs aux soins intensifs, aux blocs opératoires, en pédiatrie ou en salle de réveil valorisent davantage la dimension «technique», alors que ceux travaillant en oncologie, en psychiatrie ou dans les soins à domicile valorisent davantage la dimension «relationnelle».

Quatre profils dans la profession

L’étude a permis de distinguer quatre groupes d’infirmiers et d’infirmières. Le premier profil, qui est typique des soins aigus, «se caractérise par une conception techniciste des soins.» Le prestige qu’il en retire est cependant limité par un manque d’autonomie en raison des tâches qui sont déléguées. Actif dans la pédiatrie, la médecine ou la rééducation, le deuxième groupe cumule des sentiments de faible autonomie et de faible employabilité en raison de leur position moins prestigieuse et d’un niveau de formation moins élevé.

Le troisième profil comprend des personnes présentes dans le management, la recherche, l’enseignement. Très diplômées, ces dernières valorisent l’autonomie de la profession et la coordination des soins. Dans le quatrième groupe, le personnel infirmier qui travaille dans les EMS ou les soins à domicile ou encore la psychiatrie revendique son autonomie et conteste une prise en charge exclusivement biomédicale du patient.

«Notre étude a permis de dévoiler la grande diversité des profils actifs dans cette profession», affirme Philippe Longchamp. «Une diversité qui constitue un enjeu majeur à saisir car elle pointe le risque d’un clivage grandissant entre les différents acteurs, surtout entre les infirmiers et infirmières qui sont éloignés des patients et ceux qui sont à leurs côtés.»

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Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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