Bilan

Le Vatican en chiffres: entre PME et multinationale

Le «trésor du Vatican» suscite des fantasmes depuis des siècles. Mais le plus petit état du monde navigue depuis quelques années entre scandales financiers et réorganisation des organigrammes. Etat des lieux.
  • Plus petit état au monde, le Vatican suscite des fantasmes sur sa richesse mais les chiffres connus ne trahissent pas une opulence digne d'une grande multinationale.

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  • 6: soit le nombre de budgets différents du Vatican, qui correspondent à différentes missions de la papauté, entre gestion des 43,5 hectares du Vatican, pilotage de l'Eglise universelle et autres secteurs. Il s'agit de la Fabrique de Saint-Pierre (gestion de la basilique éponyme), de la Curie (Eglise universelle), du gubernatorat du Vatican (Etat du Vatican), la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (redistribution entre pays riches et pays pauvres), les médias (Osservatore Romano, Radio Vatican, CTV, Libreria editrice vaticana, Tipografia poliglotta vaticana), et la "Charité du pape" (cagnote personnelle du souverain pontife).

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  • 5% d'un milliard de lires: selon les Accords de Latran, conclus en 1929 entre Pie XI (via le cardinal Gasparri) et Benito Mussolini, le Vatican touche chaque année une rente de 5% d'un capital consolidé d'un milliard de lires de l'époque. Cette rente s'accompagnait d'un capital de 750 millions de lires qui a été rapidement réinvesti dans l'immobilier, les placements financiers et les métaux précieux, dont les revenus continuent eux aussi d'alimenter les caisses.

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  • 11,5 millions de dollars: soit le bénéfice réalisé sur l'exercice 2013. Soit sept fois moins que Logitech, pour comparer avec une entreprise. Mais une performance loin de la Suisse, pour revenir à une comparaison entre états, laquelle a enregistré un excédent budgétaire de 1,33 milliard de dollars en 2013.

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  • 700 millions de dollars: soit le budget total du Vatican ces dernières années, entre fonctionnement et investissements, pour tous les domaines (Curie, Fabrique de Saint-Pierre, Congrégation pour l'évangélisation des peuples, gubernatorat du Vatican, "charité du pape" et entreprises de médias). Un budget comparable à celui de Monaco (près d'un milliard de dollars), mais avec 900 citoyens (dont la majorité vit hors des frontières vaticanes) contre 7634 citoyens monégasques (et 36'000 résidents).

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  • 1,35 milliards de dollars: soit la valeur estimée des biens immobiliers et fonciers du Vatican, dont évidemment les bâtiments et terrains de la Cité du Vatican, mais aussi près de 2000 appartements disséminés dans la ville de Rome. Certains biens pourraient donc être monnayés. Mais d'autres sont clairement inaliénables: qui envisagerait de vendre les jardins du pape ou la basilique Saint-Pierre?

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  • 920 millions de dollars: soit l'estimation par Fortune du capital du Vatican en terme de biens en actions, obligations, titres financiers divers et réserves de métaux précieux.

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  • 26 millions de dollars: c'est la somme moyenne collectée ces dernières années par les différents diocèses de la Chrétienté à travers les quêtes notamment (le "Denier de Saint Pierre") et qui remonte vers Rome pour contribuer au budget de l'Eglise.

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  • 972 millions de dollars: soit, selon Fortune, la somme des actifs de l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR), souvent surnommée "Banque du Vatican", qui gère notamment les comptes de nombreuses congrégations et les biens d'ecclésiastiques.

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  • 130 millions de dollars: soit le revenu annuel tiré des Musées du Vatican, entre les tickets d'entrée, les ventes de souvenirs et de livres dans les boutiques souvenirs et les recettes annexes.

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  • Inestimable: la valeur des biens culturels et artistiques des collections du Vatican. Les multiples peintures de grands maîtres de la Renaissance italienne ou flamande, les statues de Leonardo da Vinci ou du Bernin, les joyaux de l'Antiquité grecque, étrusque et romaine ou les témoignages de l'histoire comme la Bulle papale d'excommunication de Luther ou une lettre de Marie-Antoinette en route vers l'échafaud. Ces biens dépassent toute estimation de valeur.

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Mise en place d'un ministère de l'économie, scandales de fraude dans la «banque du Vatican», nominations en cascade dans le domaine du patrimoine et de la gestion des biens de l'Etat pontifical: depuis l'arrivée de François dans le fauteuil des successeurs de Saint Pierre, le changement n'a pas seulement été dans la décontraction du souverain pontife ou dans l'assouplissement de certains dogmes (paroles en direction des couples homosexuels, discours de fermeté sur les crimes pédophiles de certains ecclésiastiques, porte ouverte à un débat sur le mariage des prêtres,...). Mais les questions liées à l'économie au Vatican ont sans doute été au premier plan des mutations.

Si le Pape François évoque fréquemment la «réforme de la Curie» comme l'un de ses objectifs majeurs, ce sont avant tout les secteurs en charge de la gestion du patrimoine, des finances et des recettes du Saint-Siège qui ont subi les premiers bouleversements ces derniers mois avec la création d'un «ministère de l'économie» pour gérer les biens du Vatican, nomination de George Pell à la tête de cette nouvelle administration, changement à la tête de l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR, dite «Banque du Vatican») avec l'arrivée de Jean-Baptiste de Franssu: autant de nouveautés qui valent au souverain pontife les louanges des économistes.

Entre multinationale et PME à succès

En érigeant son management au rang d'exemple, The Economist a fait de François l'égal de Steve Jobs ou Sergio Marchionne. Le Vatican comme Apple ou Fiat? Par sa présence planétaire ou l'importance de ses effectifs (prêtres, évêques, cardinaux, religieux et religieuses), le plus petit Etat du monde présente quelques similitudes avec les grandes multinationales. Mais cette façade est trompeuse: par ses capitaux propres et ses revenus annuels, la cité pontificale s'apparente davantage à une entreprise de taille moyenne avec un certain succès, mais loin des résultats des sociétés du classement Fortune 500.

Pour mieux prendre la mesure de l'entité, un rapide survol des chiffres dévoilés les plus récents permet de brosser un tableau qui tranche avec les ors des basiliques et le decorum des célébrations. Si le vaisseau amiral de l'Eglise catholique et apostolique n'en est pas à être «pauvre parmi les pauvres» (comme l'évoque le message de carême de François au printemps 2014), la rentabilité n'est pas toujours au rendez-vous. Certes, là n'est pas sa mission. Mais difficile de ne pas analyser ces données quand des références comme The Economist citent le Vatican en exemple...

Ainsi, certains chiffres peuvent donner l'impression d'avoir affaire à une entreprise de grandes dimensions, notamment via des données comme le budget total 2013, le «bénéfice» de 11,5 millions de dollars ou la valeur estimée des biens immobiliers à 1,35 milliards de dollars. Mais ce serait oublier que le business model du Vatican ne ressemble à aucun autre. Ni à ceux des autres états à travers le monde, car les dons proviennent du monde entier tandis que les impôts constituent une part infime des recettes. Ni à ceux des entreprises, car les «services» proposés ne sont pas monétisables et la gestion des actifs (dont des propriétés foncières inaliénables) n'est pas comparable à celles des sociétés privées.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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