Bilan

Le Valais pleure ses vignes dévastées

Une partie du secteur vitivinicole valaisan se prépare à affronter une crise économique. Le gel a eu un impact catastrophique sur les quantités produites, même si la qualité est là.

Certains domaines ont perdu jusqu’à 90% de leurs récoltes.

Crédits: Jean-Christophe Bott/Keystone

Le gel du mois d’avril, les grosses chaleurs estivales et la grêle du mois d’août auront eu la peau des vignes valaisannes. C’est le constat réalisé après les vendanges qui viennent de se terminer dans le canton alpin. Alors que des parcelles entières ont été complètement ruinées, certains domaines ont perdu jusqu’à 90% de leurs récoltes.

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«Heureusement, de nombreux producteurs sont propriétaires de plusieurs parcelles disséminées un peu partout, ce qui leur a permis de n’avoir pas toute leur production détruite», explique Jean-Marc Amez-Droz, directeur de Swiss Wine, organisme de promotion des vins suisses. Le gel, sans précédent, a en effet été plus violent que jamais: plus de 2000 hectares ont été touchés sur l’ensemble du Valais, plus fortement de Chamoson à Ardon, dont 1000 très fortement. Avec le froid descendant, la plaine, plus sensible, a été davantage touchée que les coteaux.

La production de raisins représente 50% de l’agriculture brute en Valais. L’an dernier, cette dernière a enregistré 186 millions de francs de rendement brut avec 42 millions de litres produits. Alors que la moyenne sur dix ans a atteint le chiffre de 39 millions de litres, 2017 connaîtra une production de moins de 25 millions de litres (soit un rendement de moins de 100 millions de francs), annonce Jean-René Germanier, vigneron-encaveur à Vétroz, qui a personnellement divisé par deux sa récolte.

Le Valais n’enregistre pas moins de 22'000 propriétaires de vignes, dont un millier sont vignerons. La surface du vignoble cantonal, près de 4800 hectares, représente un tiers de la surface viticole en Suisse. Des petits vignerons vont ainsi connaître une année très difficile, d’autant qu’ils doivent continuer à maintenir leurs vignes même si elles n’ont rien produit. En effet, le coût par hectare de vigne se monte à 25'000 francs environ, un gros investissement pour les petits acteurs. Avec le gel, maintenir l’activité de la vigne est en principe encore plus élevé. 

Les prix vont-ils augmenter?

La rareté crée la demande, une réalité qui pousse les vignerons à réfléchir – avec leurs distributeurs et leurs partenaires –à la stratégie à prendre au niveau des prix. Il y aura, par exemple, probablement moins d’actions sur les flacons dans la grande distribution. Cependant, le marché du vrac, très tendu, nécessitera sûrement une petite hausse de prix. 

Augmenter le coût d’une bouteille est toutefois plus compliqué. «En général, le consommateur est prêt à acquérir le flacon à un prix de 5 à 10% plus cher selon le millésime, mais pas vraiment plus», explique le directeur de Swiss Wine. «Le problème ne sera pas le prix, mais le manque de bouteilles, réagit Jean-René Germanier. Heureusement, certains vignerons-encaveurs ont du stock et pourront lisser les années, mais ce n’est pas le cas de tous.»

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En effet, la Suisse n’est pas connue pour élever durant des années des vins en cave. Sans compter qu’il y a eu très peu de rendement en Valais de 2013 à 2015. Seule 2016 a été une bonne année. Dès lors, certains professionnels seront obligés de trouver d’autres sources de revenus pour subvenir à leurs besoins. Quelques petites exploitations vivaient heureusement déjà avec d’autres rémunérations, mais ce n’est pas le cas de toutes. «Pour ceux qui dépendent uniquement de la vigne, cela va être très compliqué», ajoute Jean-Marc Amez-Droz. 

Droit de coupage intercantonal

Afin de pouvoir compenser une partie des pertes, les vignerons valaisans sont autorisés exceptionnellement cette année à couper leurs chasselas, pinot et gamay avec 10% de vins AOC suisses. Le Conseil d’Etat a en effet accepté de modifier l’ordonnance sur la vigne et le vin dans ce sens, répondant au souhait exprimé par l’Interprofession de la vigne et du vin. 

«Cette mesure exceptionnelle sera probablement utilisée pour des gammes et des produits spécifiques mais pas pour les vins de grande qualité», estime Raphaël Garcia, directeur de Provins et membre de l’IVV (l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais). «On peut s’attendre à ce que certaines grandes caves aient recours à cette loi pour satisfaire la grande distribution», souligne Jean-Marc Amez-Droz, de Swiss Wine.

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En effet, elles ne voudront pas prendre le risque de perdre des parts de marché car un vin manquant est rapidement remplacé par un autre. «Mais il faut encore trouver du raisin dans d’autres cantons, ce qui ne va pas forcément être facile.» 

Par ailleurs, étant donné la situation sans précédent pour le secteur, le canton du Valais a débloqué la somme de 35 millions de francs afin de soutenir les infra-structures de lutte contre le gel. Ainsi, les vignerons auront la possibilité à l’avenir d’asperger les vignes avec de l’eau en cas de gel. Paradoxalement, cette méthode permet de protéger le raisin et le bourgeon du gel en formant une sorte d’igloo autour de ces derniers. L’IVV est également à la recherche d’autres solutions avec le Canton pour aider les vignerons, telle la possibilité d’offrir des prêts sans intérêts ou des crédits d’investissement pour renouveler le vignoble.

2017, très bon millésime

A défaut de quantité, la qualité sera bien présente, rassurent les experts et autres acteurs du secteur. Malgré les conditions climatiques difficiles, le millésime 2017 s’annonce excellent. «Le problème sera de pouvoir satisfaire toute la demande», explique Jean-René Germanier. Mais quoi qu’il en soit, «il n’y aura jamais de pénurie de vins suisses», rebondit Raphaël Garcia qui dirige la coopérative Provins, plus grand producteur de vins suisses avec 7,5 millions de bouteilles produites en moyenne annuellement. «Le challenge pour tous les producteurs sera surtout d’éviter les ruptures dans le canal de distribution.»

La coopérative Provins a quant à elle perdu environ 35% de sa récolte. Cette dernière va ainsi privilégier certaines gammes pour éviter le danger de rupture qui pourrait survenir au troisième trimestre 2018. Raphaël Garcia ajoute: «C’est dommage car on enregistre une demande importante interrégionale pour le vin suisse. Mais cette petite récolte ne va heureusement pas anéantir tous les efforts entrepris depuis des années par le secteur pour offrir des vins de qualité.» Espérons donc que les amateurs de vin helvétiques jouent le jeu!

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