Bilan

Le TTIP suspendu aux ministres européens

"Le TTIP est de fait suspendu, car les négociations ne se poursuivent pas vraiment", a affirmé vendredi matin le ministre de l'Economie autrichien, Reinhold Mitterlehner.

"Il serait raisonnable de (le) mettre complètement en sourdine" et "de le relancer avec un nouveau nom, une meilleure transparence et des objectifs plus clairs", a ajouté M. Mitterlehner.

Crédits: AFP

Les ministres du Commerce de l'Union européenne débattaient vendredi à Bratislava de l'avenir du traité de libre échange en négociation avec les Etats-Unis (TTIP ou Tafta), décrié en Europe et que la France et l'Autriche veulent enterrer.

"Le TTIP est de fait suspendu, car les négociations ne se poursuivent pas vraiment", a affirmé vendredi matin le ministre de l'Economie autrichien, Reinhold Mitterlehner, à son arrivée dans la capitale slovaque.

"Il serait raisonnable de (le) mettre complètement en sourdine" et "de le relancer (...) avec un nouveau nom, une meilleure transparence et des objectifs plus clairs", a-t-il ajouté.

Une position proche de celle de la France, qui avait affirmé ces dernières semaines vouloir demander "la fin des négociations" à Bratislava.

Le TTIP, immense chantier ouvert en 2013, vise à faire tomber les barrières commerciales entre l'UE et les Etats-Unis, comme les droits de douane ou les restrictions réglementaires qui entravent l'accès aux marchés.

Mais ses opposants --ONG, élus de tous bords, syndicats ou militants-- l'estiment "dangereux" pour la démocratie, la sécurité alimentaire ou encore les normes sociales et environnementales. Régulièrement appelés à manifester, ils étaient encore plusieurs dizaines de milliers le 17 septembre en Allemagne.

Plus qu'un abandon ou une suspension des négociations --déjà très lentes--, les 28 pourraient surtout acter le fait qu'aucun accord ne sera conclu avant la fin du mandat du président Barack Obama, en janvier 2017, l'objectif initial.

"Il n'y aura certainement pas de traité cette année", a estimé le ministre de l'Economie allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, qui a vertement critiqué le TTIP ces derniers mois, à contrecourant de la chancelière Angela Merkel.

"Il y a des difficultés et encore beaucoup à faire donc l'hypothèse d'une solution rapide devient de plus en plus étroite", a concédé vendredi la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, qui négocie avec les Etats-Unis au nom des Etats membres.

Elle appelle cependant à poursuivre les négociations "afin de faire les plus de progrès possible".

Contrairement à la France et à l'Autriche, douze pays européens, dont l'Italie, l'Espagne et la Grande-Bretagne, ont récemment affiché dans une lettre ouverte leur soutien au TTIP.

L'accord avec le Canada prioritaire

Aux Etats-Unis, où la campagne présidentielle bat son plein, le sujet n'est guère porteur. C'est même, quel que soit le candidat, "un jeu de massacre", souffle une source européenne.

Autres handicaps à l'avancée des négociations, l'élection présidentielle française au premier semestre 2017, suivie des élections législatives allemandes à la fin de l'été, qui pourraient repousser l'élan attendu à la fin de l'année prochaine.

Cette situation a poussé Cecilia Malmström à revêtir son bleu de chauffe ces derniers jours pour défendre l'autre traité, le Ceta, conclu avec le Canada, un texte de 1.600 pages devenu pour elle "le point principal" de la rencontre de Bratislava.

A coup d'interviews ou de réunions publiques, elle martèle le message du président de la Commission, Jean-Claude Juncker: le Ceta "est le meilleur accord et le plus progressiste jamais négocié par l'UE".

Elle compte notamment discuter avec les derniers ministres réticents d'une déclaration commune, rédigée avec les Canadiens, "afin de calmer quelques inquiétudes".

"On doit bien encadrer la manière dont les services publics doivent être protégés", a détaillé le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, évoquant aussi la question des "normes sociales".

Ce traité doit être signé le 27 octobre prochain, lors d'un sommet à Bruxelles en présence du Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il sera ensuite provisoirement appliqué, le temps d'être ratifié par les Parlements de tous les pays de l'UE, une procédure qui peut prendre des années.

Mais ses adversaires le décrivent comme "un cheval de Troie" de l'accord avec les Etats-Unis.

"C'est une chance d'essayer, avec un partenaire comme le Canada, qui est très européen, qui est un pays qui nous ressemble beaucoup, de prendre le contrôle de la globalisation", leur répond Mme Malmström.

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