Bilan

Le triomphe de Trump aura un impact indirect sur la Suisse

Les économistes suisses s'accordent sur la période de grande incertitude qu'inaugure la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines.

A long terme, le professeur craint de retrouver l'économie américaine en moins bon état à la fin de la prochaine législature.

Crédits: Keystone

Après la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, les économistes s'accordent sur la période de grande incertitude qu'elle inaugure. Pour la Suisse, les impacts, positifs ou négatifs, seront indirects.

Analystes et commentateurs avaient anticipé le vent de panique sur les principales bourses en cas d'élection de Donald Trump. Car les déclarations, provocantes ou contradictoires, du magnat de l'immobilier new-yorkais en campagne, n'avaient pas de quoi rassurer les marchés en quête de stabilité.

Guerre économique avec la Chine et le Mexique, ultra-protectionnisme dénoncé par le G20, envolée de la dette publique, expulsion massive d'immigrés illégaux. Autant de menaces explicitement associées au futur occupant de la Maison Blanche et qui semblent désormais pouvoir se matérialiser.

"C'est la victoire du populisme qui m'inquiète le plus", a réagi mercredi Michel Girardin, chargé d'enseignement en macroéconomie à l'Université de Genève. "Et le risque de contagion", souligne-t-il, évoquant les répercussions du Brexit et les futures élections présidentielles en France.

Bilan en péril

"Je m'attendais à une victoire de Donald Trump et au vote contre la classe politique", déclare Sergio Rossi, professeur en macroéconomie à l'Université de Fribourg. Un "ras-le-bol" exprimé dans les urnes par la classe moyenne américaine, qui a beaucoup souffert de la crise économique, depuis 2006 déjà, analyse-t-il.

Michel Girardin estime que l'économie américaine "tourne bien". Au troisième trimestre, la croissance aux Etats-Unis s'est accélérée à 2,9% en rythme annuel, contre 2,5% attendus. Le taux de chômage a atteint 5%. La semaine passée, la Réserve fédérale s'est montrée plus confiante que jamais sur une remontée de l'inflation - désormais à 1,2% contre 2% visés.

Un bilan que Donald Trump met en péril, selon l'économiste genevois. Même s'il doute que le futur président, qui jouira de la majorité aux deux chambres, appliquera à la lettre ce qu'il a claironné, notamment des taxes de 45% vis-à-vis de la Chine.

Difficile en effet de définir le programme économique du futur président, pour autant que ses "slogans" en constituent un, renchérit Sergio Rossi. Le nouveau locataire à Washington n'aura pas carte blanche, il compte des opposants au sein de son propre parti, rappelle le professeur.

De part et d'autre, la campagne présidentielle a été marquée par des prises de position très fortes dans le domaine de l'économie. Sur les politiques énergétiques, le choix en matière de santé et d'assurances, l'importance du secteur financier entre autres.

Dans cette grande incertitude, Sergio Rossi perçoit des risques bien concrets pour la première économie mondiale. Comme de voir les investissements dans les énergies renouvelables ou des activités de grands groupes transnationaux fuir au profit de la Chine ou de l'Union européenne. Et pourquoi pas de la Suisse aussi.

A long terme, le professeur craint de retrouver l'économie américaine en moins bon état à la fin de la prochaine législature. Ce qui pourrait amorcer, selon lui, la tendance vers la domination de l'empire du Milieu et du yuan sur l'économie globale.

Echanges commerciaux

Le FMI craignait que l'élection du candidat républicain ne marque "un changement radical dans la position traditionnelle des Etats-Unis notamment sur la politique commerciale". Donald Trump a menacé l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), fustigé le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) et tiré à blanc sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP).

Là aussi, l'inconnu domine quant à savoir quel cap prendra la nouvelle administration, déplore Martin Naville, directeur de la Chambre de commerce américano-suisse. Pour la Suisse, il n'y aura pas de changements, est-il convaincu, mais seulement indirects si les Etats-Unis s'en prennent frontalement à la Chine ou au Mexique.

La Suisse exporte surtout des produits chimiques et pharmaceutiques vers les Etats-Unis. Or, ces échanges sont peu sensibles aux variations cycliques, explique Florian Eckert, du centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique de Zurich. Les exportations pharmaceutiques sont en outre réglementées par l'Organisation mondiale du commerce et sont exemptes de droits de douane.

Enfin, au vu du contexte instable, la banque centrale américaine devrait prolonger le statu quo lors de sa prochaine réunion agendée mi-décembre, anticipe Sergio Rossi. A une semaine du scrutin crucial, la Fed avait opté pour la discrétion, en maintenant ses taux inchangés.

Quant à la Banque nationale suisse (BNS), elle avait annoncé en début de semaine vouloir intervenir sur le marché des devises en cas de "revers", comme elle l'avait déjà fait après la votation sur le Brexit. "Je pense qu'elle est active", affirme Michel Girardin.

Sergio Rossi scrute aussi ce que fera la Banque centrale européenne et met en garde contre une remontée trop forte de l'euro. L'économie allemande pourrait en pâtir, et donc la Suisse, prévient-il.

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