Bilan

Le Tessin précurseur plutôt qu'exception suisse selon l'UPS

Selon l'Union patronale suisse (UPS), le canton italophone est un laboratoire qui montre les effets de "l'abandon de frontières entre deux pays aux niveaux de prospérité très différents".

Les cas de sous-enchère salariale impliquant des travailleurs frontaliers défrayent régulièrement la chronique au Tessin depuis plusieurs années.

Crédits: Keystone

La situation économique du Tessin n'est pas un "Sonderfall" suisse, mais plutôt la préfiguration de ce qui attend le pays dans un futur proche. Selon l'Union patronale suisse (UPS), le canton italophone est un laboratoire qui montre les effets de "l'abandon de frontières entre deux pays aux niveaux de prospérité très différents".

"Si nous voulons assurer à long terme l'acceptabilité de la libre circulation des personnes dans la population, nous devons tout faire pour en éliminer les points faibles (...) dans l'intérêt tant de la Suisse que de l'UE", a affirmé jeudi lors d'une conférence sur la politique patronale au Tessin, Gian-Luca Lardi, responsable de la faîtière des patrons au sud des Alpes.

Dans son argumentaire, le Tessinois a insisté sur son attachement à la voie des bilatérales, qualifiée de "meilleure option possible pour la Suisse". Mais il a également souligné la nécessité de "remettre en question le statu quo" et de "chercher des améliorations". Il a notamment évoqué la difficulté d'appliquer aux travailleurs détachés par l'UE les salaires minimaux prévus dans les conventions collectives (CCT) de certains secteurs.

Il fustige également les lourdeurs qui entravent la planification, l'approbation et la réalisation d'infrastructures de transport, en décalage selon lui avec les "exigences de mobilité pressantes de la population". Au Tessin, où la main d'oeuvre frontalière constitue environ un quart de la force de travail, plus de 60'000 résidents italiens traversent la frontière pour venir travailler en Suisse.

La thématique de l'engorgement du réseau routier tessinois et de la pollution de l'air en raison du trafic transfrontalier est l'objet de polémiques récurrentes. Ces derniers jours, les autorités cantonales ont même recouru à des mesures d'urgences (restriction du trafic, limitation de vitesse, gratuité des transports publics) pour en contrer les effets immédiats.

Sous-culture hostile aux entreprises

Dans son intervention, Fabio Regazzi, président de l'Association des industrie tessinoises (AITI), signale l'existence au Tessin d'une "sous-culture" hostile aux entreprises, alimentée par "certains secteurs de l'opinion publique et des autorités" qui "diabolisent" les entrepreneurs.

Les cas de sous-enchère salariale impliquant des travailleurs frontaliers défrayent régulièrement la chronique au Tessin depuis plusieurs années. Au début, ils touchaient essentiellement la construction, l'industrie et la restauration, mais ils se sont récemment multipliés dans le commerce et les services.

Le président de l'AITI rappelle que le canton a pu enregistrer une croissance économique robuste au cours des deux dernières décennies, grâce notamment à l'apport des frontaliers, même si les dernières données disponibles font état d'un ralentissement. "Pour nous, l'accord sur la libre circulation des personnes est aussi essentiel que les accords bilatéraux", assure le conseiller national PDC.

Interpellé sur la distorsion du marché du travail tessinois en raison des bas salaires proposés aux travailleurs frontaliers, M. Lardi parle d'une "ligne rouge", que constitue la substitution du personnel indigène pour des raisons économiques. C'est pour contrer ce genre d'effet pervers qu'il appelle de ses voeux des aménagements à la libre circulation.

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