Bilan

Le Tessin est particulièrement affecté par le franc fort

L'économie tessinoise est plus affectée que celle des autres cantons par l'appréciation du franc consécutive à l'abolition du taux plancher face à l'euro.

Le franc fort met également le marché du travail sous forte pression. Même si le taux de chômage au Tessin (4,1%) est plus élevé que la moyenne suisse (3,4%), il est nettement inférieur à celui des régions italiennes frontalières.

Crédits: Keystone

L'économie tessinoise est plus affectée que celle des autres cantons par l'appréciation du franc consécutive à l'abolition du taux plancher face à l'euro. C'est ce qui ressort d'une étude menée par Credit Suisse sur la structure et les perspectives du canton italophone, publiée mercredi. La dernière étude de CS sur l'économie tessinoise remonte à octobre 2010.

Les auteurs de l'étude rappellent l'importance pour l'économie tessinoise des secteurs du tourisme et de l'industrie exportatrice, fortement exposées aux fluctuations des devises.

La branche du tourisme souffre d'autant plus du franc fort qu'une grande partie de sa clientèle, qui provient de la zone euro, est très sensible aux oscillations de prix. Cela est particulièrement vrai pour les touristes allemands, dont la tendance à la diminution se vérifie depuis quelques années déjà.

MANQUE D'INFRASTRUCTURES

"Au Tessin, le repli des nuitées hôtelières est plus fort que dans d'autres régions touristiques", a fait remarquer Sara Carnazzi Weber, responsable pour les analyses macroéconomiques chez CS, à l'occasion de la présentation de l'étude. Au franc fort s'ajoute une carence manifeste en infrastructures, notamment de transport. La mise en service prochaine des nouvelles lignes ferroviaires alpines (NLFA) devrait permettre "d'élargir de manière significative le bassin d'utilisation", a ajouté l'économiste.

Le secteur de l'exportation est également vulnérable. Les auteurs de l'étude relèvent qu'en 2014, plus de 55% des exportations des entreprises tessinoises ont été effectuées en zone euro, contre moins de 46% de moyenne nationale.

Toutefois, parmi les principaux partenaires pour les exportations, les PME tessinoises sont presque deux fois plus nombreuses que la moyenne suisse à se tourner vers les région USA/Canada, et la Grande-Bretagne. Cette diversification géographique combine deux avantages - une moindre dépendance à l'euro et un meilleur environnement conjoncturel - qui pourraient compenser en partie les effets du franc fort.

L'évolution est également contrastée selon les secteurs d'activité. Ainsi les exportations de l'industrie pharmaceutique sont désormais supérieures à celles du textile et de l'habillement. Cela s'explique notamment par une meilleure marge nette (plus de 20% pour la pharma, contre moins de 5% pour le textile), une part de charges en personnel moins importante (10% contre plus de 30%), ainsi qu'une moindre élasticité au change EUR/CHF et à la conjoncture européenne.

La proximité de la frontière italienne met à rude épreuve le commerce de détail, le tourisme d'achat étant encore plus attrayant pour les consommateurs tessinois. Credit Suisse s'attend à le voir augmenter de 10% en 2015. "Alors que le commerce de biens durables est confronté à une forte concurrence sur tout le territoire, à proximité des frontières, même les produits alimentaires sont achetés à l'étranger", souligne l'étude.

RISQUE DE DUMPING SALARIAL

Le franc fort met également le marché du travail sous forte pression. Même si le taux de chômage au Tessin (4,1%) est plus élevé que la moyenne suisse (3,4%), il est nettement inférieur à celui des régions italiennes frontalières. En Lombardie, il se situe à 8,2% et dans le Piémont à 11,3%, parmi les plus bas de la péninsule.

Les experts de Credit Suisse soulignent que depuis 2000, le nombre de travailleurs frontaliers a plus que doublé, et il dépasse désormais les 60'000. Au Tessin, un actif sur deux est étranger et un sur quatre habite de l'autre côté de la frontière.

Le profil des travailleurs frontaliers a également fortement évolué. "Le modèle du travailleur pas ou peu qualifié n'est plus d'actualité, aujourd'hui un nombre important de frontaliers participe à la création de valeur dans l'économie tessinoise" assure Mme Carnazzi Weber. Fin 2014, plus de la moitié d'entre eux étaient actifs dans le secteur tertiaire.

Malgré cela, leur revenu moyen - en dessous de 4500 CHF bruts mensuels - est le plus bas de Suisse, et contrairement au reste du pays, il est en baisse constante depuis le début de la crise financière en 2008.

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