Bilan

Le SRC devra mieux lutter contre l'espionnage économique

Le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) devrait voir ses compétences accrues dans la défense de la place financière suisse. Une nouvelle loi, en consultation, devrait changer la situation.
Les révélations d'Edward Snowden sur la façon dont la Central Intelligence Agency (CIA) a piégé un banquier à Genève ont effarouché la Berne fédérale. Le jeune homme chargé de la sécurité informatique avait été accrédité à l'ONU mais en réalité il œuvrait pour les services secrets américains.

L'espionnage contre les banques n'a rien de nouveau, comme le confirme le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) qui avait fait état dans son rapport 2013 «d'activités de renseignement prohibés en Suisse, de plus en plus souvent à l'aide de moyens informatiques».

Cette affaire met surtout en lumière la faiblesse du contre-espionnage en Suisse dans le renseignement économique. Le Ministère Public de la Confédération (MPC) ne peut agir qu'avec l'autorisation de l'Etat et uniquement sur la base d'un «soupçon fondé». Ou lorsque l'attaque contre la place financière est déjà en cours avec des dégâts bien établis.

Des prérogatives accrues

Dans ces conditions, le SRC, issu de la fusion en 2010 entre le Service de renseignement stratégique (SRS) et le Service d'analyse et de prévention (SAP), pourrait voir ses prérogatives accrues. Actuellement, le SRC se concentre sur la sensibilisation des milieux économiques envers les risques d'espionnage et d'attaques informatiques avec son programme de prévention «Prophylax», rappelle le Tages-Anzeiger dans son édition de mercredi.

La nouvelle loi sur les services de renseignements, actuellement en consultation, devrait changer radicalement la situation puisque le SRC se verrait confier la tâche de défendre la place financière suisse contre les activités d'espionnage. «Nous saluons le fait que la Confédération veuille renforcer la protection de la place financière, ce qui est dans l'intérêt de tous», s'est félicité Rebeca Garcia de l'Association Suisse des Banquiers (ASB)

Cette évolution est indispensable, ainsi que l'a montré une cyberattaque contre un organisme d’autorégulation (OAR) financière. L'attaque provenait des Etats-Unis, assure Hans Kaufmann, conseiller national UDC, qui ne veut pas révéler de quel organisme il s'agissait.

La Suisse en retard dans le contre-espionnage économique

Une implication de la CIA ou d'une autre agence américaine ne peut être exclue surtout quand l'intrusion ciblait des données sensibles sur les gestionnaires de fortunes et autres avocats spécialisés. L'attaque a échoué car l'organisme en question était «superprudent» avec sa sécurité informatique, précise le conseiller national.

La future loi sur les services de renseignements fait toujours l'objet d'une consultation mas une première version a été rejetée en raison de réticences envers l'espionnage de la population. Il aura fallu l'achat de CD de données bancaires par des états allemands ainsi que des soupçons d'enquêteurs fiscaux étrangers pour pousser à la roue.

Une procédure lourde et un budget limité

La question des moyens alloués devra également être résolue ainsi que les conditions d'engagement. Dans chaque cas, le SRC doit adresser une demande écrite et ce n'est que lorsque deux conseillers fédéraux et un autre office ont donné leur accord que le SRC peut entrer en action.

En outre, le SRC, rattaché au Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS), est beaucoup plus orienté contre l'espionnage militaire et la menace terroriste que dans la défense des milieux économiques. Et son budget de 60 millions de francs par an va très vite le limiter dans ses nouvelles attributions.

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