Bilan

Le sort de la Grèce toujours en suspens

Les dirigeants de la zone euro poursuivaient lundi matin de laborieuses mais toujours infructueuses tractations pour tenter de boucler un compromis.

Dès le début, le sommet de dimanche a pris l'allure d'un affrontement entre l'Allemagne, inflexible, et la France, qui prône une ligne plus souple.

Crédits: AFP

Les dirigeants de la zone euro poursuivaient lundi matin de laborieuses mais toujours infructueuses tractations pour tenter de boucler un compromis permettant de maintenir la Grèce dans l'euro, à l'approche d'une réunion cruciale de la Banque centrale européenne.

Après plus de quinze heures de négociations, rythmées par des apartés des dirigeants allemand, français et grec et du président du Conseil européen, "le résultat reste incertain", tweetait le porte-parole du gouvernement chypriote, Nikos Christodoulides.

A l'aube, un compromis s'était pourtant dessiné, soumis aux 19 dirigeants du sommet, sur la liste des exigences réclamées à Athènes pour renouer le dialogue en vue d'un renflouement du pays.

Mais pas suffisant pour que le gouvernement grec de gauche radicale cède, alors que des milliers de tweet l'appelaient - sous le hashtag "Thisisacoup" (c'est un coup d'Etat) - à résister aux diktats des créanciers du pays.

La Grèce ne veut pas que le FMI participe au financement d'un nouveau plan d'aide, pourtant exigé par l'Allemagne, et rejette l'idée de créer hors du pays un fonds regroupant des actifs grecs à hauteur de 50 mrd EUR pour garantir les privatisations promises.

Selon un tweet du Premier ministre slovène, le premier à jeter l'éponge lundi matin tenu par d'autres obligations, l'écart s'était toutefois réduit, "une seule question" restant à régler.

"Ils sont enfermés à quatre, on ne sait rien de ce qu'ils se disent", a affirmé une source européenne.

Si le texte soumis au petit matin ne prévoit a priori pas de sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique, comme évoqué noir sur blanc dans un projet des ministres des Finances, la menace reprenait corps au fil des heures.

D'autant que même s'il cède, le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras aura fort à faire pour amadouer son opinion publique, à laquelle il avait promis de rompre avec l'austérité et les diktats des bailleurs de fonds.

Or les réformes à présent réclamées par les créanciers de la Grèce, hautement impopulaires, sont encore plus sévères que celles qui ont été rejetées massivement par 61% des électeurs lors du référendum du 5 juillet.

Pour se garder une marge de manoeuvre, Alexis Tsipras a dû se rapprocher de l'opposition, au prix de dissensions internes à son parti Syriza, ce qui laisse craindre une nouvelle crise politique.

"PISTOLET SUR LA TEMPE"

"Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi tu serais d'accord", a lâché, pour justifier les concessions, une source gouvernementale grecque.

Les heures sont de fait comptées pour la Grèce, dont les caisses sont vides et l'économie exsangue. Le pays, soumis à un contrôle des capitaux et dont les banques sont fermées depuis le 29 juin, vit suspendu aux aides d'urgence de la BCE.

Or, celle-ci va devoir décider lundi de maintenir ou non l'économie grecque sous perfusion. "Il faut un signal politique ce soir" pour que la BCE poursuive son aide, avait souligné dimanche une source européenne proche des discussions.

Sur le front européen, le chef du gouvernement grec a dû tout mettre en oeuvre pour rebâtir la confiance qui s'est brisée au fil de ces six mois de négociations houleuses.

Les discussions sur le sort de la Grèce ont aussi mis à rude épreuve le reste de la zone euro, en particulier le couple franco-allemand. Dès le début, le sommet de dimanche a pris l'allure d'un affrontement entre l'Allemagne, inflexible, et la France, qui prône une ligne plus souple.

La France "va tout faire" pour garder la Grèce dans la zone euro, avait assuré le président François Hollande.

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, il n'était pas question au contraire d'un accord "à n'importe quel prix". "La valeur la plus importante, à savoir la confiance et la fiabilité, a été perdue" avec Athènes, avait-elle ajouté.

Les dirigeants ont négocié d'arrache pied sur un document ébauché par leurs ministres des Finances, qui place la Grèce sous étroite tutelle en échange d'un éventuel plan d'aide financière, le troisième depuis 2010.

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