Bilan

Le ski «illimité» fait renaître les stations

Derrière le Magic Pass, qui donne accès à 25 stations romandes, c’est toute l’industrie suisse et européenne du ski qui opère sa mutation. Le public semble retrouver le chemin des pistes.

Domaine skiable Engelberg-Titlis. Les professionnels s’accordent sur la nécessité de faire évoluer la politique des prix.

Crédits: Roger Gruether/swiss-image.ch

Des années que l’on n’avait pas vu autant de monde dans les stations romandes aux périodes des Fêtes. A Crans-Montana seulement, 110'000 journées skieurs ont été comptabilisées sur les relâches de Noël. Deux phénomènes sont à l’œuvre pour ce début de saison réussi. D’une part une météo globalement favorable – malgré deux jours de fortes intempéries – accompagnée d’une neige abondante.

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D’autre part, l’explosion des abonnements de saison sous l’impulsion du Magic Pass, accès illimité à 25 stations romandes, parmi lesquelles Crans-Montana ou encore Villars-Les Diablerets. Vendu 359  francs au printemps, son prix a graduellement monté pour atteindre aujourd’hui 1289  francs. 84'000 Magic Pass ont trouvé preneur, dont 60% au printemps, assurant aux sociétés de remontées mécaniques des stations membres 43% de la recette annuelle moyenne des trois dernières années.

Ainsi, 50% de la fréquentation à Crans-Montana était le fait des détenteurs de Magic Pass, ce dont se félicite Leslie Taverney, responsable communication du domaine Crans-Montana - Aminona: «On constate déjà que l’abonnement ramène vers les pistes un public notamment familial, qui avait parfois déserté à cause du prix.»

L'effet des conditions météo

Même son de cloche du côté du président de Télé Villars-Gryon-Diablerets, Pierre Besson: «Difficile de faire la part des choses sur les vacances entre les conditions climatiques favorables et le pass. Mais pour les deux week-ends avant Noël, nous avons enregistré 3000 journées skieurs au lieu de 1300, et ça, c’est l’effet pass. Cela faisait quarante ans que l’offre commerciale n’avait pas bougé, il fallait faire quelque chose.» D’autant plus que l’érosion de l’activité prenait un tournant critique: de 28,8 millions de journées skieurs en 2004-2005, les stations suisses étaient passées à 21,2 millions l’an dernier, soit 25% de baisse. 

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La stratégie est générale. Les grandes stations de l’Oberland bernois autour de Gstaad ont lancé leur offre de 666 km de pistes à 666 francs. Déjà l’an dernier, Saas-Fee avait initié le mouvement avec une Winter Card à 222  francs pour la saison, ce qui avait fait bondir le nombre d’abonnements de 2000 à 75'000, au bénéfice des hôteliers, restaurateurs et magasins de sport, comme le relève Urs Zurbriggen, COO des remontées de Saas-Fee: «Tout l’écosystème en profite, et ce sont plus de 25  millions de revenus supplémentaires qui ont été enregistrés dans la station la saison dernière. Les nuitées ont été en hausse de 17% d’une saison à l’autre. La vente uniquement par canaux digitaux permet une meilleure connaissance de la clientèle pour optimiser l’offre. Ainsi, nous proposons cette année avec la Winter Card des offres et rabais sur les écoles de ski et les nuits hôtelières.»

Vers des offres plus adaptées

Poursuivre le dépoussiérage de l’offre, c’est le souhait émis à l’unisson par les professionnels du secteur réunis à l’European Mountain Travel Summit à Crans-Montana les 10 et 11  janvier dernier. «C’est tout de même incroyable qu’en 2018, les clients passent du temps à chercher une place de parc et à faire la queue au guichet avec les skis sur l’épaule!», a notamment relevé Bohus Hlavaty, CEO des remontées de Tatry en Slovaquie. La disparition des guichets et l’adaptation constante du pricing étaient à l’ordre du jour. 

Désormais, la concurrence entre stations passe au deuxième plan, estime Bruno Huggler, CEO de Crans-Montana Tourisme & Congrès: «Même une station comme la nôtre a besoin des petites stations, car c’est sur ces domaines, près de chez eux, que les jeunes apprennent en famille, avant de venir un jour chez nous. L’important, c’est que le public garde ou retrouve le goût pour le ski.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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