Bilan

Le scandale de la NSA pourrait profiter à Swisscom

La Suisse enregistre une forte expansion des activités de banques de données pour entreprises, et la loi sur la protection des données n'y est pas étrangère.
La Suisse abrite une autre forme de paradis que ses versants fiscaux ou bancaires. Elle est aussi à la pointe des banques de données et profite d'une tendance mondiale. Les entreprises ont saisi l'intêrêt d'externaliser leurs données et de les rendre plus mobiles avec internet grâce aux systèmes de stockage de style Cloud.

Dans ce domaine, Swisscom joue un rôle prépondérant, déclassant la majeure partie des groupes américains. Ces derniers souffrent d'un problème de confidentialité, comme le rappelle le scandale de la National Security Agency (NSA). Outre-atlantique, le «Patriot Act» donne des droits très larges aux agences chargées de lutter contre le terrorisme après le 11 septembre.

En Suisse, les autorités n'ont pas ces privilèges et doivent passer par une décision de justice, ce qui joue en faveur de la branche, comme le résume Franco Monti dans le Tages-Anzeiger. «Cet aspect va gagner en importance», estime l'expert en télécoms de la société conseil Deloitte. La problématique du «Patriot Act» n'est pas nouvelle mais elle est désormais établie.

La Suisse jouit de multiples atouts

Pour Monti, le scandale de la NSA «est une bonne nouvelle pour la Suisse» et les autres fournisseurs de service. Le pays est déjà le deuxième en Europe derrière l'Irlande en terme de stockage par habitant, grâce à sa loi sur la protection des données.

En outre, le degré élevé de connexion à internet ainsi que la sécurité de l'approvisionnement énergétique jouent en faveur de la Suisse qui jouit aussi à l'étranger d'une réputation de stabilité politique et de discrétion. Des atouts que le secteur, tout comme la place financière, met en avant.

«Nous gérons le négoce des données comme des banquiers privés», relève d'ailleurs Franz Grüter, président-directeur général de Green.ch, comparant les centres à des coffres aux trésors. Des entreprises stockent d'ailleurs leurs données dans des bunkers de l'armée réaménagés, ce qui pose des problèmes de connexion à la fibre optique ou au réseau électrique. «Mais ça sonne bien et participe à la réputation», s'amuse Grüter.

Carsten Roetz, porte-parole chez Swisscom, tire aussi un parallèle avec la mentalité des banquiers. Le scandale de la NSA va sensibiliser les entreprises à la protection de leurs données.

Swisscom investit 100 millions

Swisscom ne se gêne pas pour faire la promotion de ses services mais ne prévoit pour le moment aucune campagne spécifique, contrairement à Franz Grüter. Le patron de Green.ch veut «encore intensifier le message» et envisage de construire un centre de données à Lupfig en Argovie.

La Fédération Suisse des Avocats songe également à se doter de son propre serveur, peut-être dans un bunker au Gothard, comme l'a révélé le journal dominical NZZ am Sonntag. Swisscom investit de son côté 100 millions de francs à Berne dans un nouveau centre qui sera opérationnel l'année prochaine. «Swisscom dispose des meilleures cartes pour ce secteur en forte croissance», estime par ailleurs Franco Monti.

Haro contre le Cheval de Troie

Les données stockées en Suisse sont-elles vraiment mieux protégées que celles aux Etats-Unis? Sans parler des bureaux d'espionnage qui agissent sans légalité. «On ne peut rien exclure techniquement malgré toutes les précautions», reconnaît Carsten Roetz. «Mais les flux de données ne nous échapperaient pas.»

Tout assouplissement, comme l'utilisation de Cheval de Troie qu'envisagent les autorités suisses, est très mal perçu dans la branche. «A titre de comparaison, le scandale des fiches il y a 20 ans serait une aimable plaisanterie», s'emporte Franz Grüter, qui est également président cantonal de l'UDC lucernoise. «Nous serions prêts à aller jusqu'au référendum.»
Pascal Schmuck

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