Bilan

Le Qatar s’empare du marché de l’art

Doha est derrière la plupart des prix records. Le richissime pays ambitionne de devenir un haut lieu culturel mondial.

Selon le magazine Vanity Fair, ce serait le Qatar qui a acquis en février dernier la meilleure des cinq versions des Joueurs de cartes de Paul Cézanne (photo), pour un montant estimé à 250 millions de dollars. Fille de l’émir du Qatar, la cheikha Al-Mayassa bin Khalifa a acquis en 2009 les onze Rothko du financier Jacob Ezra Merkin pour 310 millions de dollars. Toujours dans la confidentialité, elle se serait offert la collection Sonnabend, comprenant des œuvres majeures de Roy Lichtenstein et de Jeff Koons pour 400 millions de dollars. Enfin, elle a surenchéri et mis la main sur la dation Claude Berri au Centre Pompidou à Paris. «Doha est derrière la plupart des prix records payés ces dernières années. L’émirat a les moyens d’offrir jusqu’à 50% de plus que le prix du marché pour obtenir une œuvre», constate Marc Blondeau, fondateur de BFAS Blondeau Fine Art Services à Genève. Sa richesse assurée par d’énormes réserves de gaz, le Qatar, organisateur de la Coupe de monde de football 2022, doit ouvrir d’ici à 2014 un musée national dessiné par la star de l’architecture Jean Nouvel. Très lié avec la France au plan politique autant qu’économique, l’émir détient la majorité du club de football PSG, rappelle le site Slate.fr. Côté immobilier, il a accumulé quelques joyaux comme un palais à Marnes-la-Coquette, l’Hôtel d’Evreux, place Vendôme, et l’Hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis. En février, Doha a encore obtenu 1% du capital du géant du luxe LVMH.

Grandes ambitions

Le Qatar ambitionne de devenir un des hauts lieux mondiaux de l’art. Un musée de l’art islamique de l’architecte américano-chinois I.M. Pei aux collections exceptionnelles y a ouvert en 2008. Puis en 2010, le Mathaf, musée arabe d’art moderne, a été inauguré, présentant les grands artistes arabes. L’acquisition de centaines d’œuvres à prix d’or a fait exploser le marché de l’art arabe contemporain. Al-Mayassa bin Khalifa sait s’entourer. En 2009, la cheikha a débauché le président de Christie’s Edward Dolman pour en faire le directeur de la Qatar Museum Authority qu’elle préside. En février, elle a verni une exposition du Japonais Takashi Murakami dont le commissaire n’est autre que Massimiliano Gioni, le prochain directeur de la Biennale d’art contemporain de Venise. Le mensuel américain Art + Auction l’a désignée comme personnalité la plus influente du monde de l’art en 2011. Un choix qui fait sourire un observateur: «En termes d’argent, sans doute. Reste à voir si cela vaut aussi en termes de goût.»

 

Un marché actif

Alors que les bourses doivent rester atones tant que les crises de l’euro et de la dette américaine ne sont pas résolues, le marché de l’art se montre plutôt actif, note Marc Blondeau, fondateur de BFAS Blondeau Fine Art Services à Genève. «On assiste à un transfert de fonds patrimoniaux vers l’art.» Les prix pour l’art contemporain chinois, qui avaient flambé ces dernières années, sont en train de se tasser. «Les Occidentaux ont acheté massivement, espérant revendre ces œuvres à de riches Chinois. Les prix demeurent élevés.» On assiste actuellement à un engouement pour les artistes des pays émergents qui ne se justifie pas toujours. «Le marché se comporte comme un amateur de prêt-à-porter qui recherche des œuvres semblables à celles qui se trouvent déjà chez tout le monde.»

Crédit photo: Dr

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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