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Le Qatar rejette toute intervention dans sa politique étrangère

Le Qatar rejette toute intervention dans sa politique étrangère, alors qu'une grave crise oppose son pays, accusé de "terrorisme", à l'Arabie saoudite et ses alliés.

L'Arabie et ses alliés exigent du Qatar qu'il épouse le consensus régional sur les mouvements islamistes radicaux et l'Iran chiite. 

Crédits: AFP

Le Qatar rejette toute intervention dans sa politique étrangère, a déclaré jeudi à l'AFP son ministre des Affaires étrangères, alors qu'une grave crise oppose son pays, accusé de "terrorisme", à l'Arabie saoudite et ses alliés.

"Personne n'a le droit d'intervenir dans notre politique étrangère", a déclaré cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani dans un entretien à l'AFP à Doha.

Il a par ailleurs exclu que la tourmente actuelle dégénère. "Une solution militaire n'est pas une option", a-t-il dit.

La crise a éclaté lundi lorsque l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont brusquement rompu leurs relations diplomatiques avec Doha en l'accusant de "soutenir le terrorisme". Ces pays qui reprochent aussi au Qatar son rapprochement avec l'Iran, grand rival régional de Ryad, ont également imposé de sévères restrictions aériennes et fermé leurs frontières terrestres et maritimes avec le petit émirat gazier.  

L'Arabie et ses alliés exigent du Qatar qu'il "change de politique" et qu'il épouse le consensus régional sur les mouvements islamistes radicaux et l'Iran chiite, grand rival du royaume saoudien sunnite.

Les Emirats arabes unis, qui sont à la pointe des critiques contre Doha, ont qualifié le Qatar de "champion de l'extrémisme et du terrorisme dans la région".

Leur ministre d'Etat aux Affaires étrangères Anwar Gargash a posé une série de conditions pour une sortie de crise, notamment l'arrêt de ce qu'il qualifie de propagande "extrémiste" de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera et des mesures contre des représentants de la confrérie des Frères musulmans et d'autres islamistes ayant trouvé refuge à Doha.

Sans parler de "changement de régime" au Qatar, M. Gargash a exigé un "engagement politique" incluant le respect de promesses faites lors d'une première crise en 2014, ainsi qu'une "feuille de route" avec des "mécanismes clairs" de mise en oeuvre.

Rôle de l'ancien émir ?

Un haut responsable du Golfe a affirmé à l'AFP que cette crise était la conséquence de "l'influence" selon lui néfaste et persistante du précédent émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al-Thani (65 ans), sur son fils, Cheikh Tamim (37 ans), en faveur duquel il a abdiqué en 2013. 

Cheikh Hamad avait réussi à placer le Qatar sur l'échiquier régional et international en lui faisant jouer un rôle de médiateur dans plusieurs crises et en l'imposant comme un pivot des soulèvements ayant agité le monde arabe après 2011.

Après avoir soutenu l'isolement du Qatar, le président américain Donald Trump a fait volte-face, offrant son aide pour désamorcer la crise.

Lors d'un entretien téléphonique avec cheikh Tamim, M. Trump a "proposé d'aider les différentes parties à régler leurs différends, y compris à travers une rencontre à la Maison Blanche si nécessaire". Il a également appelé l'homme fort d'Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

Le président français Emmanuel Macron, lors d'entretiens séparés avec l'émir du Qatar, le président iranien Hassan Rohani et le roi Salmane d'Arabie Saoudite, a "invité toutes les parties" à poursuivre "le dialogue".

Il a rappelé son "attachement à préserver la stabilité dans la région et à lutter sans ambiguïté contre le terrorisme".

Dans un signe de soutien au Qatar, le Parlement turc a approuvé la mise en oeuvre d'un accord datant de 2014 permettant le déploiement de troupes sur une base turque au Qatar. 

Un possible rapprochement du Qatar avec l'Iran inquiète aussi les adversaires de Doha dans le Golfe. L'Iran et le Qatar partagent le plus grand champ gazier du monde.

Le Qatar fait partie du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui comprend l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït et Oman. Ces deux derniers pays n'ont eux pas rompu avec le Qatar.

L'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah, s'est rendu mercredi soir au Qatar juste après des entretiens aux Emirats et une rencontre la veille avec le souverain saoudien. Mais les Emirats estiment que les conditions ne sont pas encore réunies pour une médiation. 

Depuis le début de la crise, le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations, affirmant que l'élément déclencheur de la tourmente a été le "piratage" du site web de son agence de presse attribuant à son émir de "fausses" déclarations apaisantes sur l'Iran et les Frères musulmans.

Mercredi soir, le ministère de l'Intérieur à Doha a publié un rapport préliminaire d'enquête sur ce "piratage" qui, selon lui, a commencé en avril, utilisant des "méthodes techniques innovantes" et aboutissant le 24 mai à la publication "d'informations fabriquées". Il n'en a pas identifié les auteurs.

Jeudi, après les Emirats arabes unis, Bahreïn a interdit aux médias et aux utilisateurs des réseaux sociaux d'exprimer une quelconque "sympathie pour le Qatar" sous peine d'encourir une peine de prison.

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