Bilan

Le portail suisse de réservations d'hôtels qui profite au client

Alors que les grandes plateformes de réservations hôtelières prélèvent un juteux pourcentage sur les factures aux clients, la startup suisse winwinbooking veut bousculer ces codes.
  • Un portail de réservation en ligne qui profite aux clients et les incite à partager leurs découvertes: c'est le concept de winwinbooking.

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  • Guillaume Taradellas a eu l'idée de winwinbooking en 2014.

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  • Ségolène Vidal, l'épouse de Guillaume Taradellas, l'a soutenu depuis l'origine du projet et a largement investi dans la startup.

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En Europe, chaque adulte voyage en moyenne 2,4 nuits par an en logeant dans un hôtel, dépensant en moyenne 100€. Qu'il s'agisse de déplacements professionnels ou de vacances personnelles, cela représente un marché phénoménal. Sans même compter les clients du reste du monde. Dès l'aube du web, certains ont bien compris les potentiels de ce marché et ont créé des plateformes de réservation hôtelière centralisant l'offre en ligne: en moins de deux décennies, Booking.com, HRS, Expedia, Hotels.com,... ont conquis le marché. Du côté des hôteliers, si l'apport des clients venus de ces sites est bienvenu, une critique quasi-unanime s'élève: la marge de 15 à 25% que prélèvent ces plateformes réduit considérablement la marge des gérants et propriétaires d'établissements. Autre business né en ligne depuis les années 2000: les plateformes de notation et de conseil: TripAdvisor et d'autres ont permis aux internautes de partager leurs recommandations pour faciliter les voyages de leurs proches (et des autres).

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En 2014, Guillaume Tarradellas, qui a suivi une partie de son cursus à l'Ecole Hôtelière de Lausanne (EHL) et s'est spécialisé dans la distribution en ligne, est en poste en tant que revenue manager pour deux hôtels de Barcelone. Mais ce Vaudois attentif au tendances observe les portails en ligne et remarque que le client, s'il bénéficie de (petites) réductions ou de conseils, ne profite pas, sous forme sonnante et trébuchante, des fantastiques flux d'argent générés par ce secteur. «On se trouve face à plusieurs activités complémentaires mais qui n'étaient pas reliées: on a son réseau d'amis sur Facebook à qui on conseille des destinations; on poste des notes et des recommandations sur Tripadvisor; et on réserve en ligne sur Booking... Pourquoi ne pas réunir ces trois fonctionnalités sur un même portail, et en bonus rémunérer ceux qui utilisent ces services?», s'interroge Guillaume Tarradellas.

Des recommandations basées sur les amis

Alors qu'il prend la tête du département e-commerce auquel appartiennent les deux hôtels barcelonais, son idée se transforme en projet: winwinbooking naît alors. A l'instar de TripAdvisor, winwinbooking explore une nouvelle tendance de la sharing economy: l'experience sharing. Mais à la différence du géant américain, Guillaume Tarradellas veut affiner ces recommandations: «Sur les portails de recommandations, un jeune étudiant suisse va être conseillé par une retraitée américaine ou un homme d'affaires australien: leurs avis seront-ils pertinents? Leurs priorités sont-elles les mêmes? Je pense au contraire que les avis les plus pertinents sont ceux de notre entourage, de nos proches, de ceux qui nous connaissent».

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Pendant plusieurs mois, il peaufine son projet, contacte des investisseurs, rassemble ses économies et réussit à convaincre amis et proches de lui faire confiance. Et réunit 100'000 francs, dont il consacre 60'000 au développement d'une app pour smartphone, disponible sous iOS et Android. Et il lance winwinbooking en juillet 2016. Le principe? L'utilisateur séjourne dans un hôtel, puis il recommande cet établissement à son réseau; et quand un membre de son réseau va y séjourner à son tour, le premier touche 3% du prix de la réservation. «Quand d'autres plateformes de réservation prélèvent une commission de 15%, nous nous limitons à 13%, dont 3% pour celui qui recommande et 10% pour nous», détaille le CEO de la startup.

Les clients qui recommandent sont rémunérés

Pour l'utilisateur, la procédure est extrêmement simple: il suffit de s'inscrire sur winwinbooking. Ensuite, pour ceux qui recommandent des hôtels et souhaitent être rémunérés, il faut également transmettre un IBAN. Près de 500 établissements (principalement en France, en Espagne et en Suisse) sont déjà présents sur la plateforme. «Et d'autres nous rejoignent chaque jour, conscients de l'intérêt de miser sur les réseaux personnalisés plus que sur des recommandations par des anonymes», se réjouit Guillaume Tarradellas. D'importants réseaux viennent de rejoindre le projet comme BOAS en Suisse ou Pierre & Vacances en France. De plus, un utilisateur peut recommander un hôtel qui n'est pas encore sur la plateforme. Et lorsqu'il choisit sa destination de voyage, winwinbooking lui propose en priorité les hôtels les plus recommandés par son réseau.

Du côté des professionnels de l'hôtellerie, pas question d'intrusion dans la gestion des établissements: «Chaque hôtelier gère lui-même sa plateforme de réservation via notre interface pour les réservations winwinbooking; nous ne voulons pas nous imposer à eux», assure celui qui s'est lancé dans l'aventure, soutenu par son épouse, Ségolène Vidal, diplômée de l'EHL, et son associé Stéphane Casimir, ancien vice-président en charge des ventes au sein d'une société de solutions technologiques pour hôtels, tandis que le développement des solutions informatiques a été externalisé.

Dans les mois qui viennent, le trio va continuer de développer le réseau des hôtels et chercher à accroître la base utilisateurs. Deux ans après avoir eu l'idée de winwinbooking, Guillaume Taradellas, de retour au bercail en Suisse après ses expériences en Espagne, a déjà parcouru un beau chemin. Les prochains mois seront cruciaux. Mais, dans ce domaine, tous les espoirs sont permis: seize ans après sa naissance, TripAdvisor est désormais valorisé à hauteur de 34 milliards de dollars...

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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