Bilan

Le modèle suisse est-il en danger?

Malgré une intense régulation, la Suisse conserve toute son attractivité économique, estiment de grands patrons réunis au Forum de Davos.

L’Union européenne, le franc fort, l’immigration. C’est en trois points que Johann Schneider-Ammann résume les défis de la Suisse. 

L’Union européenne (UE), le franc fort, l’immigration. C’est en trois points que Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération, résume les défis de la Suisse, lors d’un panel sur le modèle suisse au Forum de Davos. «Les emplois en Suisse dépendent en grande partie de nos relations avec l’UE. Quant à l’initiative contre l’immigration de masse votée en 2014, nous cherchons des solutions pour remplir les conditions de l’UE, primordiales pour la recherche notamment.»

Selon le président de l’EPFZ Lino Guzzella, il est nécessaire pour la Suisse de toujours faire partie de "Horizon 2020", le programme européen pour la recherche et le développement. « Si nous quittons le programme, nous aurons des désavantages majeurs par rapport à nos concurrents. Par le passé, la Suisse a très bien géré sa compétitivité, et il faut continuer. La richesse du pays est produite par des entrepreneurs et des travailleurs compétents. Il ne faut pas oublier d’où vient notre succès!»

Le système dual, un atout majeur

Pas de doute pour Ulrich Spiesshofer: la Suisse conserve toute son attractivité économique. Le CEO d’ABB souligne qu’à défaut de ressources naturelles, le pays compte des talents humains, d’excellentes conditions et des règles fiables. « En tant qu’entrepreneur, je peux prendre toutes mes décisions sur cette base. »

Le système dual de la formation professionnelle constitue un atout majeur pour conserver la compétitivité helvétique. «Nous devons tout faire pour mieux en bénéficier, en assurant une dimension internationale à la formation, ajoute-t-il. Nous avons besoin d’une liberté de mouvement plus grande pour remplir les jobs vacants. Pour ce faire, il faut continuer à investir dans le système dual de l’éducation, des métiers manuels aux nouveaux emplois liés à la technologie, à l’ingénierie. Concentrons-nous sur ce dont nous aurons besoin à l’avenir. »

Johann Schneider-Ammann souligne toutefois que la Confédération compte faire des économies dans le système éducatif suisse pour équilibrer le budget fédéral. «Le secteur ne grandira que de 2%. Mais c’est au niveau fédéral, et non cantonal. Nous encourageons dès lors les cantons à investir et développer leur système éducatif. »

Rolf Dörig, président d’Adecco, n’est pas entièrement convaincu: «Avec cette nouvelle révolution industrielle, nous devons devenir plus efficaces. Il faut être sûr de mettre en œuvre les ressources adéquates, et couper dans la formation n’est peut-être pas le plus pertinent. Beaucoup d’investissements sont injectés dans l’administratif par exemple, pourquoi ne pas couper là et améliorer son offre éducative?»

Faciliter l'entrepreneuriat 

Soumises à une intense régulation, les banques suisses ont été frappées par des problèmes internes et externes, souligne Sergio Ermotti, CEO d’UBS. « Nous restons bien positionnés avec des conditions libérales et stables ».

Le dirigeant de la grande banque note cependant qu’il existe quelques capacités excédentaires dans le secteur, qui doivent être réduites. « Un certain travail reste à faire en termes de capacités ».

Il note en outre qu’en Asie, aux Etats-Unis, à Londres, « la concurrence s’est intensifiée ». L’Asie est aussi forte et compétitive au plan du secteur financier que la Suisse. « Mais nous sommes en mesure d’offrir la qualité autant que les bonnes conditions cadres ». En termes de talents, il souligne que la Suisse doit se concentrer sur la formation continue et pas seulement sur la formation initiale. Pour lui, la stabilité politique doit être absolument garantie en Suisse, et la réglementation doit se concentrer sur des règles « utiles, qui font du sens ».  

La régulation, un thème qui tourne en boucle à Davos. «Nos entrepreneurs ont besoin d’oxygène, estime Rolf Dörig, il faut rendre leurs activités plus faciles». Il suggère d’appliquer la règle du «one in, one out»: «Si une nouvelle réglementation est adoptée, une autre doit être supprimée. C’est nécessaire pour maintenir un bon écosystème entrepreneurial.»

A cet égard, les initiatives populaires récentes à l’exemple de Minder et de Weber ont contribué à modifier l’environnement et les conditions cadres de la Suisse, faisant craindre à certains que le modèle à succès de la Suisse ne soit menacé. Mais le patron d’Adecco se dit attaché à la démocratie directe helvétique. « L’une des clés du succès suisse réside dans la démocratie directe, enviée par d’autres parties du monde. C’est une valve permettant au peuple d’exprimer ses préoccupations. Et c’est sur l’équilibre des nécessités politiques, sociales et économiques que reposent les fondations du succès suisse.»

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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