Bilan

Le marché de l’art, des siècles de cycles

De la Rome antique à aujourd’hui, les ventes ont enchaîné régulièrement des périodes de record et des temps de crise. Les œuvres convoitées ont aussi souvent changé.
  • «1814» d’Ernest Meissonier, vendu en 1890 au prix record à l’époque de 850 000  francs or.

    Crédits: Jaime Cillate/Orsay
  • Ces «Danseuses à la barre» font de Degas en 1912 l’un des artistes vivants les plus chers.

    Crédits: The Met
  • En 1921, un richissime Américain s’offre «Blue Boy» de Gainsborough, pour 182 200 livres.

    Crédits: DIRECTMEDIA Publishing

Il y avait un marché de l’art dans la Rome antique, avec ce que cela supposait de prix extravagants, payés en pièces d’or. On a ainsi connu un tapis d’Orient, sans doute splendide, vendu 800'000 sesterces. Le prix de 400'000 poulets. C’est cher. Le système a capoté au moment des invasions barbares. Fin du premier boom du marché de l’art.

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Le Moyen Age n’a pas connu de véritable commerce des tableaux et sculptures. Les records allaient à l’achat de reliques. Il faut attendre le XVIe siècle pour qu’une toile de maître ou un marbre antique atteigne une somme considérable. On ne peut pas pour autant parler de marché. Manquent encore les règles du jeu. Elles vont se mettre en place dans la Hollande du XVIIe siècle.

Spéculation: les tulipes et les tableaux

Le pays est le plus riche du monde en un temps de profonde récession économique. On spécule sur tout à Amsterdam. Pensez aux tulipes! Apparaissent donc des ventes aux enchères. Art ancien et art moderne. Des historiens ont calculé qu’il se produisait 100 000 tableaux par an aux Pays-Bas dans les années 1650-1660.

La Hollande décline vers 1680. Le commerce de l’art passe à Paris. Il adopte sa forme moderne. L’expert monte en pouvoirs. Le catalogue imprimé apparaît. La provenance commence à jouer son rôle. La montée semble irréversible. Si les premières décennies du XVIIIe siècle restent calmes, la fin de l’Ancien Régime connaît une spéculation folle. Les ventes se font toujours plus nombreuses. Les mêmes tableaux reviennent sans cesse. En dépit de petits incidents, les cotes montent. La Révolution coupe net cet essor. Il ne faut pas oublier que la crise politique se double d’une débâcle économique. La France finit par brûler sa monnaie, devenue sans valeur.

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La remontée est lente. Il y a bien trop d’œuvres sur le marché. Celles des églises supprimées. Celles des nobles ruinés. Tout le monde ne peut pas acheter 15 000 tableaux comme le cardinal Fesch, oncle de Napoléon Ier. De plus, et le phénomène se répétera, l’investissement bourgeois des années 1820 à 1850 va à l’industrie. Les gros prix reviennent vers 1860, avec une ascension continue jusqu’en 1914. Les peintres académiques d’abord, avec 850'000 francs or pour 1814 d’Ernest Meissonier. Les impressionnistes dès 1910. Edgar Degas obtient 435'000 francs or en 1912 pour des Danseuses.

Après le bal, le krach

La guerre de 1914 marque la fin de cette euphorie. Le système repart dans les années 1920, mais pour de la peinture ancienne. Sir Joseph Duveen fournit les milliardaires américains. Le Blue Boy de Gainsborough passe chez l’un d’eux pour 182 200 livres à une époque où une famille anglaise vivait avec 40 livres par an. Le krach fait ses ravages fin 1929. Notons pourtant qu’un magnat ruiné expliquera en 1932, la pire année, que s’il avait perdu 90% sur ses actions, ses tableaux n’avaient vu leur valeur amputée que de 70%.

Les années 1930 et 1940 restent ternes. Il faut attendre 1960, voire 1970, pour que les gros prix redeviennent courants. Avant cela, l’argent part en investissements lourds. Quand la richissime Domenica Walter achète à Paris un Cézanne pour 33 millions d’anciens francs en 1952, elle passe pour une folle. Après, tout s’emballe à nouveau. Les impressionnistes d’abord. Puis les modernes et contemporains. Tout augmente à une vitesse exponentielle jusqu’en 1989. Les acheteurs japonais mènent le bal. Puis c’est le krach, très sensible sur le marché de l’art.

Les affaires repartent à la fin des années 1990. Le tassement du début des années 2000 fait peu de dégâts. La bonne humeur revient. Après les prix à huit chiffres, on atteint parfois les neuf. Arrive 2008. Tout le monde s’attend au pire. A tort cette fois. Dès 2009, la vente Yves Saint Laurent rassure les investisseurs. L’art est devenu une valeur refuge, du moins avec les grands noms. On en reste là aujourd’hui. L’année 2018 est partie très fort. Mais un phénomène nouveau est apparu. Depuis plusieurs années, le marché n’en finit pas de retenir son souffle.

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Etienne Dumont
Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Lui écrire

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

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