Bilan

Le gouvernement français dévoile sa réforme du travail

Le gouvernement français a dévoilé jeudi la réforme du droit du travail portée par Emmanuel Macron, première étape de la "rénovation du modèle social" promise par le chef de l'État.

Trois mois après son élection, la cote de popularité du président centriste a accusé une baisse impressionnante dans les sondages.

Crédits: AFP

Le gouvernement français a dévoilé jeudi la réforme "ambitieuse" du droit du travail portée par le président français Emmanuel Macron, première étape de la "rénovation du modèle social" promise par le chef de l'État.

Ce grand chantier, avant la refonte prévue de l'assurance chômage, des retraites et de la fiscalité, vise à "rattraper les années perdues" après des "décennies de chômage de masse", a affirmé le Premier ministre Edouard Philippe.

L'exécutif a opté pour la procédure accélérée des ordonnances qui lui permet de décider du contenu de la réforme sans passer par un débat parlementaire.

Plafonnement des indemnités en cas de contentieux, réduction des délais de recours des salariés, possibilité de négocier sans syndicat en dessous de 50 salariés: les ordonnances font la part belle aux petites et moyennes entreprises qui représentent près de la moitié des salariés en France.

'Changer l'état d'esprit' 

La réforme vise à "changer l'état d'esprit du code du travail" et donne "pour la première fois" la priorité aux petites et moyennes entreprises, a souligné la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) François Asselin a loué des mesures "particulièrement pragmatiques", tandis que Pierre Gattaz, président du Medef, puissante organisation patronale, saluait "une première étape importante" pour "conforter la confiance des chefs d'entreprise".

S'il leur faut encore décortiquer dans les détails les cinq ordonnances réunissant 36 mesures sur 159 pages, les syndicats sont moins enthousiastes.

"Toutes nos craintes sont confirmées (...) c'est la fin du contrat de travail", a déclaré Philippe Martinez pour la CGT, un des principaux syndicats français qui a prévu une journée d'action le 12 septembre.

Se félicitant d'avoir obtenu gain de cause "sur plusieurs points", le leader du syndicat CFDT Laurent Berger a exprimé sa "profonde déception", sans toutefois appeler à manifester contre la réforme. Le syndicat FO est sur la même ligne: "il y a des désaccords qui persistent", mais cela ne se règlera pas dans la rue, a déclaré son chef de file Jean-Claude Mailly.

Côté politique, la France insoumise (gauche radicale) a dénoncé une "régression" et invité les mécontents à rejoindre la CGT dans la rue le 12 septembre, avant de "déferler" à son appel sur Paris le 23 septembre.

L'extrême droite a dénoncé une "escroquerie intellectuelle" et une précarisation accrue, la droite regrettant le manque de souffle de la réforme ("Pas de remède de cheval pour l'emploi", "on est passé à côté de l'essentiel") tandis que les socialistes s'inquiétaient de "l'élagage des protections des salariés".

Seuls les centristes du Modem ont salué les "avancées fortes et significatives" de la loi.

L'objectif affiché par le président Macron est de donner plus de flexibilité aux entreprises et de les encourager à embaucher alors que le chômage reste massif. Il touche 9,5% de la population active, frappant durement les jeunes.

Les enjeux ne sont pas seulement nationaux, car le président Macron "représente un espoir pour tous ceux qui attendent une réforme de la France, en particulier l'Allemagne", souligne le professeur Christian Lequesne, du Centre de recherches internationales (CERI).

"C'est un test", alors que "ce qui ressort toujours de la perception de la France dans les pays environnants, c'est l'incapacité de ce pays à réussir la réforme des politiques publiques sans que ce soit immédiatement la guerre sociale", estime-t-il.

'Pédagogie'

Trois mois après son élection, la cote de popularité du président centriste a accusé une baisse impressionnante dans les sondages.

Les derniers le voient chuter de 10 à 13 points en un mois, 19 en trois mois. Il conserve son socle au sein des partisans de son mouvement politique, La République en marche, mais le perd en partie à gauche chez les socialistes et à droite chez les Républicains, selon un sondage Kantar Sofres-OnePoint pour Le Figaro Magazine.

"Pédagogie" est, de ce fait, devenu le mot d'ordre du gouvernement pour cette rentrée sous tension. Le chef de l'État s'attend néanmoins à "vivre pendant des mois avec l'impatience du peuple", comme il l'a dit dans un entretien-fleuve publié jeudi mais demande à être jugé sur la durée.

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