Bilan

Le G21 à l’heure de l’économie régénératrice

Au prochain G21 swisstainability forum, le monde de l’économie et les peuples premiers font une alliance pour la sauvegarde de la planète.

Almir Surui, Barbara Steudler et Carmen Fankhauser de l'association NiceFuture (de g. à dr.).

Crédits: DR

«Comment construire pour demain une économie du vivant, circulaire et régénératrice»: par ce thème, le prochain G21 swisstainability forum, qui se tiendra les 14 et 15 juin au Deutsch Museum de Belmont-sur-Lausanne, sonne le glas de la désormais stérile opposition entre l’économie et l’écologie, entre la croissance et la décroissance. L’heure est à l’économie régénératrice, qui permet le développement d’une relation symbiotique – c’est-à-dire de croissance mutuelle – entre des écosystèmes naturels prospères et une activité humaine intense. Et cela, dans tous les domaines de l’économie.

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Présente au forum, l’environnementaliste française Isabelle Delannoy, auteure du livre L’économie symbiotique - Régénérer la planète, l’économie et la société (Actes Sud Editions) propose une synthèse de nombreuses techniques et recherches telles que la permaculture, l’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité, les monnaies complémentaires ou encore l’économie sociale et solidaire. «Dans de nombreux domaines, précise Isabelle Delannoy, nous pourrions réduire de plus de 90% notre utilisation de matière tout en développant les capacités productives des territoires. En remplaçant par exemple l’utilisation du métal et des minerais par celle de plantes et éviter d’envoyer des êtres humains au fond des mines».

Intelligence collective

Lors d’une présentation du G21 lundi à Lausanne, Barbara Steudler, directrice de l’association NiceFuture qui organise cette manifestation annuelle depuis sept ans, souligne que cette économie régénératrice, fruit d’une intelligence collective, n’est pas du tout incompatible avec la réalisation d’un certain profit. Bien au contraire. «Il s’agit notamment de créer des ponts entre notre économie riche en technologie et les peuples premiers dont la sagesse ancestrale a conservé le lien avec la nature vivante», déclare-t-elle. Illustration de cette alliance, la récente nomination à la co-présidence de NiceFuture d’Almir Surui. Chef de la tribu indigène surui d’Amazonie brésilienne, ce dernier partage cette fonction avec Carmen Fankhauser, directrice adjointe de Greater Geneva Bern area qui encourage les entreprises étrangères à s’implanter en Suisse. «De cette union nait une nouvelle conscience», remarque Almir Surui. «Notre industrie copie le vivant, enchaîne Carmen Fankhauser. Dans le département R&D d’Airbus, une équipe de collaborateurs travaille en ne s’inspirant que de la nature».

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Les premiers ponts entre les peuples premiers et la Suisse sont déjà jetés, notamment avec la promotion économique du canton de Fribourg qui prépare des projets dans le domaine de l’alimentation et de l’AgriTech. Le site technologique valaisan PhytoArk étudie dans cette dynamique une collaboration avec l’Amazonie pour l’utilisation de plantes médicinales comme la graviola, dont les composants naturels sont toxiques pour les cellules tumorales. En contrepartie, étudiants et chercheurs suisses participeront à des opérations de reboisement dans la deuxième plus grande forêt du monde dangereusement exploitée. «Ce que l’on prend à la Terre, on la lui redonne», dit Barbara Steudler.

Valeurs partagées

Parmi les nombreux entrepreneur(e)s présent(e)s au G21, Sofia de Meyer, fondatrice de la société valaisanne Les jus d’Opaline, aura mis sept ans pour atteindre un équilibre économique «dans un environnement où les prix des biens ne reflètent pas vraiment leur vraie valeur». Avec son équipe de neuf collaborateurs – dont aucun ne s’est jamais mis en congé maladie! – elle s’est forcée d’être fidèle à des valeurs partagées: solidarité et entraide, y compris avec les fournisseurs et les distributeurs, le même salaire linéaire pour tous, système non hiérarchique fondé sur la confiance. La prochaine inauguration d’un «verger participatif», lieu d’échanges avec le monde paysan, parachèvera une expérience humaine hors du commun.

«Nos activités sont à l’image de l’eau qui, après avoir nourri la terre retourne à la mer», commente Sofia de Meyer. Cette eau des océans que huit millions de tonnes de déchets plastiques asphyxient chaque année, le voilier hauturier The Sea Cleaner d’Yvan Bourgnon (présent au G21) ambitionne de la dépolluer. Autant que faire se peut. Ce dernier aura sans doute l’occasion de rencontrer Kevin Drew, responsable de la politique Zero Waste de la ville de San Francisco. D’un côté on récupère les déchets, de l’autre on évite d’en produire. C’est aussi cela, l’économie régénératrice.

Restaurer les âmes

«On ne peut pas restaurer les terres si l’on ne restaure pas les âmes». Ce cri du cœur est celui de Laurence de Bure, fondatrice de Land Healers Foundation, également invitée au G21. Après avoir durant cinq ans, dans l’Arizona, sorti de la drogue dure et des tentatives de suicide des jeunes amérindiens pour leur réapprendre le travail de la terre, elle développe d’autres projets ailleurs dans le monde avec son association «Les guérisseurs de la Terre». Rémunérés, les jeunes redécouvrent des traditions ancestrales oubliées et apprennent du coup à s’adapter au changement climatique.

C’est la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro, cheffe du département du territoire et de l’environnement, qui ouvrira la journée du 15 juin. Lors de l’édition précédente du G21, elle appelait déjà à «un partenariat exemplaire entre l’homme et la nature». L’idée fait son chemin.

Programme complet des conférences et des ateliers sous http://www.g-21.ch/

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Philippe Le

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