Bilan

Le franc pourrait-il atteindre le taux d'1,25 contre l'euro? Voire 1,30?

Le franc fort, une vieille histoire? En tous cas pour les prochains mois, d'après Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier à Genève. Quant aux taux négatifs, ils devraient être abandonnés dans un an. Explications.

Un taux de croissance économique de 2% engendre une croissance des bénéfices des entreprises de l’ordre de 10%, d’après les calculs de Samy Chaar et Lombard Odier.

Crédits: fotolia

Après avoir brièvement passé le cap des 1,20 contre l'euro, le franc devrait rester stable ces prochains mois, pour le plus grand bonheur des entreprises exportatrices. Il pourrait même encore baisser contre la monnaie unique. La Banque Nationale Suisse (BNS) n’avait pas tort en répétant à intervalle régulier l’un de ses messages favoris, à savoir que le franc est surévalué, voire «largement» surévalué. «Nous avons en effet passé dix ans sous le niveau de la juste valeur du franc contre l’euro. Aujourd’hui nous sommes enfin à la «fair value», soit autour d'un taux de change de 1,20», commente Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier à Genève. 

Lire aussiLe franc passe momentanément le cap des 1,20 EUR/CHF

Un retour au niveau du fameux taux plancher qu’avait instauré la BNS après la débâcle de la monnaie unique pendant la crise de la dette européenne en 2011, qui avait amené franc et euro à la parité. Un taux plancher qui avait été abandonné le 15 janvier 2015, journée noire pour les investisseurs forex, qui n’avaient rien vu venir. Et surtout: des mois qui ont suivi difficiles pour les entreprises exportatrices suisses, qui devaient à nouveau composer avec un franc fort. 

A l’avenir, ces entreprises pourraient-elles rêver que le franc revienne à des niveaux similaires à la fin des années 2000, soit supérieur à 1,50? Dans les prochains mois, cela paraît impossible. Ni même l’an prochain. «Je pense que nous pourrions encore avoir une marge de progression pour aller jusqu’à un taux de 1,25 dans les prochains mois, mais cela me semble difficile d’aller jusqu’à 1,30 » ajoute Samy Chaar, estimant que le différentiel d’inflation et de compte courant (balance commerciale et de capitaux) avec l’Europe restera en faveur du franc.

Encore un an de taux négatifs en Suisse et Europe

La croissance européenne est aujourd’hui autour de 2,5%, alors que son potentiel se situe plutôt entre 1 et 1,5%. «La croissance européenne est très encourageante. D’autant que d’après nos calculs, 2% de croissance économique engendrent une croissance des bénéfices des entreprises de l’ordre de 10%, et la bonne santé des entreprises européennes est bénéfique pour la Suisse», ajoute Samy Chaar. 

Est-ce que la remontée des taux d’intérêt pourrait mettre un coup de frein à cette croissance? «Le taux de croissance est à 4% en Allemagne et les taux à long terme seulement à 0,6%. Nous avons donc de la marge pour normalisation des taux avant que cela n’impacte les entreprises!»

Lire aussi: "La recherche du bénéfice, pas la priorité principale de la BNS"

D’après le chef économiste, la Banque centrale européenne (BCE) devrait arrêter ses rachats d’actifs entre septembre et décembre 2018, et augmenter ses taux en mars ou en juin 2019. La BNS étant dans la queue de la comète de la BCE, elle suivra le mouvement. «Autrement dit, il nous reste environ douze mois de taux négatifs en Suisse et en Europe. Et après, nous oscillerons entre 0 et 1%, nous n’iront pas à 4 % ! »

Au-delà de ces aspects monétaires, tous les feux sont au vert pour l’économie suisse comme pour l’économie européenne, qui reste le premier débouché pour les exportations. « Il y a deux ans, nous avions encore un patient européen malade, mais les remèdes ont bien fonctionné, et les fortes incertitudes politiques qui étaient encore de mise il y a une année ont été écartées. La situation de l’Europe est très encourageante » ajoute Samy Chaar.

Environnement international porteur 

 Aujourd’hui, les scénarios économiques sont très convergents. « Nous sommes constructifs et je ne vois pas de ralentissement dans l’année en cours. Même si certains ont peur, je pense qu’il faut faire "un stress-test" de ses peurs face aux faits. Et le fait est que les 45 principales économies mondiales sont toutes en phase de croissance avec de bons fondamentaux, pourquoi chercher tout de suite la prochaine crise?» 

Si l’économie est rassurante, la politique pourrait-elle venir perturber ce tableau? La Suisse pourrait-elle être par exemple être impactée par Trump et ses velléités protectionnistes? «Donald Trump ne veut pas tuer le commerce mondial, il veut qu’il soit davantage en sa faveur! Dans le cas du commerce nord-américain, il a bousculé les Canadiens et les Mexicains pour l’ALENA, mais en fait, il s’agit de changements à la marge… Même chose avec la Chine: c’est une posture politique, même si le style détonne». Là encore, le chef économiste confronte les craintes à la réalité des chiffres: malgré les tweets de Trump, la croissance mondiale des importations et des exportations est au plus haut niveau depuis quinze ans.

Lire aussi: La BCE divisée sur le degré de surchauffe dans l'économie

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."