Bilan

Le franc fort présente aussi de bons côtés

La flambée de la devise suisse s’explique en partie par son statut de valeur refuge. Son appréciation forcera une fois de plus la Suisse à innover en matière de productivité.
  • La décision de la BNS de mettre fin au taux plancher a des côtés positifs.

    Crédits: Peter Klaunzer/Keystone

La date du jeudi  15 janvier 2015 restera ancrée dans les mémoires. L’abolition du taux plancher de 1,20  franc pour 1  euro, décidé par la Banque nationale suisse, s’est traduite par un renforcement violent du franc suisse. Avant de clore la journée sur une hausse de 20% par rapport à la monnaie unique, proche de la parité.

Cette flambée du franc suisse, que certains attribuent à la spéculation, s’explique aussi par le statut de valeur refuge de la monnaie.

Un statut dont la Suisse profite depuis très longtemps, grâce à la stabilité de son système politique, la solidité de son économie, son modèle d’affaires orienté vers le service et son système bancaire de première classe, relève Arturo Bris, directeur du World Competitiveness Center à l’IMD à Lausanne.

La preuve se trouve entre autres dans les coffres-forts de ses banques, qui abritaient fin novembre 2014 pas moins de 672  milliards de francs de liquidités en mains étrangères (+13% par rapport à 2010 d’après la BNS), avec des rendements dérisoires. Une manne d’argent pour ainsi dire «gratuite», dont les banquiers suisses ont su tirer profit en la réinvestissant ailleurs à des taux plus élevés, et dont l’économie a au passage également bénéficié puisque le secteur bancaire représente 10% du PIB suisse.

Autre côté positif: les taux d’intérêt faibles, aujourd’hui même négatifs, pour pallier la monnaie forte et prévenir les risques de déflation importée, ont permis au gouvernement de faire des économies sur la rémunération des obligations d’Etat et d’investir cet argent ailleurs dans le secteur public.

Enfin, chaque envolée du franc se traduit par une augmentation du pouvoir d’achat du consommateur suisse moyen, sur les produits importés ou quand celui-ci se rend à l’étranger.

Un observateur averti, basé à Lausanne, constate que, depuis la fin des accords de Bretton Woods, trois pays ont vu leur devise fortement augmenter: l’Allemagne, la Suisse et le Japon. Au contraire du dollar et de la livre sterling.

Or, à chaque flambée d’une devise, on craint pour les exportateurs et la base industrielle d’un pays. Mais paradoxalement, alors que l’industrie s’est érodée en Angleterre et aux Etats-Unis avec des devises faibles, cela n’a pas été le cas pour les trois autres pays. Pourquoi?

Alors qu’un pays avec une devise faible a un avantage compétitif dans ses exports et peut avoir tendance à dormir sur ses lauriers, une devise forte force l’industrie d’un pays à se réinventer sur le long terme pour rester compétitive. Même si, dans le court terme, l’ajustement est pénible. C’est ce qui s’est passé et se passera encore une fois très probablement en Suisse, d’après lui.

Quelques risques

L’attrait d’emprunter des francs suisses en masse à des taux négligeables comporte toutefois des dangers, à en voir le nombre de courtiers en devises dans le monde entier qui se sont brûlé les doigts en ayant parié contre le franc suisse et en se voyant subitement contraints de rembourser des montants astronomiques quand celui-ci est monté en flèche.

Certes, il existe aujourd’hui un vrai risque de récession. Jan-Willem Ackett, économiste chez Julius Baer, pense que le taux de change se redressera vers 1,05 - 1,10 franc contre 1  euro. «Si ce n’est pas le cas, la Suisse subira une récession.»

L’économiste a révisé ses estimations de croissance du PIB pour 2015 de 1,7 à 0,4%, avec une perte probable de 60 000 postes. Mais il reste confiant pour 2016, citant lui aussi la capacité prouvée de la Suisse à innover en matière de productivité lors de périodes d’appréciation de sa devise et la flexibilité de son marché du travail. «La devise conservera, surtout en raison du manque de concurrents forts, son statut de valeur refuge». pense Arturo Bris. Un statut qui comporte certains désavantages, mais beaucoup d’avantages aussi. On ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre.

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